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samedi 9 décembre 2017

Lettre du 10.12.1917

Forêt à Aïn Leuh (Ebay)

Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Taza (1), le 10 Décembre 1917

Voilà enfin ta lettre du 22 Novembre ensemble avec une enveloppe contenant 2 lettres de Mr. Penhoat au sujet de l’affaire Leconte. J’étais persuadé - et cela t’exaspérait même un  peu de me voir aussi sûr que cela - que Me Palvadeau (2), même s’il ne t’écrivait pas, poussait l’affaire et je suis content qu’elle semble entrer enfin dans le domaine des réalités. Tu diras naturellement que tu n’as pas encore le contrat en mains et moins encore l’argent, mais avec mon optimisme inépuisable je vois ce moment pas trop loin. Inutile de te dire que ce sera quand même un grand soulagement pour moi de te voir de nouveau en possession régulière de ta pension, d’autant plus que je constate avec une certaine amertume ta répugnance d’intervenir personnellement auprès de Me Lanos, démarche qui serait pourtant si utile, voire même indispensable pour te libérer de plusieurs côtés, y compris celui de Mme Robin (3)... J’attends avec le plus grand intérêt la suite de l’affaire.
J’ai reçu également le saucisson que tu m’as adressé comme recommandé et t’en remercie. Il est excellent comme d’habitude ! Mais tu aurais tort de te figurer que je souffre de la faim - ce n’est point le cas, comme je te le disais déjà l’autre jour.
Nous avons maintenant l’hiver ici dans toute sa rigueur. Depuis 2 jours ou 3 il y a eu des chutes très abondantes de neige et le réseau de fil de fer autour du camp offre un aspect très pittoresque, chaque fil étant couvert d’une épaisse couche de neige. Aussi a-t-il fallu envoyer des équipes pour déblayer la route et faire faire des chemins de communication entre les différentes baraques. Depuis hier soir il pleut de la neige fondue et il fait une boue épouvantable. Heureusement qu’on nous a distribué des sabots ; je me suis fait faire une paire de chaussons en feutre et de cette façon j’ai les pieds bien chauds. Je ne marche qu’en sabots toute la journée et je les trouve bien commodes ; inutile de te dire que mon imperméable fonctionne aussi. 
Je n’ai pas eu l’occasion hier et aujourd’hui d’aller au souk (4) acheter des cartes, mais je vais en adresser à Georges si toutefois j’en trouve une dans le genre qu’il désire. Je t’ai envoyé déjà plusieurs vues du camp de sorte que tu peux te faire une idée approximative. Ce que je ne comprends pas du tout, c’est que mes lettres et cartes de l’Oued Amelil, Tissa et Fez ne te soient pas encore parvenues le 22 Novembre (5). Dès mon arrivée ici je t’ai écrit très régulièrement, à l’exception de la durée des 2 petites colonnes. Voici les dates de mes lettres et cartes : 18-20-22-23-25-29 Novembre, 4-7-8 Décembre (6).
Il est naturellement inutile de parler à Knudsen (7) de l’histoire du petit secrétaire (8): 1°) je l’ai déjà fait moi-même et 2°) si c’est lui qui l’a fait, c’est sur l’ordre de Leconte. Je reste d’ailleurs persuadé que c’est sous le règne Siret (9) que l’affaire a eu lieu, puisqu’à l’avènement de Mr. Gérard, le meuble était déjà ouvert.
Je t’avais déjà écrit la raison pour laquelle j’ai couché à l’infirmerie à Oudjda. Le D.I.O. (10) était plein à craquer et on y ramassait en outre des tas de totos (11). Or, comme j’avais trouvé un camarade à l’Infirmerie (il y tirait au flanc (12) depuis 4 mois), celui-ci m’a proposé un lit dans sa salle. L’histoire de la perte de ma valise à Bel Abbès (13) m’a beaucoup ennuyé ! Voyant dans le temps l’ordre parfait qui y régnait, je n’aurais jamais cru qu’une valise régulièrement enregistrée puisse se perdre de cette façon. Il y avait en effet le nécessaire de voyage provenant de ta soeur, quelques paires de bas en laine, une chemise et des papiers ...
Le “Kiki” (14) de la Petite n’a donc pas fait long feu, à moins que tu aies réussi à l’opérer radicalement, mais je doute fort que Georges ait senti beaucoup de satisfaction de partager son lit avec le Kiki malade.
Le raisonnement de Mme Lemaître au sujet des “restrictions” (15) dans la vie conjugale est réellement ridicule et je regrette vraiment de ne pas avoir été présent pour lui répondre. J’ai entendu en effet des dizaines sinon une centaine d’hommes mariés de toutes les classes qui avouaient franchement le contraire, sans nier qu’ils prenaient toutes les mesures de sécurité et prévention possibles, aussi bien de leur côté que de celui de la femme. Dans le cas particulier de Mme L. il y a peut-être en effet une restriction ou soumission volontaire, mais qui vient sans doute plutôt de son côté ... que de celui de son mari.
On avait affiché ici hier ou samedi un nouveau message du Président Wilson (16). Malgré tous les changements qu’a subis cet homme en tant que représentant officiel d’un grand état belligérant, on ne peut tout de même pas lui refuser ceci qu’il est plus clair et plus précis dans ses discours que les autres hommes d’Etat de l’Entente (17). Il continue aussi toujours à distinguer entre le Kaiser et le peuple allemand, se donnant ainsi l’allure de combattre à contre-coeur ce dernier. A moins que ce ne soit là une concession aux nombreux Américains d’origine allemande (18)? Pour ce qui est des Russes (19), on annonce officiellement que les troupes d’occupation de la Roumanie (20) ont également signé l’armistice et que les Italiens (21) reculent toujours. Est-ce - je veux dire cette franchise de la censure - un signe qu’on veut préparer le peuple à ne pas s’attendre tout de même à la réalisation de tout le programme de guerre ? Ce qu’il y a de bizarre, c’est que tous les engagés pour la durée de la guerre d’ici prétendent qu’il y a la Paix dans l’air ...
Si c’était seulement vrai ...
Je te renvoie ci-joint les premières lettres de Penhoat et ferai suivre les autres par un prochain.
Mes plus tendres caresses.


Paul



Notes (François Beautier, Anne-Lise Volmer)
1) - « Taza » : ce courrier est en fait envoyé d’Aïn Leuh où stationne alors Paul.
2) - « Me Palvadeau » : avocat de Paul et de son associé Penhoat à Nantes.
3) - « Mme Robin » : logeuse de Marthe, elle lui réclame des arriérés de loyers que Marthe, sa débitrice, ne peut payer, faute de versement par la société Leconte (sous forme de pension) des parts de bénéfices qui reviennent à Paul, son époux. 
4) - « souk » : mot arabe désignant le marché.
5) - « 22 novembre » : la carte de l’oued Amlil (où Paul était vers le 10 novembre) manque. La lettre de Tissa est datée du 12 novembre ; toute la série des cartes postées de Fès avant le 20 novembre manque. 
6) - « 8 décembre » : de toute cette série de courriers, ceux des 18 et 22 novembre et celui du 7 décembre manquent. En somme, un tiers n‘est pas arrivé jusqu'à Marthe.
7) - « Knudsen » : employé de la société Leconte dans son bureau de Bordeaux, avant-guerre dirigé par Paul.
8) - « petit secrétaire » : le meuble où Paul rangeait ses papiers.
9) - « Siret » : ancien employé de Paul, il l’a remplacé à Bordeaux sur ordre de Leconte. Il apparaît ici qu’il fut lui-même remplacé par un certain Mr. Gérard lorsqu’il fut renvoyé par Leconte en février 1916. Il est le neveu d'Hélène, la fidèle employée de Marthe.
10) - « le D.I.O. » le dépôt des isolés à Oujda (où Paul fit étape au début novembre).
11) - « de totos » : de poux (dont les « morpions », poux de pubis).
12) - « tirait au flanc » : faisait le malade pour se soustraire à toute corvée.
13) - « Bel Abbès » : Sidi Bel Abbès, en Algérie, siège et dépôt principal de la Légion en Afrique du Nord.
14) - « le kiki » : ours en peluche, ou doudou (chiffon favori) de la petite Alice, âgée de trois ans.
15) - « restrictions » : allusion aux pratiques d’évitement des grossesses, à une époque où tout avortement provoqué constitue un délit et où toute contraception est majoritairement considéré comme immorale. 
16) - « message du Président Wilson » : allusion à son discours sur l’état de l’Union, prononcé le 4 décembre 1917, dans lequel apparaît le concept wilsonien de « victoire noble ». 
17) - « autres hommes d’État de l’Entente » : allusion à Georges Clemenceau (nommé le 16 novembre 1917), à David Lloyd George et peut-être au tout nouveau Président du Conseil italien, Victor-Emmanuel Orlando (nommé le 29 octobre 1917).
18) - « origine allemande » : les Américains d’origine allemande étaient depuis les années 1910 plus nombreux que ceux d’origine anglaise. Certains commentateurs alarmistes prétendaient que les régions orientales des USA (proches de l’Atlantique) étaient en passe de constituer une « Nouvelle Prusse » sous l'effet d'une immigration massive d'Allemands. Depuis la rupture des relations diplomatiques avec l’Allemagne en février 1917, la presse anglo-saxonne américaine considérait tout immigrant d’origine allemande comme un espion potentiel. 
19) - « des Russes » : le 21 novembre, le général Nikolaï Krylenko demanda officiellement l’armistice, qui fut signé le 5 décembre.
20) - « la Roumanie » : l’armistice (dit « de Focsani ») demandé par la Roumanie (presque totalement occupée et dont l'allié russe faisait défection du fait de la Révolution d'Octobre), fut signé par les Austro-Hongrois au nom de la Triplice le 9 décembre 1917. 
21) - « les Italiens » : le recul des Italiens ralentit alors que la répression des mutins se poursuit et confirme la reprise en mains des troupes italiennes par leurs officiers.

mercredi 12 avril 2017

Lettre du 12.04.1917

Les Sables d'Olonne en 1913


Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Souk el Had (1), le 12 Avril 1917

Ma Chérie,

Voici enfin un jour de courrier qui m’a apporté tes lettres des 28 et 28 Mars ainsi que du 1er Avril, les journaux du 24 au 30 Mars, 2 U anglais (2), quelques-uns de Penhoat, la carte de Suzette et une émanant d’un camarade en permission.
Nous sommes au repos aujourd’hui après quelques rudes journées: celle du 10 (anniversaire de Georges) était particulièrement sanglante pour nous (3)! Heureusement que le temps se maintient et que du moins nous ne soyons pas couchés dans l’humidité. Je t’ai écrit le 4 ou le 7 (4) en te donnant des instructions pour la marche à suivre contre Leconte; j’espère que Penhoat s’entendra avec toi pour que vous fassiez de concert les démarches nécessaires pour obtenir que Leconte continue à verser la pension mensuelle et j’attends tes bonnes nouvelles à ce sujet.
D’un autre côté je suis incapable de rassembler ici mes idées pour répondre comme il convient à tes différentes lettres.
Où je ne te comprends pas bien, c’est dans ton jugement sur Lloyd George (5), sur quoi te bases-tu donc en le peignant comme un César moderne, un dictateur dans le genre de Napoléon? Il me semble au contraire qu’au point de vue de la politique de guerre pour stimuler les énergies L. G. (6) est l’homme nécessaire à l’Angleterre en ce moment et qui fait en quelque sorte contrepoids à Guillaume II, mais dans un sens autrement moderne et démocratique. Tu auras vu ou lu aussi qu’il est décidé à accorder aux femmes le droit de vote... (7) proposition de Mr Asquith (8) qui, lui, fut autrefois l’adversaire détesté des suffragettes. C’est encore un signe du temps, ces concessions sur le terrain de la politique intérieure. Je t’ai déjà donné mon avis sur la révolution russe, qui n’a subi aucun changement depuis. Il est à espérer que la République soit définitivement adoptée en Russie (9); je reste néanmoins sceptique quant à un changement radical des méthodes et habitudes russes. L’entrée de l’Amérique à côté des Alliés nous a été apprise avant-hier, et j’attends avec curiosité le texte in extenso du message du Président Wilson (10). S’il se décide à participer à la guerre, c’est sans doute pour avoir une voix dans le Congrès de la Paix (11) où son intervention ne pourra que faire du bien. Car le peuple américain n’est pas capable de passions de haine comme ceux qui sont actuellement et de si près mêlés à la lutte. Peut-être Wilson compte-t-il aussi que l’intervention des U.S. ferait une grande impression sur l’opinion publique en Allemagne qui, jointe aux lueurs de la révolution russe, pourrait amener un changement total de la mentalité allemande. Le poème d’il y a 104 ans, «Wach Auf mein Volk, die Flemmenzeichen rauchen - Hell aus dem Norden bricht der Freiheit licht» (12) est actuellement aussi vrai, ou même davantage, qu’en 1813. Mais il ne semble se trouver personne en Allemagne qui serait capable d’ouvrir les yeux des habitués à l’obscurité...
Je regarde toujours de nouveau les trois petites mèches de cheveux fins avec leurs rubans bleu-ciel. Georges et Alice ont donc les mêmes cheveux, presque à s’y méprendre. Que la petite devient gauchère est tout à fait bizarre, car ni dans ta famille ni dans la mienne il existe un tel cas à ce que je sache. Et la théorie de Hélène sur les impressions aux Sables (13) ne parvient point à me convaincre, je ne me rappelle même plus du tout que Mme Leconte était gauchère... Cependant ce qui m’inquiète beaucoup c’est cette anxiété manifestée par les enfants lorsqu’on sonne à la porte. Ce n’était point comme cela autrefois, au contraire, Suzanne et Georges jubilaient et sautaient lorsqu’ils entendaient la sonnette. Est-ce par suite de l’absence de la joie dans la maison qu’ils ont changé à ce point?
Aussitôt rentré à Taza (14), je compte faire quelque chose de décisif pour mettre ma propre situation au clair. Cela me rapportera peut-être une grosse punition, peut-être autre chose. Je viens d’apprendre en effet qu’un homme, allemand comme moi, a obtenu une permission pour la France. Si cela se confirme, je vais faire une demande ou de m’accorder une permission ou de résilier mon engagement du 21-8-14 (15).
Quelle est donc l’adresse de Mme Baboureau (16)? j’ai connu en effet son père assez bien, au temps qu’il était encore magasinier chez Moulinié. 
Ici les opérations ne sont point terminées, et il se peut que nous restions encore 10-12 jours (17) dehors, car nous construisons ici un réduit, et il n’est pas question de retour à Taza tant que Abd el Malek (18) et sa smala (19) ne sont pas complètement dispersés. Et Lyautey (20) va revenir sous peu!
Mes meilleurs baisers.


Paul



Notes (François Beautier)
1) - "Souk el Had" : officiellement "Souk el Had des Gueznaïa", site du revers sud du Rif où le camp d’Abdelmalek fut pris le 6 avril 1917.
2) - "2 U anglais" : il s’agit vraisemblablement de deux journaux anglais, mais cette désignation paraît obscure.
3) - "sanglante pour nous" : les deux groupes mobiles de Fès et de Taza furent attaqués par les rebelles le 10 avril 1917. Le livret de Paul porte mention de ces combats, finalement remportés par les "Français", en les situant entre Souk es Sebt et Souk el Had.
4) - "le 4 ou le 7" : ces courriers n’ont pas été conservés.
5) - "Lloyd George" : premier ministre britannique. Il était réputé pacifiste avant la déclaration de guerre à l’Allemagne par son prédécesseur Herbert Henry Asquith. Il se montra très déterminé à la gagner dès sa désignation comme chef du gouvernement le 7 décembre 1916 et conduisit finalement le Royaume Uni à la victoire.
6) - "L.G." : Loyd George.
7) - "droit de vote" : sous son gouvernement libéral, le Parlement vota effectivement la loi du 6 février 1918 qui accorda le droit de vote aux femmes âgées de 30 ans et plus.
8) - "Mr Asquith" : prédécesseur de Lloyd George, ce libéral avait été physiquement agressé à Dublin, le 18 juillet 1912, par des suffragettes britanniques. Il démissionna en décembre 1916 à la suite des "Pâques sanglantes d’Irlande" d’avril 1916 et de l’échec de l’offensive de la Somme (de juillet à novembre 1916) où son fils avait été tué.
9) - "en Russie" : Paul se montre radicalement républicain alors que le gouvernement provisoire de Russie, dirigé par le prince Gueorgui Lvov et appuyé par les membres du parti constitutionnel-démocrate (les K.D. ou "cadets"), est manifestement favorable à une monarchie constitutionnelle.
10) - "Président Wilson" : Le 2 avril 1917, le président des États-Unis a demandé au Congrès d’approuver l’entrée en guerre de son pays, ce qui fut officialisé par la déclaration de guerre du 6 avril 1917. Les premières troupes américaines débarquèrent à Boulogne sur Mer le 13 juin 1917. 
11) - "Congrès de la Paix" : le Président Wilson, s’appuyant sur l’American Peace Society (qui avait organisé plusieurs précédents Congrès de la Paix, notamment à Londres en 1843 et à Genève en 1867), souhaitait réunir au plus vite une conférence mondiale de la paix, que divers autres pacifistes (par exemple Aristide Briand, Marcel Cachin, le pape Benoît XV, Charles 1er Empereur d’Autriche…) appelaient aussi de leurs vœux. Cette espérance fut anéantie par les nombreux bellicistes des deux camps, par exemple les maréchaux Hindenburg et Ludendorff, et les premiers ministres Alexandre Ribot et Lloyd George. 
12) - "Freiheit licht" : Paul cite ici les premiers vers d’un poème écrit en 1813 par le poète lyrique, patriote et militaire prussien Carl Theodor Körner (1791-1813), dont une partie de l’œuvre fut mise en musique par Franz Schubert. Ce texte fut traduit (très librement) sous le titre "Appel" par Gérard de Nerval : "En avant, mon peuple ! La fumée annonce la flamme, la lumière de la liberté s’élance du nord vive et brûlante…". Le nord désigne ici la Prusse, qui rejoignit effectivement la 6ème coalition contre Napoléon. Theodor Körner, qui s’était engagé dans les corps-francs contre Napoléon, mourut au combat cette même année 1813. Il semble qu’en 1917, Paul tenait au contraire la Prusse pour l’éteignoir des lumières allemandes.
13) - "aux Sables" : dans sa lettre du 15 août 1916, Paul rappelait qu’il avait passé le mois d’août 1913 aux Sables d’Olonne en vacances avec sa famille, Hélène et Mme Leconte. Marthe était alors enceinte de la future Alice, qui naquit le 30 octobre 1913. 
14) - "à Taza" : Paul y sera de retour le 19 avril. 
15) - "du 21-8-14" : Paul s’est effectivement engagé le 21 août 1914 dans la Légion, à Bayonne, le premier jour d’ouverture de ces engagements. Bien que cet engagement ait été signé "pour la durée de la guerre", Paul envisage de passer outre en demandant à bénéficier du nouveau régime des permissions institué par le Ministère de la Guerre dans ses Instructions du 28 janvier 1917 qui accorde à tout soldat à compter du 1er février 1917 une permission de détente de 7 jours tous les 4 mois.
16) - "Mme Baboureau" : Paul employait à Bordeaux l’époux de cette dame dont il avait aussi connu le père. Il semble que Mr Baboureau était lui-même mobilisé au front. 
17) - "10-12 jours" : en fait 6 jours seulement (la lettre suivante, datée du 19 avril, est postée de Taza).
18) - "Abd el Malek" : Abdelmalek, chef des rebelles berbères du Maroc. 
19) - "la smala" : ce mot arabe désigne le campement provisoire des proches et de la cour du chef. Le campement d’Abdelmalek fut détruit à Souk el Had des Gueznaïa le 6 avril 1917 mais celui-ci s’enfuit avec sa suite. Il fut tué au combat par les Français dans le sud marocain en août 1924. 
20) - "Lyautey" : précédemment Ministre de la Guerre, poussé à la démission par Clemenceau le 14 mars 1917, Louis Hubert Lyautey reprit bien vite toutes ses fonctions de pacificateur, d’organisateur et de protecteur du Maroc. Abdelmalek, en tant que rebelle inspirateur d’autres mouvements anticoloniaux contre la France, notamment en Algérie, était considéré par le gouvernement français et par Lyautey comme un redoutable danger pour l’avenir de l’empire colonial français.