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vendredi 12 mai 2017

Lettre du 13.05.1917




Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Taza (1), le 13 Mai 1917

Ma Chérie, 

Je te confirme ma carte postale du 11 courant, et viens de recevoir également ta lettre du 29 écoulé après celles du 30 Avril et 1° Mai.
Je vais te renvoyer - sans en avoir eu besoin - la coupure de la Démocratie de l’Ouest et la copie de la lettre de Leconte avec la réponse du même journal (2), car j’ai pu me rendre compte entretemps que la fiche de renseignements en question n’émane pas des autorités civiles mais concerne uniquement ma “carrière militaire”. Elle contient même des indications si manifestement fausses sur mon passage à Lyon (3) qu’il ne sera point difficile aux autorités militaires de se convaincre de l’erreur, si toutefois ils se donnent seulement la peine de faire une petite enquête. Mais voilà que la colonne de Taza (4) est à nouveau en route, ainsi du reste que celle de Fez, et bien que le Colonel Batbedat (5) soit probablement resté à Taza, il y aura de ce fait un retard sensible parce que les pièces partent d’ici au Bureau du Bataillon qui se trouve en route pour être transmises après au Bureau du Régiment. Enfin la réponse doit bien arriver un des prochains jours et je verrai alors. Dans tous les cas, je ne laisserai pas l’affaire là, tu peux en être certaine.
Tu ne souffles toujours pas mot sur ta situation financière et si tu t’es procuré de l’argent - assez pour tenir jusqu’à ce que l’envoi de Nantes (6) reprenne comme je l’espère bien. C’est là pourtant le point qui m’intéresse le plus, car je ne veux en aucun cas que tu te prives de quoi que ce soit, les enfants et toi. Tu me rendras donc compte dans ta prochaine lettre que tu as fait suivant mes instructions ! (7)
J’ai fini la lecture du “Feu” et je te retournerai le livre après l’avoir donné à lire à quelques camarades. C’est certainement un livre vécu, non seulement par un homme mais par des milliers sinon des millions. Il n’y a que la fin, la conclusion finale où l’on sent l’inspiration du poète qui monte à des hauteurs où la moyenne des hommes ne se lève pas, bien que Mr. Barbusse fasse prononcer ces conclusions par des humbles dans un milieu qui est bien celui de la guerre et de la misère et dans des expressions et tournures qui n’ont rien de celles d’un académicien (8). J’y souscrit comme j’ai rarement souscrit à une idée généreuse - mais je conserve un doute : Crois-tu vraiment que cette spécialisation sur la guerre, son commencement et son but, soit générale, du moins dans les milieux qui ont une certaine instruction et liberté de vue ? Barbusse est sans doute bien situé pour le savoir, Penhoat aussi émettait des idées dans ce sens (9), mais dans la pratique, dans l’exécution, je n’ai rien vu jusqu’ici, rien !!! Ce qu’il y a de certain, c’est que pendant les moments, les heures, les jours de grande fatigue on oublie les haines et querelles ordinaires pour tourner toute sa colère contre ceux ou celui qui sont les auteurs directs de la fatigue en question. Mais une fois reposé, ces détails s’oublient rapidement. Voilà ce que j’ai souvent observé, pendant nos colonnes notamment.
A propos, je t’ai envoyé ces jours-ci un numéro du Canard Enchaîné dans deux enveloppes, l’as-tu reçu, ainsi que la “Guerre des Mômes” (10) que j’avais retourné comme imprimé au mois d’Avril ou même fin Mars ???
Je ne crois point que les hommes en rentrant dans leurs foyers trouveront leur femme changée autant que tu le dis. Toute la vie sociale est telle qu’une fois le travail intérieur à la maison accompli, la femme (qui tient autant à ses aises que l’homme) ne voudra pas renoncer tout à fait au repos et au plaisir pendant les quelques heures qu’elle garde libres. Que la jeune fille tâchera, s’efforcera même de conquérir une plus grande place dans les carrières dites libérales ou scientifiques, je le crois volontiers, mais pas la femme mariée (11). Du reste, la secousse donnée par la guerre s’apaisera petit à petit et si en politique par exemple l’influence de la femme se fera plus sentir à l’avenir, ce ne sera pas encore cela qui changera beaucoup à la vie sociale. Pendant les premiers dix ans qui suivront la conclusion de la Paix, il y aura du reste tant de blessures à panser qu’il ne faudra pas compter sur des changements profonds dans les vieilles habitudes ! C’est du moins mon avis.
Je me rappelle assez bien l’exposé ou la préface de la “Lyrique” de Busse (12) qui est, d’une façon générale, très clair et assez juste à part son jugement téméraire sur H. Heine (13) que je mets plutôt sur le compte de la jeunesse de l’auteur qui n’avait que 26 ou 27 ans lorsqu’il écrivait ce livre. Mais c’est W. Bolsche qui parle dans “Hinter der Welstadt” (14) de l’institution d’universités libres, accessibles aux femmes etc., et non Busse ?
Comment vont les enfants ? Est-ce qu’Hélène a trouvé quelque chose pour la journée ? Je pense quelquefois à elle, en me demandant si c’est réellement son sentiment qui l’attache aussi solidement ou bien l’intérêt qu’elle y trouve, bien qu’en ce moment surtout les bonnes places ne doivent pas être rares pour elle ? (15)
Embrasse bien les enfants pour moi et reçois toi-même mes meilleurs baisers.

Paul

Je suis curieux si Woolougham réussira à obtenir le fameux “certificat de loyalisme” (16).
Inclus 1 copie en retour (17).




Notes (François Beautier, Anne-Lise Volmer)
1) - "Taza, le 13 mai 1917" : à cette date Paul était en réalité au Col de Touahar.
2) - "réponse du même journal" : Paul avait demandé à Marthe, dans sa lettre du 19 avril 1917, de lui expédier ces documents. Elle l'avait donc fait.
3) - "passage à Lyon" : Paul stationna au dépôt-siège de la Légion de Lyon du 30 novembre 1914 au 4 janvier 1915. 
4) - "colonne de Taza" : Paul n'en fait alors pas partie puisqu'il stationne à Touahar avec un détachement de son régiment. Mais l'organisation de cette colonne partant de Taza (en coordination avec celles de Msoun à l'est et de Fès à l'ouest) sera évidemment traitée en priorité par rapport à la requête adressée par Paul à son chef. 
5) - "Colonel Batbedat" : il s'agit en fait du Lieutenant-Colonel Lucien Batbedat, qui commanda le 1er Régiment de marche du 1er Régiment étranger de 1915 à 1918. Paul a déjà demandé à ce supérieur (sans le nommer) de diligenter une contre-enquête pour corriger sa fiche de renseignements militaires (voir sa lettre du 19 avril 1917). En mai 1917, le Lieutenant-Colonel Batbedat était occupé à l'organisation des sorties conjointes des Groupes mobiles de Fès, Taza et Msoun contre les rebelles d'Abdelmalek. On trouvera une biographie succincte à l'adresse http://www.fanion-vert-rouge.fr/biographie/batbedat2.htm (site non institutionnel).
6) - "l'envoi de Nantes" : il semble que la société L. Leconte ait cessé d'envoyer chaque mois à Marthe une somme de 300 francs prélevée sur les intérêts de la part du capital de Paul dans cette société, et que le relais soit en attente d'être pris par l'administrateur du séquestre, établi à Nantes.
7) - "mes instructions" : Paul conseillait à Marthe de vendre des titres (voir sa lettre du 29 avril 1917).
8) - "académicien" : Barbusse fut membre de l'Académie Goncourt (il en avait reçu le prix pour "Le Feu" en décembre 1916) mais pas de l'Académie française. 
9) - "dans ce sens" : il semble que Paul doute alors que le petit peuple soit par nature généreux, pacifique et fraternel, et que le monde aille nécessairement vers la lumière... Cet état dépressif parfaitement crédible rend nécessaire et urgente - pour n'importe quel lecteur  - la délivrance d'une permission "de détente".
10) - "Guerre des mômes" : livre d’Alfred Machard (1887-1962) publié en 1916 chez Flammarion avec pour sous-titre “L’épopée au faubourg”. Paul avait annoncé qu'il en enverrait un exemplaire pour l'anniversaire d'Alice en novembre 1916, puis - n'ayant pas pu l'expédier - pour son cadeau de Noël (voir les lettres des 26 novembre et 7 décembre 1916). 
11) - "pas la femme mariée" : c'est-à-dire Marthe ! Paul continue à nier que le désir de Marthe de faire une carrière et de s'accomplir en tant que personne soit autre chose qu'un caprice inspiré par les circonstances... 
12) - "Busse" : Carl Busse (1872-1918), principal fondateur du "Cercle des auteurs lyriques allemands", critique littéraire et poète, il fut notamment l'inspirateur de quatre lieder de Richard Strauss. Engagé dans la défense civile allemande (le Landsturm) à partir de 1916, il publia plusieurs recueils de chants en privilégiant les textes d'inspiration chrétienne protestante, patriotique et militariste, défendant notamment le thème nationaliste "Dieu avec l'Allemagne". C'est sans doute à l'un de ces recueils que Paul se réfère.
13) - "H. Heine" : l'un des plus grands écrivains allemands, Heinrich Heine (1897-1856), d'origine juive (il disait cependant que la religion chrétienne était le principal accès à la civilisation européenne, idée à laquelle souscrira Paul quand il s'agira de l'éducation de ses enfants ) constituait un modèle d'esprit critique vis-à-vis des conformismes de tous ordres : on comprend que Busse ait souhaité (mais n'ait pas osé) l'attaquer...
14) - "Hinter der Welstadt" : Wilhelm Bölsche (1861-1939), auteur d'une étude remarquée sur H. Heine en 1888, se fit surtout connaître par la publication en 1901 de "Hinter der Weltstadt. Friedrichshagener Gedanken zur ästhetischen Kultur” (traduit en français ce livre aurait pu avoir pour titre "Au-delà de la ville. Réflexions sur l'esthétique par le cercle des écrivains naturalistes du quartier de Friedrichshagen à Berlin"). Ce texte constituait le manifeste d'un groupuscule d'adeptes du monisme (philosophie dont le concept central est l'indivision du monde naturel, aussi bien entre le matériel et le spirituel qu'entre les espèces vivantes ou les genres à l'intérieur de l'humanité), dont W. Bölsche était l'un des quatre fondateurs et le meilleur propagandiste. 
15) - "rares pour elle" : Paul n'a pas pris conscience du changement radical que la guerre a entraîné en deux ans sur le système économique, notamment par le recours massif à la main d'œuvre féminine et à la mécanisation, par la stagnation voire la baisse des productions (non militaires) et par la chute générale du pouvoir d'achat. Au contraire de ce qu'il imagine, les offres d'emplois - surtout de services privés non spécialisés - s'étaient considérablement raréfiées. 
16) - "loyalisme" : il s'agit en fait d'un "certificat de loyauté". Mais il paraît étonnant que Woolougham, jusqu'alors "étranger ressortissant neutre", devenu depuis l'entrée en guerre effective des USA le 6 avril 1917 "ressortissant allié", ait eu besoin de prouver sa loyauté envers la France. Ce faisant, Paul pointait le risque que son ami américain n'obtienne pas un certificat de loyauté, et ainsi prévenait Marthe que lui-même aurait sans doute encore beaucoup plus de mal à s'en faire délivrer un. 

17) - "copie en retour" : il s'agit de la copie annoncée au début de cette lettre.

vendredi 21 avril 2017

Lettre du 22.04.1917

Le "book" de Marthe Régnier (Wikipédia)


Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Taza, le 22 Avril 1917

Ma chère petite femme,

Voici enfin un dimanche, qui me permet de me mettre à jour avec ma correspondance : je t’ai bien adressé avant-hier une lettre destinée à Mr. Penhoat que tu lui auras transmise après en avoir pris note ainsi que des 2 lettres Penhoat-Leconte (1) qui l’accompagnent. A ce sujet tu me ferais plaisir en me disant si Me Bonamy (2) ou l’avocat de Bordeaux (3) t’a mise au courant de la notification de Leconte ? Et je te répète de vendre une ou deux obligations du Crédit Foncier (4) en attendant que l’affaire soit liquidée par moi dans le sens indiqué par mes lettres des 6 et 21 courant (5). Tu pourrais demander aussi au besoin au séq. (6) ou à son représentant de vendre un des titres encore en dépôt au C.N.E.P. (7), par exemple l’Extérieur Espagnol (8), et l’autorisation d’y toucher les intérêts des titres. N’est-ce pas la rente 4 1/2% Argentin (9) qui s’y trouve encore ? Dans tous les cas, les avocats comprendront bien qu’il faut vivre avant tout !
  Me référant à mes lignes du 20 (10), j’ai le regret de te dire que notre Colonel étant momentanément absent, j’ai pu m’entretenir seulement avec le Commandant, chef de notre Bataillon, ce matin. Celui-ci m’a reçu d’une façon très bienveillante - mais il ne savait rien du tout de la note en question. Il m’a cependant promis de se renseigner au Bureau du Régiment au sujet de la note en question et de faire (au besoin) une enquête pour qu’elle soit contrecarrée. Pour cela, disait-il, il suffirait d’un certificat de la Mairie attestant ma loyauté (Certificat de Loyauté) (11). Dès qu’il sera au courant de l’affaire, il me fixera un nouveau rendez-vous et si alors mon certificat de bonne vie et moeurs ne suffit pas (celui que tu m’as envoyé l’autre jour) je vais lui indiquer des références telles que Penhoat, Lagache, Colombier, Woolougham (12), Fourgous, Pineaux, Capuron (13) etc. et aussitôt, je reviendrai à la charge pour ma permission en mettant tout en branle pour te revoir, s’il y a seulement un brin de possibilité.
J’ai donc tes lettres des 23-28-30 Mars, 1°-3-5-8 & 10 Avril, ainsi que la gentille petite lettre de Suzanne, celle de Georges et la carte de Pâques. 
N’attend pas que je réponde à tout cela aujourd’hui, mais laisse-moi au moins constater que tu commences à passer maîtresse dans l’art d’écrire des lettres. Tu as réellement appris beaucoup depuis notre séparation et si tu continues comme cela, il nous arrivera peut-être la même histoire qu’aux deux amants dans “la Rampe” du baron Henri de Rothschild, que nous avons vue avec Marthe Régnier ... (14)
La colonne que nous venons de terminer sous les ordres du Général Cherrier était très dure (15), je ne parle pas seulement au point de vue des combats et pertes, mais aussi comme marche et fatigue ; il faut cependant reconnaître qu’au point de vue du ravitaillement nous étions mieux soignés que pendant les autres colonnes auxquelles j’ai participé. Mais il y avait des étapes extrêmement fatigantes, des journées entières où l’on marchait sac au dos, du matin au soir, sous un soleil de plomb, grimpant des mamelons et montagnes de la hauteur de celles des Vosges ou du Harz (16). Alors la fatigue, l’abattement physique deviennent tels qu’on bénirait sur le moment la balle qui nous arracherait pour quelques moments de cette vie ... Dans la nuit du 9 au 10, à Souk el Sept (17), une balle a traversé notre tente ; le lendemain matin, en regardant les 2 trous (d’entrée et de sortie) MM. les agents de liaison ne disaient rien, mais le même soir on faisait une tranchée pour s’abriter, et à partir de ce jour, il en fut toujours ainsi.
Abd el Malek nous a échappé une fois de plus : son camp a été pris, contenant encore 1/2 douzaine de tentes : des souterrains y avaient été aménagés contre les avions (18). On y a trouvé aussi la preuve qu’Abd el Malek est bien en relation étroite avec les Allemands, du moins ceux qui, autrefois au Maroc, ont gagné le Rif, et avec les déserteurs de la Légion. Les partisans et réguliers d’Abd el Malek sont munis de fusils allemands (19), mais les cartouches semblent être espagnoles. Sous un rapport, cela vaut mieux pour nous que leurs anciennes grosses balles de plomb qui faisaient des blessures effroyables, alors que les balles nickelées actuelles sont même un peu plus petites que les nôtres (20), de sorte que les blessures guérissent mieux qu’autrefois. Inutile d’ajouter que la Légion participe dans une mesure honorable aux pertes : heureusement il y a proportionnellement très peu de morts (21) chez nous.
Ce qui m’étonne et m’effraie même un peu, c’est la passion avec laquelle tu t’occupes de la politique. Tu travailles décidément trop avec les sentiments : cela a de gros inconvénients, crois-moi ! Je suis, moi aussi, l’évolution de la politique un peu partout, mais j’y reste autrement froid que toi, tout en pesant et soupesant le pour et le contre. 
Bon, voilà le facteur ! Dernier cri de guerre (22): nous partirons mercredi pour Touahar (23), y prendre garnison pour 3 mois et ne participerons donc pas aux colonnes qui se préparent pour le mois prochain déjà. Mais qu’est-ce qu’il ne va pas falloir préparer pour ce déménagement ! (24)
Je finis donc cette lettre, mais t’écrirai sûrement demain, sinon ce soir.
Mille baisers pour toi et les enfants.


Paul



Notes (François Beautier)
1) - "Penhoat - Leconte" : les deux associés de Paul.
2) - "Me Bonamy" : avocat de Paul à Nantes.
3) - "avocat de Bordeaux" : Maître Lanos.
4) - "Crédit Foncier" : Paul possède des titres d'emprunt obligataire du Crédit Foncier de France. Mais, comme l'ensemble de ses biens, ils sont placés sous séquestre : Marthe peut cependant revendre ceux qui sont établis "au porteur" par l'intermédiaire d'un ami (par exemple Mr. Wooloughan qui a plusieurs fois été mentionné par Paul).
5) - "6 et 21" : ces deux courriers manquent. 
6) - "au seq." : à l'administrateur du séquestre.
7) - "C.N.E.P." : le Comptoir national d'escompte de Paris gérait habituellement de nombreux emprunts nationaux étrangers ("extérieurs"), en plaçait les titres auprès de ses clients et leur en distribuait les intérêts. Le séquestre qui frappe les Gusdorf en tant qu'étrangers ressortissants ennemis a gelé les titres de ces emprunts achetés par Paul avant-guerre aussi bien que leurs intérêts (les "rentes"). 
8) - "l'Extérieur espagnol" : emprunt obligataire national espagnol destiné à financer le développement industriel, lancé à l'étranger en 1906 avec un taux de 4%.
9) - "le 4 1/2% argentin" : emprunt obligataire de la Banque nationale d'Argentine, lancé en 1906 au taux de 4,5% (l'emprunt russe lancé la même année promettait 6%).
10) - "du 20" : il semble qu'il s'agisse du 19.
11) - "certificat de loyauté" : la loi française du 7 avril 1915, en réponse à la loi allemande dite "Delbrück" du 22 juillet 1913 (voir le courrier de Paul du 16 juillet 1916), établit l'obligation de l'État de prononcer la dénaturalisation française de tout originaire d'un pays ennemi qui aurait pris les armes contre la France, ou se serait soustrait à ses devoirs militaires en quittant le territoire français, ou aurait "conservé" sa nationalité ennemie d'origine. Ce dernier fait étant difficile à établir ("avoir conservé sa nationalité ennemie" se démontrait par le fait d'avoir conservé au moins un trait culturel caractéristique de sa nation ennemie d'origine), les préfets (puis - à partir de la loi du 18 juin 1917 - les tribunaux civils) s'inspirèrent du droit des entreprises concernant la "fidélité" de leurs salariés pour recourir à des "certificats de fidélité" (à la nationalité française) établis par les maires après enquête auprès de leurs administrés (les commissaires de police établissaient de même des certificats de bonne vie et mœurs qui conditionnaient l'obtention de permis de séjour pour les étrangers et l'accès à certains droits pour les Français). 
12) - "Woolougham" : depuis le 30 juillet 1916 Paul écrit le nom de son ami et relation d'affaires américain avec un m et non plus un n final. 
13) - "Capuron" : toutes les personnes ici listées sont des relations d'affaires de Paul. Toutes, sauf Pineaux, ont été nommées dans la lettre du 30 juillet 1916 comme des témoins susceptibles de répondre de la "fidélité" de Paul envers l'entreprise L. Leconte. Cette fois elles témoigneraient de sa "fidélité" envers la nation française. 
14) - "Marthe Régnier" : comédienne de théâtre et de cinéma (1880-1967), maîtresse du médecin-écrivain Henri de Rotschild (1872-1947), dont elle joua dès sa parution en 1909 la pièce "La Rampe". Cette comédie en 4 actes tendait à démontrer qu'une femme est d'autant plus aimée qu'elle sait se placer, seule, sous les feux de la rampe. Paul, un peu inquiet mais aussi rassuré de la capacité de Marthe à prendre son autonomie, fait ici allusion au personnage de Madeleine Grandier joué par Marthe Régnier.
15) - "très dure" : effectivement, le 10 avril 1917 (après la prise du camp d'Abdelmalek à Souk el Had le 6 avril) la colonne commandée par le général de brigade Cherrier fut très brutalement accrochée entre Souk el Had et Souk es Sebt par un groupe de rebelles s'échappant vers le nord du Rif. Elle décrocha d'extrême justesse grâce à l'arrivée d'un renfort de la Légion venant de Taza. 
16) - "Harz" : la comparaison du massif du Rif avec celui des Vosges est très juste et parlante, tant pour les altitudes, pentes, dénivellations et étagements de végétation. Mais Marthe connaît moins les Vosges que le Harz allemand (ou Hartz, en français), que Paul doit donc citer, au risque qu'un éventuel censeur y voie un indice de sa "fidélité" à la nation allemande. 
17) - "Souk es Sept" : Souk es Sebt, sur les hauteurs du versant du Rif au nord de Taza.
18) - "les avions" : Taza dispose d'une piste servant aux avions des deux premières escadrilles d'observation et de chasse constituées au Maroc par le capitaine De la Morlais à partir de juin 1913, lesquelles resteront seules et basées uniquement à Casablanca jusqu'en juin 1917.
19) - "fusils allemands" : sans doute des Mauser, réputés plus efficaces que les Lebel français.
20) - "les nôtres" : le fusil Lebel tirait des balles de 8mm de diamètre, alors que le calibre du Mauser allemand variait selon les modèles de 6,5 à 7,92 mm. Pour rassurer Marthe, Paul exagérait les effets d'une si faible différence de taille. 
21) - "très peu de morts" : ce mensonge éculé ne convainc que ceux qui veulent y croire. On peut se demander si Paul abuse de la crédulité de Marthe ou s'il souhaite persuader son éventuel censeur qu'il est lui-même complice des pieux silences et mensonges de la Légion ou abusé par le bourrage de crâne de l'Armée.
22) - "cri de guerre" : rumeur de cour de caserne.
23) - "Touahar" : poste à l'ouest de Taza, où Paul a plusieurs fois séjourné, jusqu'alors sans grand risque.
24) - "déménagement" : le détachement devra emporter de quoi tenir tout un trimestre.