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samedi 25 mars 2017

Lettre du 26.03.1917




Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Taza, le 26 Mars 1917



Ma Chérie,

Ainsi que je te l’ai annoncé par ma carte postale du 25 nous sommes rentrés hier à Taza, ce qui nous a donc fait juste une semaine d’absence. Le temps incertain de cette saison-ci nous a forcés de lever le camp de Mecknassa avant d’avoir fait des opérations décisives contre Abd el Malek : à chaque instant il y avait des averses, sans parler des nuits glaciales assez pénibles sous la petite tente. Toutefois, pour le retour à Taza nous avions un temps vraiment superbe, et il est probable que dès qu’on pourra compter sur une série de belles journées nous ressortirons. Notre Compagnie n’a même pas été au feu cette fois-ci : la Compagnie Montée et une section de mitrailleuses de notre régiment ont cependant participé à une rencontre sanglante avec les troupes d’Abd el Malek, qui, armées et commandées à l’européenne (1), constituent un ennemi très sérieux qui nous donnera certainement encore pas mal de travail.
Je t’ai hier déjà accusé réception de ta lettre du 13 courant et profite de cette occasion pour te répéter que tes mandats de Janvier et de Février me sont bien parvenus. Il est étonnant qu’il y ait de nouveau un tel retard dans l’arrivée de ma correspondance, je t’ai en effet écrit on ne peut plus régulièrement : les 18, 20, 22, 23, 26 & 28 Février, 2, 4, 7, 8, 11, 13, 17, 18, 21, 25 Mars (2), en comprenant toutefois une carte à Suzanne !!! (3)
Les évènements se sont précipités en France depuis une dizaine de jours : démission du Gal Lyautey, du Cabinet Briand (4), Révolution Russe (5) et la retraite des Allemands sur toute la ligne Nord-Sud (6). Au point de vue de la continuation de la guerre, le changement de cabinet n’a guère d’importance, car le ministre Ribot (7), tout en présentant le même programme, a obtenu une majorité écrasante. Le changement foudroyant qui s’est opéré en Russie peut cependant amener quelque surprise dans un sens ou dans l’autre : ce qu’il y a d’étonnant, c’est que la Révolution ne vise pas directement la dynastie, mais seulement le Tsar et son fils (8). Peut-être se trouve-t-on en présence d’un mouvement suscité ou du moins favorisé par l’Angleterre et la France dont l’alliance avec un Etat sans constitution pouvait être drôlement interprétée. Peut-être même a-t-on voulu faire voir au peuple allemand que même dans un Etat plus arriéré encore que l’Allemagne au point de vue politique, un changement de régime est possible et même assez facile. Une constitution libérale pourrait alors impressionner les milieux radicaux et libéraux allemands et les inciter à suivre l’exemple de la Russie. C’est cette dernière thèse qui me semble encore la plus vraisemblable. (9)
L’avance franco-anglaise sur le front occidental sera, j‘espère, le prélude de l’évacuation de la France, et peut-être en même temps de la Belgique (10). S’il en était ainsi, la perspective d’une paix serait bien plus rapprochée. D’un côté le peuple allemand se verrait acculé à sa propre frontière et se dirait qu’il est temps de faire un effort sérieux en faveur de la paix, et de l’autre côté les gouvernements alliés ne pourraient plus invoquer qu’on ne peut pas entamer des négociations avec un ennemi se trouvant encore dans le pays même.
Il paraît donc que la carte de sucre a été introduite déjà en France (y compris Bordeaux) et que la carte de pain (11) va bientôt suivre. Ce qu’il y a de curieux, c’est qu’ici au Maroc on peut acheter tout ce qu’on veut en sucre et en pain blanc frais. Les prix sont bien entendu élevés - le kilo de sucre coûte 1 fr 75 - mais enfin il n’y a même pas l’ombre d’une pénurie !!! Il en est de même avec le beurre, le lait, les oeufs (10 cs pièce) etc. etc., voire même avec la briquette et le charbon de bois. Et si tu voyais les troupeaux de boeufs, moutons et chèvres des bicots, tu ne penserais pas que la viande peut manquer quelque part en France.
Il est quand même un sentiment agréable de coucher sous un toit et dans un plumard (12); chaque fois, lorsque je rentre d’une colonne, je constate qu’on n’est pas encore si mal que cela à Taza. Quand diable pourra-t-on coucher de nouveau dans un véritable plumard ?
Je t’embrasse, ainsi que les enfants, bien sincèrement. Le bonjour à Hélène.


Paul



Notes (François Beautier)
1) - "à l'européenne" : allusion au fait que la rébellion conduite par Abdelmalek est soutenue par l'Allemagne qui fournit secrètement des armes, des munitions et des cadres avec la complicité de l'Espagne, pays neutre censé contrôler le Rif selon les termes du Protectorat de 1912 par lequel la France "protège" le royaume du Maroc et accorde à l'Espagne le protectorat du Rif (région du nord marocain où l'Espagne possède des comptoirs comme Ceuta ou Melilla).
2) - "25 mars" : sur ces 16 courriers, 2 n'ont pas été conservés, datés du 22 février et du 2 mars.
3) - "carte à Suzanne" : courrier non conservé.
4) - "Briand" : par suite des reproches proclamés à la Chambre des Députés par le Ministre de la Guerre Hubert Lyautey contre le général Georges Nivelle qui n'a pas selon lui assez préparé l'offensive programmée en Champagne (Nivelle sera effectivement "limogé" suite à son échec sur le Chemin des Dames en avril 1917), le chef du gouvernement Aristide Briand, sous la pression du "jusqu'au-boutiste" Georges Clémenceau (journaliste et sénateur radical-socialiste), pousse Lyautey à démissionner le 14 mars 1917. Trois jours plus tard, Aristide Briand, accusé de "défaitisme" par Clémenceau ("le Tigre"), démissionne à son tour avec son gouvernement, au profit d'Alexandre Ribot. Il est possible que Hubert Lyautey, demeuré en titre "Résident général de la France au Maroc" pendant son passage au Ministère de la Guerre, ait souhaité reprendre le commandement des armées au Maroc au moment où son "idée fixe" d'opérer la jonction entre le sud-est du Maroc oriental (région du Tafilalt) et le cœur du Maroc occidental (Meknès) à travers les Moyen et Haut Atlas se trouvait à la fois contestée par la pression d'Abdelmalek sur la route Taza-Fès-Meknès, et en voie de réalisation grâce à la bonne tenue des Français face aux rebelles du sud dans les régions de Bou Denib (actuel Boudnib) et de Kasba Tadla.
5) - "la Révolution russe" : celle de février, commencée au début mars (fin février en Russie). La presse occidentale la considère au début comme un fait divers sans grande conséquence, ne comprenant pas que le refus de la couronne par le Grand Duc Michel (frère de Nicolas II) le 16 mars 1917 (3 mars en Russie) signifie de facto la fin du tsarisme et se rassurant du fait que le gouvernement provisoire, manifestement formé de notables (aristocrates et bourgeois) libéraux, se trouve obligé de continuer la guerre contre l'Allemagne pour évacuer l'énorme potentiel de violence populaire - résultant du régime d'oppression tsariste - qui pourrait se retourner contre lui (ce sera le moteur de la "Révolution d'Octobre"). Seul le "Journal du Peuple" (à gauche du socialisme et favorable aux thèses du très révolutionnaire "Soviet de Pétrograd") semble avoir compris dès le début que la révolution russe ébranlerait le monde.
6) - "ligne nord-sud" : la Ligne Hindenburg (Siegfried selon les Anglais) derrière laquelle les troupes allemandes qui viennent d'évacuer le "saillant de Bapaume" se sont repliées en bon ordre, est approximativement nord -sud dans ce secteur du front dit de la Somme.
7) - "Ribot" : Alexandre Ribot (1842-1923), alors sénateur républicain, académicien, ministre des Finances du gouvernement sortant (le sixième conduit par Briand), fut nommé Président du Conseil des Ministres et Ministre des Affaires étrangères par le Président Poincaré le 20 mars 1917 (c'est le cinquième gouvernement qu'il forme et dirige). Ribot suit effectivement la même ligne que son prédécesseur Briand, ce qui suscite immédiatement la même dénonciation de "défaitisme" par son ancien allié Clémenceau.
8) - "le tsar et son fils" : les "Cadets" (membres du parti Constitutionnel-démocrate), c'est-à-dire les libéraux qui menèrent la première phase de la révolution russe (phase dite "libérale" - "bourgeoise" selon les marxistes - ou "de février"), souhaitaient que la Russie demeure monarchique mais devienne véritablement constitutionnelle. Ils poussèrent le tsar Nicolas II à abdiquer en faveur de son fils le tsarévitch Alexis Nikolaïevitch, un enfant de moins de 13 ans, par ailleurs hémophile (à cette époque ceci signifiait une durée de vie inférieure à 20 ans) et à nommer Régent le Grand duc Michel, frère de Nicolas II. Lors de son abdication le 15 mars, le tsar nomma effectivement son frère Michel, mais celui-ci refusa la couronne le lendemain. Le gouvernement provisoire, d'abord présidé par le Prince Gueorgui Lvov, se crut capable de se passer d'une couronne impériale le temps de changer de légitimité en instaurant un régime parlementaire. Or il était déjà contesté sur sa gauche par le Soviet révolutionnaire de Pétrograd et le fut bientôt sur sa droite par les partisans réactionnaires de l'Ancien régime.
9) - "vraisemblable" : le mot "souhaitable" conviendrait mieux car Paul - qui a toutes les raisons de souhaiter une Russie et une Allemagne libérales - n'avance aucun fait attestant que l'Angleterre et la France auraient favorisé la révolution libérale russe "de février" dans le but d'inciter les radicaux et libéraux allemands à faire de même en Allemagne.
10) - "Belgique" : les Britanniques voient le recul allemand sur la Ligne Siegfried (Hindenburg pour les autres belligérants) comme la première étape de la libération d'un espace allant de la Champagne aux ports belges de la Manche (vision excessivement optimiste).
11) - "carte de pain" : dès le début de la Grande Guerre une ration de 500 grammes de pain par personne et par jour est garantie dans chaque foyer de soldat sous les drapeaux. Les préfectures réquisitionnent les produits alimentaires nécessaires aux armées. Le rationnement de la viande pour les civils commence en 1915, les préfets interdisant la vente 1 à 3 fois par semaine selon les localités. Les mêmes préfets peuvent fixer des interdictions d'exportation de produits alimentaires. À partir de janvier 1917, ils fixent des prix maximaux de vente des produits de première nécessité, selon l'état local des marchés (par exemple pour le beurre ou le charbon). À partir de février sont édictées des restrictions nouvelles à l'usage des civils (par exemple l'interdiction d'utiliser de la farine pour faire des pâtisseries), et des normes de consommation à l'usage des corps d'armée (par exemple le recyclage des croûtes de pain durcies dans la soupe des soldats). Sont aussi instituées par le Ministère de l'Agriculture et du Ravitaillement des catégories d'habitants (enfants, travailleurs, militaires en permission, etc) en vue de la distribution par les préfectures de cartes et de coupons de rationnement valables 6 à 12 mois. Le pain et le sucre seront effectivement rationnés selon ce système à partir de juin 1917 (à Bordeaux, par exemple, l'arrêté préfectoral de rationnement concernant le sucre - à 750 grammes par personne et par mois - est daté du 30 janvier 1917 et les premiers coupons sont ceux de juin). Cependant c'est en 1918 et jusqu'au printemps 1919 que le recours au rationnement fut en France le plus systématique et le mieux organisé, que les rations alimentaires furent les plus faibles, et que la liste des produits interdits de vente au public fut la plus diverse (dentelle, cosmétiques... ). L'enjeu de toutes ces mesures était double : assurer en priorité le ravitaillement des armées, générateur de pénuries pour les civils, et combattre la "cherté" de la vie subie par les civils, génératrice de mécontentement et de perte de moral (belliciste) de la nation.
12) - "plumard" : Paul reprend là à l'intention de Marthe l'argument habituellement opposé par le gouvernement aux plaintes des civils : "c'est pire au front, donc taisez-vous". Pense-t-il être lu par un éventuel censeur militaire ou a-t-il fait sien ce raisonnement éculé ?


dimanche 27 novembre 2016

Lettre du 28.11.1916



Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Taza, le 28 Novembre 1916

Ma Chérie,

J’ai bien reçu ta lettre du 19 courant ainsi que celle de Suzanne datée du 18. Mais celle du 17 dont Suzette me parle et sur laquelle Georges et Alice devaient avoir ajouté leur avis ne m‘est point parvenue. Serait-elle passée par Fez ? Espérons toujours qu’elle arrivera encore. De mon côté je t’ai adressé hier le journal anglais annoncé dans ma lettre du 26.
La première petite dent de Suzette est là à côté de moi pas plus grosse qu’une petite perle. Qu’il est tout de même regrettable de ne pouvoir assister à la croissance des enfants et de recevoir à près de 2000 km de leurs nouvelles comme s’il s’agissait de parents éloignés quelconques ! Ce qu’il y a de plus embêtant c’est que la question de la permission ne semble réellement pas exister pour nous. La circulaire du Ministre de la Guerre qui dit très clairement que la permission est non une faveur mais une allocation régulière pour tout homme n’est pas applicable à la Légion - ainsi en a décidé le Gal Lyautey qui est le grand maître ici et ne dépend pour ces questions même pas du Ministre. Car le Maroc est un Protectorat et non une colonie. Le Résident Général a donc décidé que pour la Légion il faut des raisons tout à fait sérieuses pour obtenir une permission. Celles-ci sont du reste complètement suspendues pour nous jusqu’à fin Janvier prochain. Tu me proposes bien de faire alors quelques démarches, mais ne compte pas trop sur un  succès. Toujours est-il qu’un de mes camarades - dans le même cas que moi - va faire faire une démarche auprès du Ministre même par un sénateur qu’il connaît très bien et qui lui écrit même de temps à autre. Mais le plus crevant dans toute cette histoire est que dans le 6° bataillon du 2° Étranger, stationné dans l’Occidental, le régime des permissions semble être bien plus libéral. Et pourtant c’est aussi le Maroc avec le même Résident Général ! Je dirai en passant qu’en Algérie et notamment à Bel Abbès des hommes et même des Austro-Allemands qui n’ont jamais vu le Maroc ni entendu un coup de fusil ont eu des permissions pour la France ! J’en connais personnellement deux et j’ai cité ce cas aussi à “la Victoire” (1). Quant à l’entrefilet dans l’Humanité, il doit provenir de quelques engagés pour la durée de la guerre de nationalité polonaise, tchèque ou italienne (2).....
Dans ma lettre de vendredi dernier je t’avais adressé une coupure du “Journal” qui sous la rubrique “Chronique des Tribunaux” relatait le cas d’une femme, française d’origine, et qui, par suite de son mariage avec un Allemand, avait perdu sa nationalité. Bien que veuve depuis fort longtemps, cette femme n’a pu obtenir la levée du séquestre sur ses biens et les attendus du jugement prouvent que dans cette matière le Gouvernement ou la Justice sont extrêmement sévères et le resteront probablement jusqu’à la fin des hostilités.
J’apprends que l’ex-caporal Frid (3) a quitté entretemps Bel Abbès et ne tardera donc pas à passer à Bordeaux. Le vieux coquin de Savario (4) a réussi à se faire réformer après 13 ans de service avec pension. Il m’écrit de Bordeaux où il se trouve chez sa tante à St Augustin, Chemin Dupuch 25, sans cependant me dire ce qu’il fait. C’était le type du vieux légionnaire fumiste - bretteur et menteur sans vergogne et qui avait été comme légionnaire à Madagascar, Indo-Chine, Tonkin et Dieu sait encore où !
Quelle figure faisait donc Suzanne lors de sa première entrée au Théâtre ? J’aurais attendu qu’à cette occasion tu lui aurais fait un conte de fée quelconque avec chant, danse et musique ! Rappelle-moi donc le contenu des “Femmes Savantes” de Molière !
Si à la première lecture j’avais mal compris la lettre de Mr. Penhoat (suivant le passage que tu me cites maintenant) cela provient uniquement de l’écriture difficilement lisible de P. qui écrivait en vérité qu’il avait demandé les comptes à Leconte ainsi qu’à Me Palvadeau. Je suis du reste depuis fort longtemps privé de ses nouvelles. 
Nous sommes actuellement dans la saison des grandes pluies qui, j’espère, nous évitera de nouvelles colonnes cette année. Quant à la pèlerine en caoutchouc ou en tissu huilé, je me rappelle que dans le catalogue de la Maison Tunmer et Cie (5) il y en avait déjà à 12 ou 15 Frs. au début de l’année. Toutefois comme il y a ici au bureau un capuchon de tirailleur en gros drap bleu, je m’en sers pour les courses à faire dans la pluie et même pour la garde que je ne prends actuellement que la nuit. Depuis notre départ pour Touahar, les prix ici ont aussi augmenté sensiblement : le chocolat Menier ou Lombard 3,00 Frs. la livre au lieu de 2,40 (6); le camembert 1 Fr 25, la boîte de lait 1 Fr 20 au lieu de 1 Fr etc. etc. Dieu sait comment cela va tourner encore avec la cherté de la vie ! On a donc introduit en France aussi un jour sans viande (7), ou du moins à Paris ? 
Mes meilleurs baisers pour toi et les enfants.


Paul



Notes (François Beautier)
1) - "à La Victoire" : Paul a donc effectivement fait part à au moins un journal d'opposition de sa privation de permission à la Légion.
2) - "ou italienne" : c'est-à-dire à un "non-ressortissant ennemi".
3) - "Frid" : Légionnaire de nationalité russe, démobilisé après 5 ans de service (Paul en a parlé dans sa lettre du 8 novembre 1916).
4) - "Savario" : Légionnaire suisse habitant Caudéran, ami de Paul, qui n'en avait plus de nouvelles depuis septembre. Il a été déplacé en Algérie pour se faire soigner les yeux, avec l'espérance de se faire réformer. 
5) - Tunmer et Cie : maison parisienne de vêtements et articles de sport élégants de style britannique, établie à Paris et vendant par correspondance. Paul en a déjà parlé dans sa lettre du 22 novembre 1915. Marthe lui avait envoyé à l'époque un catalogue de l'entreprise.
6) - "2,40" : exactement un an auparavant, le 22 novembre 1915, Paul avait relevé le prix de 2,50 francs la livre. C'est donc qu'il n'avait pas pris de note : quelle mémoire !
7) - "jour sans viande" : Paul fait allusion au décret de novembre 1916 autorisant les autorités locales (maires et préfets) à prononcer l'interdiction de la commercialisation de viande certains jours de la semaine. Le cas général fut la décision d'instituer "un jour maigre" par semaine. Certaines villes optèrent pour 2 jours (cas de Nantes à partir d'avril 1917, de Paris entre mai et octobre 1917 puis entre mai et juillet 1918, ou dans toute l'Algérie à partir du 1er juin 1917), voire 3 jours dans certaines localités rurales entre mai 1918 et la fin de la guerre. Des exceptions concernèrent la viande de cheval. En Autriche, le gouvernement institua dès mai 1915 dans tout l'Empire austro-hongrois 2 jours sans viande par semaine. En Allemagne la consommation de viande fut rationnée par carte à 85 grammes par personne par jour en mai 1916 puis à 250 grammes par personne par semaine en août 1916.