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dimanche 26 mars 2017

Carte postale du 26.03.1917

Carte postale Paul Gusdorf


Carte postale  Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Taza, le 26/3 17  Soir

Je reçois à l’instant tes lettres des 16 et 18 courant et te confirme la mienne d’aujourd’hui. 
Nous recevons à l’instant l’ordre de départ et allons quitter Taza demain à 6 h pour une quinzaine. J’espère pouvoir t’écrire en route sous peu.
Meilleurs baisers pour toi et les enfants ; le bonjour pour Hélène.


Paul

lundi 27 juin 2016

Carte postale du 28.06.2016


Carte postale  Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Bivouac de Arba de Tahla (1)
le 28/6 16

Chérie,

Je viens de recevoir tes lettres des 15, 16 & 18 courant et te confirme mes dernières 2 lettres. Je me porte toujours bien malgré une chaleur épouvantable. Nous restons ici jusqu’au 2 et descendons ensuite vers Coudiac (2); espérons que nous rentrerons à Taza pour le 14 Juillet. En ce qui concerne By (3) tu lui demanderas simplement sa note sur laquelle il devra tenir des 200 frs versés pour mon compte par L. Il me semble certain que ce montant couvrira bien les frais de sa facture. 
Meilleurs baisers pour toi et les enfants.

Paul

30/6 Impossible de faire partir cette carte avant ce jour où je suis en convoi au Poste de Mat Matta (4) (5).



Notes (François Beautier)
1) - "Arba de Tahla" : en fait Arba de Tahala, bivouac en bordure occidentale du Djebel Tazzeka, un peu au sud de la vallée de l'Innaouen, en face de l'actuel lac de barrage Idriss 1er et de la ville de Sidi Abdallah des Rhiata.
2) - "Coudiac" : en fait Koudiat el Biad, poste militaire des 3ème et 6ème bataillons du 2ème Régiment étranger de la Légion, établi en mai 1914 comme poste provisoire par le général Gouraud pour protéger le passage entre Taza et Fès le long de l’oued Innaouen, situé un peu au sud de cet oued à l'aval du débouché de l'oued Amelil (actuel Amlil). Le général Baumgarten a fortifié ce poste en juin 1914 pour tenir les Rhiatas et les Beni Ouaraïn en respect. 
3) - "By." : Maître Bonamy, cette fois répudié par Marthe (donc déchu de son titre de "Maître" par Paul)
4) - "Mat Matta" : en fait Matmata, le poste le plus proche sur la vallée de l'Innaouen.
5) - Extrait de l'Historique Sommaire de la 2° batterie du 10° groupe d'Artillerie de Campagne d'Afrique:
Opérations de la 2ème Batterie contre les Beni Ouarrain (1916)
La 2ème Batterie prend part aux opérations du Groupe Mobile contre les Beni Ouarrain. Le 16 juin dans la région d’El Menzel, le Maréchal-des-logis GUGLIEMO est tué en assurant le ravitaillement de la batterie. La 2ème Section rentre à Fez après une série d’engagements peu importants.
Pendant ce temps, la 1ère Section occupe successivement les postes de Matmata et de Bou Knadel ; elle y reste jusqu’en septembre. http://tableaudhonneur.free.fr/10eGACA.pdf)


mercredi 15 juin 2016

Carte postale du 16.06.1916

Carte postale  Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran
Wikipedia

Dans le bled le 16 Juin 1916

Chérie, 

Je te confirme ma carte du 13 ou 14. Nous sommes ici dans l’Occidental sur le terrain de la plus forte tribu du Maroc (1) et je crois que nous allons construire un poste par ici. Hier nous étions au poste de Mat Matta (2) et demain nous allons probablement faire jonction avec la colonne de Fez. Tout va bien, mais il fait une chaleur fantastique.
Mes meilleurs baisers pour toi et les enfants.

                                                   Paul



Notes (François Beautier)
1) - "tribu du Maroc" : il s'agit des Zayanes (on écrivait "Zaïan" ou "Zaïane" à l'époque), une tribu (ou ethnie, ou confédération selon certains auteurs) berbère dominante dans le secteur du Moyen Atlas. Lyautey la considère comme son ennemi le plus puissant et essaie de la déconnecter de la région de Khénifra (sa capitale à l'entrée sud du Moyen Atlas) afin de la priver de ses liens avec les tribus voisines féales ou alliées et de l'empêcher d'établir des relations avec les tribus rebelles du nord, notamment du Rif. Des combats ont d'ailleurs eu lieu sur le versant sud du Rif, au nord de Taza, au lieu dit Bou Ifkrane contre la tribu des Ait Tserrouchen alliée aux Zayanes. Paul a participé ce jour même du 16 juin à ces combats (son livret militaire en porte la mention) mais il n'en dit absolument rien à son épouse. Après la pacification du "couloir de Taza" à l'issue d'un premier semestre de combats en 1916, Lyautey s'attaqua aux Zayanes en les prenant en tenailles à partir de Meknès au nord et de Marrakech au sud.
2) - "Mat Matta" : officiellement Matmata, station ferroviaire alors en chantier et poste de contrôle de la vallée de l’Innaouen entre Taza et Fès (exactement à la moitié de la distance en ligne droite) à la pointe amont de l'actuel lac de barrage Idriss 1er. 

samedi 22 août 2015

Lettre du 23.08.1915

Revue de spahis (http://www.gros-delettrez.com/)

Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Bou Ladjeraf, le 23-8-1915

Ma chérie,

Je t’ai annoncé par carte postale ma bonne arrivée ici, mais pour pouvoir t’écrire une lettre je suis encore forcé de m’étendre dans les palminas (1), étant encore à un petit poste aujourd’hui comme hier. Car ici à Bou Ladjeraf on est complètement dans le bled : C’est un camp militaire situé sur un plateau où se trouvent la 24° de la Légion, une Compagnie de Territoriaux et un peloton de Cavalerie (Spahis). Pendant la dernière année tout était tranquille ici et on considérait ce poste un peu comme “de repos”. Cependant le 15 Août les Marocains (2) ont fait une embuscade où le Capitaine de la 23° Légion, 1 sergent et 1 légionnaire ont été tués et 9 blessés. Le lendemain, 16 Août, la moitié de notre 24° est venue ici et le 21 le reste, remplaçant la 23° qui est remontée à Taza (3). On prend maintenant des précautions extraordinaires : Défense absolue de sortir du camp, même le jour. Installation de petits postes tout autour du camp. Pour monter ces postes, nous sortons le matin à 5 hs avec de la cavalerie et nous restons jusqu’à 6 hs du soir dehors sur les mamelons dans une tranchée, montant la garde à tour de rôle. Il n’y a pas de travaux de route ou autre, de sorte que l’on est plus soldat qu’à Taza. Seulement la vie y est encore plus monotone que là, si possible. Il existe un café maure dans le camp, et c’est là qu’on peut acheter du tabac, des conserves, etc. Il existe enfin - ce qui n’était pas à Taza - une salle garnie de tables et bancs ainsi que de cartes géographiques où les soldats peuvent faire leur correspondance. Mais l’encre, le papier etc. font défaut complètement à Bou Ladjeraf. A 500 m du camp, le Génie construit une jolie petite gare ; la ligne Oujda-Taza, qui doit se prolonger jusqu’à Fez, passe là-bas. Il paraît que nous allons rester 3 mois ici ; tant que la belle saison dure, le séjour ici n’est pas désagréable (4), mais lorsque les grandes pluies recommenceront ...
Ta lettre du 8 m’est parvenue juste le jour du départ ; je te retourne ci-joint la coupure de l’Humanité sur le livre “J’accuse”. Ce doit donc être un Socialiste qui a écrit le bouquin, puisque le rédacteur de l’Humanité (5) le connaît ! La chanson sur le coulage du Lusitania (6) n’était point jointe à la lettre. Tu lis donc régulièrement l’Humanité maintenant ? Ce journal, évidemment, doit s’attendre à un relèvement de la socialdémocratie allemande s’il ne veut pas complètement abandonner ses idées de camaraderie universelle. Mais tant que je ne vois rien, je reste plutôt sceptique. Dans mon fort intérieur, je garde cependant toujours cet espoir secret, mais en craignant qu’il ne se réalise pas ...
Les différentes prévisions sur la durée de la guerre ne sont pas à prendre bien au sérieux. Un jour, c’est un Colonel américain, puis un Général canadien qui se prononce ... que veux-tu qu’ils en sachent ? Les seuls hommes qui peuvent apprécier l’état des choses, ne disent évidemment rien, de sorte que des deux côté on ne fait que garder l’espoir de la victoire. Mais ce sera tout d’un coup que la vraie situation apparaîtra, et puis ce sera tout proche de la fin.
J’ai fait ce dernier temps quelques projets d’avenir qui te feraient peut-être sourire. En vérité, on ne peut rien faire sans avoir vu l’état des choses après la guerre.
J’ai gardé le petit billet de Suzette ; ce qui m’étonne un peu, ce sont les additions des chiffres à 4 points qu’elle a fait sur le verso sans se tromper une seule fois.
Mes meilleurs baisers pour toi et les gosses.


                                                   Paul


Notes (François Beautier)
1) - "les palminas" : comme à son habitude, Paul écrit phonétiquement les mots qu'ils ne comprend pas. Il s'agit ici des "palmiers nains"
2) - "les Marocains" : Paul ne les désigne pas comme "rebelles" et leur octroie une majuscule. Voudrait-il souligner leur bon droit, celui des peuples à disposer d'eux-mêmes, qu'il ne s'y prendrait pas autrement !
3) - "à Taza" : la stratégie générale des opérations des tribus nationalistes (il s'agit de Berbères : au sud et au centre du Maroc oriental les Zayane, les Rhiatas et les Beni-Ouaraïn ; au nord les Krakra, les Tsoul, les Branes, les Metabza,  éventuellement les Tazis mal pacifiés, etc.) fut définie en 1912 par l'émir Abdelmalek (ancien colonel de l'armée turque, ancien chef de la police de Tanger, chef nationaliste soutenu par l'Allemagne, la Turquie et l'Espagne, organisateur de la "rebellion" jusqu'en 1924, bientôt surnommé "la Bête noire des Français") consistait à attaquer les avant-postes français, pour converger ensuite vers Taza et prendre cette clé stratégique reliant les deux Maroc (l'Oriental et l'Occidental). 
4) - "le séjour ici n'est pas désagréable" : Paul se veut rassurant, mais Marthe pourrait apprendre par la presse que le secteur est dangereux.
5) - "le rédacteur de l'Humanité" : le rédacteur en chef de l'Humanité pendant la Seconde guerre mondiale fut Pierre Renaudel, député socialiste réformateur du Var, ami de Jean Jaurès et témoin de son assassinat.
6) - "coulage du Lusitania" : le paquebot britannique  "Lusitania", fut torpillé le 7 mai 1915 par un sous-marin allemand alors qu'il transportait dans ses soutes des explosifs américains livrés au Royaume-Uni, ce qui provoqua son naufrage immédiat et la disparition de 1198 passagers dont 128 ressortissants américains. Faisant silence sur la cargaison d'explosifs, la presse alliée et américaine, donna immédiatement beaucoup d'importance à la tragédie humaine mais l'oublia du fait de l'officiel isolationnisme américain et ne la "ressortit" que deux ans plus tard pour justifier l'entrée en guerre des USA le 6 avril 1917.