vendredi 31 août 2018

Lettre du 01.09.1918



Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Assaka (1), le 1° Septembre 1918

Ma Chérie,

Tu excuseras mon silence depuis le 28 Août : Nous avons fait depuis ce jour deux sales étapes pour arriver sur les bords de la haute Moulouya au pied du Grand Atlas où le Génie construit un pont pour établir ainsi la communication avec le Sud Marocain (Territoire de Bou Denib, qui de son côté communique avec le Sud Algérien). Nous sommes dans un bivouac qui, pendant l’été, est presque toujours occupé par quelques Compagnies, mais qui n’est en somme qu’un carré bordé d’un mur en pierres, qui constitue l’abri contre les balles. La plaine de la Moulouya dans laquelle nous sommes descendus le 30, à Tamayust (2), en venant du Moyen-Atlas, s’étend sur une largeur d’au moins 50 km jusqu’au Grand Atlas. Ce dernier, bien visible, on dirait presque à la portée du fusil, se présente comme une chaîne énorme d’une hauteur de 3500 à 4000 m ; mais les pics les plus hauts, allant jusqu’à 4500 m (3), se trouvent plus au Sud. La Moulouya, pas plus large que l’Oker (4) à Brunswick, coule dans un vaste couloir bordé de rochers énormes et a beaucoup de courant. Mais le pays n’est presque pas cultivé, et, à part des roseaux et lauriers-roses à proximité de l’eau, il ne s’y trouve guère que de l’alfa, une plante qui se trouve beaucoup au Maroc et surtout dans le Sud Algérien. C’est comme du “Schilf” (5) mais beaucoup plus fin, on dirait des cheveux de femme ; cela sert à la fabrication du papier fin, mais l’alfa de l’Algérie est surtout exporté en Angleterre d’où vient ensuite le papier à cigarettes “Alfa” indiquant clairement que la plante, transportée de l’Algérie en Angleterre, a donné ce papier extra-fin. Ici les chevaux, mulets, boeufs et moutons n’ont pour ainsi dire que l’alfa comme fourrage vert, nous autres nous couchons dessus, l’alfa encore entretient le feu de la cuisine et du four où nous fabriquons nous-même notre pain. Bien sûr, il vient journellement quelques douzaines de camions automobiles ici, porter les vivres, les matériaux de construction pour le pont, etc. Ces camions traversent, à 25 km d’ici, de vastes forêts, mais ce serait trop simple de mettre sur chaque camion 2 bûches de bois !
Nous sommes venus ici pour faire la route ou pour la mettre en état, aider à la construction du pont et à l’installation d’une ligne télégraphique jusqu’à Itzer (6) qui est sur notre droite (7). Sans qu’on sache quelque chose de précis, je présume que nous resterons ici jusqu’au 15 Octobre au moins et que nous ne serons pas de retour à Aïn Leuh avant le 20/25 Octobre de sorte que je ne pourrai partir en permission qu’en Novembre. Ma lettre du 28/9 (8) contenait un modèle de lettre au Général Commandant la subdivision de Meknès (9) que tu as sans doute écrite aussitôt. Cela donnera peut-être un peu le réveil à notre Commandant (10) qui lui est resté à El Hammam. 
Penhoat vient de m’écrire disant qu’il fait des pieds et des mains pour obtenir un sursis d’appel. “Les affaires nous dépassent” dit-il, et ça rapporte bien mieux que la surveillance (11). Leur Société s’appelle “Comptoir Général Maritime” et semble donc bien marcher, sans cependant que Penhoat me donne de plus amples détails. Leconte semble en avoir vent, car P. (12) écrit qu’il a fait des réserves (13). Il m’adresse en outre 2 circulaires de Leconte, l’une annonçant la dissolution de l’ancienne maison et la deuxième la fondation de la Maison L. L. et Cie, Société en commandite par actions au capital de 500 000 Frs. (combien souscrits ?) avec Lucien Leconte comme Directeur Général de Séance, siège social 8 rue de Launay (14) à Nantes. Toutes les vieilles phrases creuses s’y trouvent et un en-tête : Consignation, Transit, Commission, Affaires Maritimes, Surveillance, Échantillonnage, Analyse dans tous les ports d’Europe ... Enfin, pourvu qu’il soit capable de me rembourser ma créance (15), c’est tout ce que je lui demande !
Comment vas-tu Chérie ? Es-tu enfin complètement rétablie ? Ou bien Melle Campana (16) vient-elle encore te voir ? Alice est-elle hors du lit, et comment va la toute petite (17)?
Les communiqués de la Guerre qui arrivent ici avec un fort retard continuent à annoncer le progrès des Alliés : tout le terrain perdu lors des 3 dernières offensives allemandes est à peu près repris (18). Dans une interview accordée au Sénateur américain Lewis, Membre de la Commission de l’Armée, Clémenceau prétend que la victoire définitive des Alliés sera décidée en 1918 même et que la guerre est terminée avant un an (19). Bien qu’il ne faille pas voir l’évangile dans les mots d’un journaliste (20), fût-il momentanément Président du Conseil et Ministre de la Guerre, il faut quand même qu’il y ait quelque espoir sérieux pour autoriser un pareil langage. Peut-être que l’arrivée en masse des Américains - on parle de 300 000 (21) par mois - a changé ou change quand même radicalement le tableau des forces en présence, bien que les Anglais semblent toujours tenir la moitié ou tout au moins un tiers (22) de leur armée en Angleterre, de crainte d’une invasion ...
Les évènements en Russie (23), politiques et militaires, sont transmis d’une façon trop imprécise pour pouvoir s’en former une idée. Dans tous les cas, la situation doit être loin d’être rose (24) pour l’Allemagne et il serait seulement à souhaiter qu’un mouvement populaire balaie le gouvernement et la caste gouvernante : ce serait le seul moyen d’arriver à une conciliation internationale à peu près satisfaisante. 
J’attends avec impatience tes bonnes nouvelles et t’embrasse, ainsi que les enfants, bien tendrement.

Paul



Notes (François Beautier)
1) - « Assaka » : d’après ce qu’en dit Paul, il s’agit vraisemblablement - parmi beaucoup d’autres sites dénommés Assaka dans cette région - de Assaka n’Tebahir, à mi-chemin entre Tamayoust et Midelt (dans la haute plaine de la haute Moulouya), à une quinzaine de km exactement au sud de Tamayoust. La Légion construit alors, dans ce secteur du territoire tribal des Beni M’guild, un pont sur l’oued Moulouya afin de mieux relier au profit du Protectorat (et non des rebelles) les places fortes de Meknès et Boudnib, c’est-à-dire les deux Maroc que le Résident général Hubert Lyautey veut réunir sous son seul contrôle. 
2) - « Tamayust » : Tamayoust. 
3) - « 4500 m » : le point culminant du Maroc, le djebel Toubkal, atteint 4167 m et se situe à 350 km à vol d’oiseau à l’ouest-sud-ouest de Tamayoust. Paul a vraisemblablement aperçu le djebel Ayachi, culminant à 3737 m à 60 km au sud de Tamayoust. 
4) - « l’Oker » : la comparaison entre cette rivière contournant le cœur historique de Brunswick dans deux lits canalisés, et l’oued Moulouya, est inattendue, tant le second est ici montagnard, sauvage, torrentiel, imprévisible par l’ampleur de ses crues et surtout totalement naturel puisque même les ponts y sont alors très rares. Le seul point qui pourrait justifier cette comparaison est qu’en août le débit et la largeur du fleuve Moulouya sont considérablement réduits par l’étiage et peuvent alors évoquer une modeste rivière canalisée en Europe. 
5) - « schilf » : mot allemand désignant le roseau, le papyrus. 
6) - « Itzer » : poste en montagne et en forêt, à une quinzaine de km à vol d’oiseau à l’ouest d’Assaka n’Tebahir, de l’autre côté de la route (alors stratégique) de Meknès à Boudnib.
7) - « droite » : en fait l’ouest car Paul regarde vers le sud, en direction de Midelt.
8) - « lettre du 28/9 » : il s’agit sans doute d’une lettre du 28 août 1918, qui n’aurait pas été conservée. 
9) - « commandant la subdivision de Meknès » : précisément le général André Aubert. Paul a dit dans sa lettre du 4 décembre 1917 qu’il l’avait approché alors qu’il commandait le groupe mobile de Taza avec le grade de colonel.
10) - « notre commandant » : il s’agit vraisemblablement du Commandant Desjours, alors chef du bataillon mixte de la subdivision de Meknès, qui s’est illustré lors des combats de la mi-mai 1918 dans le secteur de Lias et qui a fortifié dès cette époque le poste d’El Hammam (Paul y a participé, voir ses courriers des 15 et 19 mai 1918), où il s’est provisoirement établi depuis lors (son siège permanent est à Aïn Leuh).
11) - « la surveillance » : Penhoat, qui semble avoir été démobilisé de l’armée active et versé dans la réserve territoriale (où il ne gagnera qu’une très modeste solde de soldat auxiliaire), a vraisemblablement demandé un improbable (mais raisonnable) sursis d’incorporation en arguant de son implication dans la création et le développement du « Comptoir général maritime », entreprise de courtage de combustibles, à la tête de laquelle il sera de toute évidence socialement plus utile que dans une fonction de garde territorial.
12) - « P. » : Penhoat.
13) - « des réserves » : l’une des conditions imposées par Leconte à la liquidation de la société qu’il possédait avec Penhoat et Paul était l’interdiction faite à ces deux derniers de créer des entreprises concurrentes de la sienne.
14) - « rue de Launay » : en fait boulevard de Launay.
15) - « ma créance » : solde du capital apporté par Paul à la précédente société Leconte.
16) - « Mlle Campana » : médecin ou infirmière de Marthe.
17) - « la toute petite » : Charlotte, née le 12 juillet précédent.
18) - « à peu près repris » : effectivement, les avancées allemandes obtenues grâce aux offensives du printemps et de la première moitié de l’été (offensives Michael, Georgette puis Blücker-Yorck), sont progressivement récupérées à partir du début de la contre-offensive alliée victorieuse du 18 juillet sur la Marne et surtout du 8 août en Picardie ("Jour de deuil" de l’armée allemande, qui perd en cette seule journée 27 000 tués et blessés et 16 000 prisonniers). Ce recul se confirme avec l’abandon par les Allemands de la poche de Montdidier dans la nuit du 9 au 10 août. C’est à ces retraites locales que Paul fait allusion avec un certain retard, alors que 2 jours après ce courrier commence le lent repli en bon ordre de toutes les troupes allemandes sur la Ligne Siegfried (il s’achèvera à la fin-septembre), c’est-à-dire l’évacuation de toutes les positions qu’elles avaient conquises en France depuis le début de la Grande Guerre.
19) - « avant un an » : allusion au numéro du New York Times du 21 août 1918 qui titrait « Clemenceau Predicts Victory Within a Year » (« Clemenceau prédit la Victoire avant moins d’un an ») un article largement repris par la presse française car rapportant l’interview du président du Conseil des ministres français et ministre de la Guerre par le sénateur démocrate américain James Hamilton Lewis (1863-1939). 
20) - « un journaliste » : George Clemenceau avait été l'un des principaux rédacteurs du célèbre journal républicain socialiste libéral L'Aurore (qui parut de 1897 à 1914). En 1913 il fonda le journal L'Homme libre (retitré L'Homme enchaîné après septembre 1914) dont il quitta la direction lorsqu'il fut nommé président du Conseil en novembre 1917. 
21) - « 300 000 » : ce fut effectivement le cas lors de l’apogée de mai 1918. En moyenne, entre la fin-juin 1917 et novembre 1918, le nombre d’arrivées mensuelles dépassait 100 000. Au total, les U.S.A. ont envoyé 1,8 million de soldats en France, c’est-à-dire 7 fois plus que l’armée américaine n'en comptait en 1914 et presque la moitié de son effectif total en 1918.
22) - « un tiers » : il s’agit sans doute des seuls effectifs anglais de l’armée britannique. 
23) - « en Russie » : il résulta de l’instauration du « communisme de guerre » en cours et de la guerre civile qu’elle entraînait, ainsi que des engagements de nombreux États belligérants (dont l’Allemagne, la France, les USA, le Japon, la Chine, le Canada…) dans le soutien direct aux armées « blanches » contre révolutionnaires russes, une forte diminution des informations venant de Russie, tant en quantité qu’en qualité. Par ailleurs, un « cordon sanitaire » antirévolutionnaire mis en place par les pays occidentaux pour éviter une contagion du léninisme isola de plus en plus la Russie. 

24) - « loin d’être rose » : le 8 août 1918 (échec absolu de l’offensive allemande supposée décisive en Picardie) marque le début de la perte totale de confiance du peuple allemand envers ses chefs. Une révolution politique apparaît à la très grande majorité des Allemands comme nécessaire et inéluctable (au contraire d’une révolution sociale, qu’ils souhaitent majoritairement éviter voire empêcher). 

jeudi 23 août 2018

Lettre du 24.08.1918



Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Col de Foun-Kheneg (1), le 24/8 1918

Ma Chérie,

Nous voilà depuis 48 heures arrivés sur un plateau où nous serons probablement pendant plusieurs semaines pour garder le col de Foun-Kheneg. C’est un col qui livre passage à la route de Timavid (2) à Larbalou-Arbi (3), la haute Moulouya et le Sud marocain (région de Bou-Denib (4)) ; la route en suivant une petite rivière passe en défilé la montagne qui, des 2 côtés, s’élève à pic, et continue ensuite vers le Sud à travers la plaine. Comme le gros du Groupe Mobile de Meknès se trouve dans la région de Larbalou-Arbi et celui de Bou-Denib sur la haute Moulouya et au-delà où se font en ce moment d’importantes opérations militaires (5), un trafic, très intense pour un pays comme celui-ci, se fait du matin au soir sur ladite route pour ravitailler les colonnes et les postes de Becrit (6), Itzer (7), Tameyoust (8) etc. etc. Nous avons rejoint ici deux autres Compagnies de notre Bataillon ainsi que de l’Artillerie, de la Cavalerie, etc., assurant ainsi la communication et réparant en même temps la piste (9) qui livre du matin au soir passage à des camions automobiles, des charrettes, des chevaux, mulets et à la troupe. Si en route nous avons passablement souffert par la chaleur, nous avons froid ici la nuit car nous sommes à l’altitude de Timhavit (10), soit 2000 m. A part cet inconvénient des nuits fraîches, la vie pour nous est plutôt plus agréable ici qu’à El Hammam (11): il s’agit surtout d’assurer la protection, c.à.d. de faire 3 à 4 km par jour, et de rester sur place à observer le travail de réfection de la route n’est pas non plus aussi pénible et poussé comme les constructions à El Hammam dont les travaux se trouvent forcément ralentis par notre départ, vu qu’il n’y reste que la moitié des troupes. 
Pour moi personnellement, je vois naturellement ma permission (12) retardée considérablement, car d’après nos précisions nous ne rentrerons pas à Aïn Leuh avant la fin Septembre. Je vais faire des mains et des pieds pour pouvoir partir vers le milieu ou au moins la fin d’Octobre, mais dans ces conditions, je ne puis encore rien préciser.
Je t’avais déjà répondu brièvement à tes lettres des 26 Juillet et 1° Août par une lettre commencée à El Hammam et terminée à Aïn Leuh (13). Je ne sais pas comment tu as accueilli la nouvelle de ce départ précipité et du retard en résultant pour ma permission. De toutes façons, il n’y a qu’à se résigner, car on ne peut pas aller contre. Comme je te le disais déjà, la marche des tours de permission est si mal réglée et tellement compliquée qu’il aurait été fou de croire que j’aurais pu partir dès réception des papiers nécessaires comme ont voulu te faire croire les gens de la mairie (14). Il y a ici des hommes mariés, engagés pour la durée de la guerre et au Maroc depuis Septembre 1914 qui ne sont pas encore allés une seule fois en permission !! La pénurie d’hommes (15) est telle que pendant la saison des colonnes il n’y a que 5 ou 6 permissionnaires par Compagnie dehors et comme cette saison des colonnes dure de Mars-Avril à fin Octobre ...
Le prix des denrées que tu signales est dû en grande partie aux spéculations. Songe que l’administration vend le riz ici au Maroc à 1 Fr 87 le kilo, c.à.d. à moins de moitié prix que le commerce en France. C’est tout de même inadmissible comme différence ! Les haricots blancs coûtent toujours à l’Administration 1 Fr. 88 le kilo, le saindoux 5,00, l’huile 3,62 le litre et la farine 0 Fr. 78, le pain 0 Fr 60 le kilo ; et le pain est sûrement meilleur que celui que tu achètes en ce moment ! (16)
De la guerre, toujours aucune fin à prévoir, rien qui pourrait faire entrevoir une solution quelconque ! Je constate que tu as abandonné le “Journal du Peuple” pour le “Populaire” (17) qui a peut-être une tournure plus officielle d’organe du socialisme. L’article de l’autre jour sur l’acceptation par la Social Démocratie allemande du programme des neutres pourrait réveiller quelques espoirs si l’on ne connaissait pas l’optimisme exagéré du parti pour l’action de son internationale (18).
Je te laisse Chérie pour le moment en t’envoyant ainsi qu’aux enfants mes meilleurs baisers.

Paul


Notes (François Beautier) 
1) - « Foun-Kheneg » : en fait Foum Kheneg, petit poste établi par la Légion en 1915 juste au sud de Timahdite (voir le courrier du 16 juin 1918), à 30 km à vol d’oiseau à l’est-sud-est d’Aïn Leuh (où se trouvait précédemment Paul, comme il le précise un peu plus loin). Ce poste de contrôle du col du même nom est devenu stratégique pour la Légion depuis juillet 1918 puisqu’il verrouille la route Meknès - Midelt - Boudnib par laquelle les rebelles du nord-ouest et du sud-est du Maroc cherchent à se rejoindre.
2) - « Timavid » : en fait Timahdite, ville étape entre le Moyen et le Haut Atlas, installée au franchissement de la vallée du haut Guigou par la route Meknès - Midelt, à 8km au nord du col de Foum Kheneg. Ce secteur constitue la bordure nord du territoire ancestral de la tribu berbère rebelle des Beni M’guild, c’est-à-dire la Haute vallée de la Moulouya (que contrôle localement la ville étape de Midelt).
3) - « Larbalou-Arbi » : en fait Arhbalou-Larbi, petit poste de la Légion, installé au début 1918 dans une forêt de cèdres, en haute montagne, à environ une quinzaine de km à vol d’oiseau à l’est du col de Foum Kheneg. Les rebelles Beni M’guild ont vainement tenté par la force, le 19 juin 1918, d’empêcher une colonne de la 21e Compagnie du 5e Bataillon de troupes mobiles de s’y installer.
4) - « Bou-Denib » : actuel Boudnib, à 190 km au sud-est de Foum Kheneg, poste fortifié de la Légion, destiné depuis 1908 à contrôler les relations vers le nord et l’ouest de la région du Tafilalt (à l’époque « Tafilalet »), située à 100 km à vol d’oiseau au sud-ouest de Boudnib . Cette vaste oasis fut occupée pacifiquement à partir de décembre 1917 sur l’ordre du Résident général Hubert Lyautey. Elle sera précipitamment évacuée sur son ordre, en octobre 1918, face à une rébellion pourtant assez peu dangereuse menée par la tribu berbère des Aït Atta, ce qui donna aux rebelles berbères l’illusion d’être victorieux et encouragea tous les nationalistes marocains à transformer la guérilla anticoloniale en une vraie guerre antifrançaise de libération nationale, dite « Guerre du Rif ».
5) - « opérations militaires » : depuis le printemps 1918 les différentes tribus berbères tentent vainement de reprendre le contrôle de tous les axes permettant de relier le Maroc du nord-ouest (dit « Occidental ») au Maroc du sud-est (dit « Oriental »), que Lyautey cherche à maintenir séparés pour les pacifier de force puis les unifier sous son seul contrôle. 
6) - « Becrit » : en fait Bekrite, petit poste à environ 25 km à vol d’oiseau à l’ouest-sud-ouest de Timahdite, en miroir de celui d’Arhbalou-Larbi par rapport au poste de Foum Kheneg, en pleine forêt de cèdres comme celui d’Arhbalou-Larbi et à une altitude de plus de 2000 m (Paul écrit dans son courrier du 4 décembre 1917 que c’est le plus élevé qu’il connaisse au Maroc). 
7) - Itzer : petit poste d’altitude à 3 km au sud-ouest du milieu du trajet par la route entre Timahdite et Midelt, donc sur le versant sud du Moyen Atlas et en plein territoire des Beni M’guild.
8) - « Tameyoust » : en fait Tamayoust, petit poste urbain établi par la Légion en 1917 à moins d’une vingtaine de km au sud de celui d’Arbalou-Larbi, en bordure nord de la haute plaine de la Moulouya, sur la route reliant Midelt à Fès par Boulemane, donc sur un point stratégique du territoire tribal des Beni M’guild.
9) - « la piste » : il s’agit de routes carrossables non revêtues, donc de « bonnes » pistes, dont Paul - en tant que soldat en âge d’être versé dans la réserve territoriale (il l'a peut-être été lors de son 34e anniversaire, sans changement d'affectation comme la loi du 5 août 1914 le permet, mais il ne se dit devenu « territorial » ou « pépère » dans aucun des courriers conservés) - assure la surveillance des chantiers de maintenance et d’entretien, ce qui ne l’exempte pas des risques de combats puisque le contrôle du secteur est convoité par les rebelles. 
10) - « Timhavit » : en fait Timahdite, dont l’altitude de 1815 m est à peine inférieure à celle du col et du camp de Foum Kheneg, à 1921 m. 
11) - « El Hammam » : poste situé à 40 km à vol d’oiseau à l’ouest de Foum Kheneg, où Paul fut précédemment affecté du 17 mai 1918 (voir sa lettre du 19 mai 1918) jusqu’à la mi-août 1918.
12) - « ma permission » : il s’agit d’une permission exceptionnelle dite « de naissance ». Elle n’était aucunement obligatoire mais elle devint pratiquement automatique à la suite des « troubles » de l’année 1917. Or elle ne peut être demandée et délivrée qu’au siège du commandant de la Compagnie, c’est-à-dire à Aïn Leuh (la lettre du 1er septembre 1918 indique que ce chef de bataillon n’est toujours pas rentré d’El Hammam).
13) - « Aïn Leuh » : cette lettre annonçant au début-août le transfert d’El Hammam à Foum Kheneg via Aïn leuh, n’a pas été conservée. 
14) - « la mairie » : celle de Caudéran, où réside Marthe.
15) - « la pénurie » : le manque d’hommes qui oblige Lyautey à réduire ses opérations et à retarder les tours de permission s’explique par l’affectation prioritaire des soldats de l’armée française sur les fronts métropolitains, où les autorités espèrent que s’obtiendra la victoire finale.
16) - « en ce moment » : ces relevés de prix confirment la cherté du coût de la vie provoquée par la pénurie en métropole et non pas, comme le suppose Paul, l’existence d’une spéculation particulière qui y ferait flamber les prix environ au double de ce qu’ils sont pour les Français au Maroc. En somme Paul refuse une fois de plus (voir sa lettre du 13 avril 1918 et la note correspondante) de reconnaître (ou de dire qu’il constate) qu’il existe deux marchés distincts, celui de la métropole (où la guerre entraîne des pénuries) et celui de cette colonie particulière qu’est en train de devenir le Maroc, où l’administration et les colons se fournissent à vil prix et où l’inflation est faible parce que la guérilla anticolonialiste a beaucoup moins d’effet sur l’économie locale que la guerre en métropole. Peut-être refuse-t-il de parler de ce marché colonial simplement parce qu’il s’identifie inconsciemment ou tient consciemment à être identifié comme Poilu de la Grande Guerre et non comme agent de la colonisation du Maroc par la France.
17) - « Le Populaire » : Marthe a peut-être détecté et refusé l’évolution de plus en plus révolutionnaire et léniniste (bolchévique), du Journal du Peuple originellement contestataire du vieux socialisme réformiste français. Au contraire, depuis ses débuts en 1916, Le Populaire n’a pas dévié de cette ligne socialiste humaniste, idéaliste, pacifiste et internationaliste qui lui vaut d’être très influent donc systématiquement censuré en 1918 par le pouvoir jusqu’au-boutiste.

18) - « son internationale » : comme le Parti socialiste français, le Parti social-démocrate allemand (SPD) espère que la Seconde Internationale (socialiste) à laquelle il appartient saura motiver les classes populaires des différents pays à poser les armes et à faire la paix sans victoire. Cependant, de même que le Parti socialiste français voit grossir en lui puis commencer à s’en détacher une aile révolutionnaire favorable à une Troisième Internationale (communiste, léniniste, qui sera officiellement créée à Moscou en mars 1919), le Parti social-démocrate allemand voit sa fraction révolutionnaire, qu’il a exclue en avril 1917 et qui a formé le Parti social démocrate indépendant (USPD, socialiste révolutionnaire), devenir de plus en plus influente et décidée à conduire la révolution politique et sociale (dite « spartakiste ») avant de (et pour) faire la paix. Face à cette perspective de guerre civile, des militants allemands modérés du Zentrum (le Centre, c’est-à-dire la droite libérale non belliciste, que l’on désigne alors aussi comme « Les Neutres » parce qu’elle souhaite - comme les pays neutres - seulement le retour à la paix pour que les affaires reprennent) et du Parti social-démocrate (la gauche non-révolutionnaire) se tendent la main pour obtenir rapidement la paix sans passer par une révolution sociale (la fin de l’empire leur apparaît comme une révolution politique absolument nécessaire). La principale figure de ce rapprochement à partir du début de l’été 1918 est le député et président du Parti social-démocrate Friedrich Ebert (1871-1925), qui propose à ses concitoyens modérés un gouvernement de coalition droite - gauche pour rétablir la paix, et un arrêt des luttes partisanes, c’est-à-dire un « compromis de classe » pour réformer l’Allemagne.

mercredi 8 août 2018

Lettre du 09.08.1918



Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran


(Le début de cette lettre est perdu.)


Dès que tu seras en mesure d’écrire, tu me donneras des détails sur la journée du 12 Juillet (1). Es-tu devenue plus forte, en comparaison avec l’année dernière ? La couleur de ton manteau ne me plaît pas trop : je crois que cette teinte te va moins bien que le bleu par exemple.
Le Journal de Genève du 28 Juin relate la séance du Reichstag avec les discours de Kuhlmann, de Stresemann et de Naumann (2) relatifs aux observations du Comte Westerp (3). Il en résulte en effet que telle qu’elle est, la situation semble toujours inextricable. Kuhlmann stigmatise l’attitude de la presse de l’Entente (4) qui, dès qu’il y a une ouverture de paix ou une proposition de pourparlers de la part de l’Allemagne, crie de suite “Piège grossier” “Offensive de Paix” “Hypocrisie” etc., et ajoute que tant que ces suspicions durent, on ne pourra même pas penser à causer avec quelque chance de succès. Il espère néanmoins que... que ... etc. L’assassinat de Nicolas II (5) ne nous approche certainement pas davantage de la Paix, bien qu’il ôte peut-être à pas mal de gens l’espoir de voir en Russie la restauration de la monarchie. Enfin, l’offensive allemande est de nouveau déclenchée sur le front français depuis hier matin (6); les attaques se suivent donc depuis le mois de Mars (7) avec une intensité qu’on n’a jamais vue encore, ce qui n’empêche bien entendu pas les pessimistes de déclarer que c’est précisément là un signe que la fin de la guerre n’a jamais été plus éloignée que cette année !
Les quelques légionnaires libérés avec lesquels je suis resté un peu en correspondance déclarent se trouver très bien. Ils gagnent de 9 à 10 Frs. par jour en Bourgogne et paient 4 Frs. 50 de pension. Ils sont libres et ne se présentent que de temps à autre à la gendarmerie. D’autres, des permissionnaires, racontent qu’ils ont travaillé pendant leur permission en France, gagnant jusqu’à 12 Frs. (8) par jour. 
Que Mme Penhoat (9) et sa petite se plaignent du climat de Rouen est regrettable. Mais je crois plutôt que c’est l’air de Paris qui manque à Madame qui, à mon idée, s’acclimatera difficilement dans une ville de province. Car enfin, tu ne vas pas croire qu’en plein été il fait si froid que cela à Rouen, qui est à peu près à la même distance de la mer que Bordeaux ! Je suis persuadé qu’elle va bientôt rentrer à Paris pour goûter de nouveau le charme de voir tous les 8 ou 15 jours son permissionnaire (10) au lieu de laisser se rabattre de nouveau sur leur vie conjugale la poussière grise du “Alltag” (11). D’après ce que m’écrit Penhoat, il a presque 1 heure de chemin de chez lui jusqu’à son bureau et, bien entendu, ne peut pas rentrer chez lui à déjeuner. Si donc les bombes sont aussi fréquentes et dangereuses à Rouen qu’à Paris (12), tout prétexte pour la villégiature manque : avec tous les Anglais (13) qu’il y a à Rouen, les vivres y sont au moins aussi chères qu’à Paris. A propos de vivres, nous payons maintenant les patates à la Commissions des Ordinaires (14) à raison de 45 cs le kilo (15), mais il y en a pas mal de pourries, ce qui les rend naturellement bien plus chères. Les pâtes commencent à réapparaître, mais en févettes (16) et M’Hamsa (17) (genre de Graupen) (18) il semble y avoir réellement abondance. Le pain ici est paraît-il meilleur que celui en France. Son prix est de 60 centimes le kilo (19); le vin de l’Administration coûte 90 cs le litre, mais à la cantine il vaut 3 Frs (20).
Je suis content d’avoir eu promptement la confirmation écrite que tu vas bien et espère que “ton fardeau déposé” (21) tu reviens à une meilleure humeur !
Bons baisers pour toi et les enfants, le bonjour pour Hélène.


Paul


Notes (François Beautier)
1) - « journée du 12 juillet » : date de la naissance du quatrième enfant de Paul.
2) - « Naumann » :  Friedrich Naumann (1860-1919), pasteur protestant social-libéral (antimarxiste) élu député au Reichstag à partir de 1907 dans les rangs du parti progressiste populaire (où il avait attiré son émule Gustav Stresemann) et cofondateur en 1919 du parti démocrate allemand. 
3) - « Comte Westerp » : en fait Comte Friedrich Viktor von Westarp (1864-1945), député nationaliste conservateur au Reichstag depuis 1908, irréductible va-t-en-guerre favorable aux thèses jusqu’au-boutistes du général en chef des armées impériales Erich Ludendorff (1865-1937). Lors de la séance au Reichstag du 24-25 juin 1918, Westarp s’en prit violemment à la proposition du secrétaire d’État (ministre) des Affaires étrangères Richard von Külhmann (1873-1948) de renoncer à l’idée de victoire finale et de mener au grand jour une vaste opération diplomatique permettant de négocier une paix durable avec les Alliés par l’intermédiaire des Britanniques déjà secrètement contactés avec l’aval de l’empereur Guillaume II. C’est cette séance au Reichstag, où les députés sociaux-libéraux Gustav Stresemann (1878-1929) et Friedrich Naumann appuyèrent Külhmann, révélatrice des doutes allemands en juin 1918, que rapporte le Journal de Genève dans son édition du 28 juin, jour du 4e anniversaire de l’attentat de Sarajevo considéré comme déclencheur de la Grande Guerre. Malgré ses appuis au Parlement et le soutien de l’empereur, le ministre Külhmann fut démis par ce dernier, le 9 juillet 1918, à la demande de Ludendorff, chef du haut état-major des armées. 
4) - « l’Entente » : la Triple-Entente, le camp des Alliés (le qualificatif « triple » n’ayant plus de sens puisque leur nombre a beaucoup évolué depuis l’avant-guerre, on dit plutôt « l’Entente »).
5) - « Nicolas II » : l’empereur russe fut assassiné le 17 juillet 1918 et l’annonce en fut faite par la presse à partir du 19 dans les pays occidentaux. On peut donc situer comme postérieur au 19 juillet 1918 ce courrier dont la date a été perdue. 
6) - « hier matin » : Paul fait allusion à une nouvelle offensive ou à une reprise d’offensive sur le front français. Il peut s’agir de l’apogée des combats de la Seconde Bataille de la Marne ou « Bataille de Reims » (du 15 au 27 juillet 1918), donc la date d’écriture de la lettre de Paul serait comprise entre l'annonce le 19 juillet de l’assassinat de Nicolas II, et lendemain de la fin de l’offensive allemande sur la Marne, c'est-à-dire le 28 juillet. Mais il peut aussi s’agir du « Jour de deuil de l’armée allemande », l’offensive allemande immédiatement anéantie le 8 août 1918 en Picardie (des prisonniers allemands en avaient révélé la date et les lieux, entre Amiens et Saint-Quentin). Dans ce cas, cette lettre daterait du 9 août. 
7) - « mars » : allusion au début de l’« Offensive de printemps » ou « Bataille du kaiser » ou « Offensive Ludendorff », constituée de plusieurs opérations coordonnées entre la Somme et la Manche, à compter du 21 mars 1918. 
8) - « 12 Frs » : le salaire journalier moyen d’un manœuvre français était alors de 5 F. Il se peut que les anciens collègues légionnaires de Paul (à sa différence engagés avant-guerre et pour une durée déterminée) aient voulu faire des jaloux parmi leurs amis en exagérant les salaires qu’ils percevaient dans le civil. Cependant, le manque d'hommes disponibles, en bonne forme physique et mentale, habitués à obéir sans discuter et capables d’encadrer des travailleurs peu qualifiés, pouvait expliquer que des employeurs aient offert jusqu’à 12 F par jour pour recruter ces Légionnaires en fin de contrat. 
9) - « Mme Penhoat » : épouse du troisième associé de la Société L. Leconte. Cette femme habituée à vivre à Paris est déplacée à Rouen où son époux installe une nouvelle entreprise par l’intermédiaire d’un nouvel associé. 
10) - « son permissionnaire » : il s’agit vraisemblablement de son époux, Jean Penhoat, sans doute versé dans la réserve territoriale quelque part à 1 heure de son bureau de Rouen (Paul le rapporte quelques lignes plus loin), donc ailleurs qu’à Paris, où son épouse souhaiterait revenir habiter et le rencontrer de nouveau à chacune de ses permissions.
11) - « alltag » : en allemand, désigne « la quotidienneté », « la vie de tous les jours ». 
12) - « à Rouen qu’à Paris » : en réalité Paris fut plus souvent et plus efficacement bombardé que Rouen en 1918, notamment du fait des tirs sur la capitale des 7 canons allemands à longue portée installés pendant l’hiver 1917-1918 dans la forêt de Saint-Gobain (Aisne), à 111 km à vol d’oiseau. Pendant le seul premier semestre 1918 (donc avant cette lettre) la capitale subit 4 bombardements par avion et 29 par canon à longue portée, contre 5 par avion et aucun par canon sur Rouen. Au cours du second semestre 1918 Paris fut bombardé 7 fois par avion et 7 fois par les canons à longue portée, et Rouen 5 fois par avion. 
13) - « les Anglais » : à cette époque il y a dans l’agglomération rouennaise des soldats de toutes les nationalités de l’empire britannique, ainsi que des Américains et des Français (dont des ressortissants des diverses colonies françaises).
14) - « Commission des ordinaires » : service des Armées chargé d’acheter les vivres consommés par les soldats. Ceux-ci peuvent acheter les surplus pour compléter leur alimentation. 
15) - « 45 cs » : c’est 30 centimes moins cher que la qualité supérieure en métropole au prix fixé en juillet 1918 par le Ministère du ravitaillement général (comme pour tous les produits de nécessité, les prix supérieurs sont taxés par les préfets). Ce prix doublé depuis le début de la guerre donne une mesure de la pénurie et de l’inflation qui en résultait (en juillet 1917 il était fixé en métropole à 40 c le kilo en qualité supérieure).
16) - « fèvettes » : petites fèves tendres car récoltées avant maturité. Par analogie de forme et de taille, ce nom est aussi donné aux pâtes alimentaires présentées en petites billes. 
17) - « M’Hamsa » : ou « mhamsa », soupe traditionnelle maghrébine composée principalement de pâtes de farine (et non de semoule, à la différence du couscous) façonnées en forme de petits plombs.
18) - « Graupen » : ce mot désigne en Allemagne le gruau, c’est-à-dire une soupe épaisse obtenue directement par trempage puis écrasement et cuisson de grains d’orge (le plus souvent, mais aussi de blé ou de riz).
19) - « 60 cs le kilo » : le prix du pain, en métropole, est fixé à la même époque entre 44 et 50 c le kilo selon sa présentation (la baguette coûtant relativement plus cher que la miche), mais la qualité a considérablement baissé puisque la farine qui le compose peut contenir jusqu’à 15% de maïs et/ou d’orge. Par ailleurs, le pain fut très tôt rationné dans les campagnes, puis dans les villes à partir de 1917, et enfin à Paris à partir d’avril 1918.
20) - « 3 Frs » : c’est 3 fois le prix courant pratiqué en métropole où l’on relève néanmoins une augmentation de 10% au cours du seul premier semestre 1918. Au total, le taux d’inflation - c’est-à-dire la perte de pouvoir d’achat - qui avait atteint 20% en 1917 est monté à 29 % en 1918 (contre 11% en 1916 et 20% en 1915). 
21) - « « ton fardeau déposé » » : les guillemets indiquent que Paul fait vraisemblablement comme s’il citait son épouse, qui a peut-être vécu l’accouchement de son bébé comme une réelle « délivrance » (selon l’expression de l’époque). Cependant, il peut s’agir d’une allusion à la culture chrétienne de Marthe, où la notion de fardeau renvoie à celle de péché…