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dimanche 20 septembre 2015

Lettre du 21.09.1915

U 20 en mer
Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Djebla le 21 Septembre 1915

Chérie,

Je te confirme ma carte postale d’hier et profite de la corvée d’eau (la corvée la plus recherchée) pour t’écrire. On descend avec les mulets chargés de tonnelets et la voiture à eau à la rivière qui coule au fond du ravin et dans les environs de laquelle se trouvent aussi quelques bonnes sources et on y reste toute la matinée, remplissant les tonneaux et la voiture qui, faisant plusieurs voyages au camp, nous laissent le temps de nous laver, de laver nos effets et de faire autre chose s’il le faut.
Comme je te le disais hier nous sommes toujours sous les guitounes, mais ayant reçu des couvertures et des couvre-pieds, nous sommes tout de même mieux couchés qu’au début. Mais comme on construit un blockhaus, l’infirmerie, les cuisines, les popotes, des magasins, un bureau de poste/télégraphe et enfin des baraquements pour les hommes, nous ne disposons pour ainsi dire pas d’une minute dans la journée. Plus de sieste à midi, où il fait pourtant encore bien chaud, après la soupe on a à peine 1/2 heure pour se débarbouiller et ranger un peu ses affaires. Le soir après la soupe et le rapport il est 6 hs 30 et la nuit tombe ; au surplus l’appel est déjà à 7 hs et l’extinction des feux à 7 1/2 hs. Pas de dimanche, tant que les travaux ne sont pas terminés. Tu vois donc qu’on ne dispose guère de temps et tu comprends pourquoi mes nouvelles sont si rares. D’autre part il est juste de reconnaître que la nourriture est potable ou à peu près maintenant. Nous touchons encore tous les jours 2 quarts de vin ce qui est agréable. La colonne est partie depuis vendredi dernier, mais les bicots restent tranquilles (1); le poste est du reste bien situé et pour ainsi dire imprenable.
L’histoire du sous-marin dans le Golfe de Gascogne ne m’a pas beaucoup étonné ; je m’y attendais depuis assez longtemps et je suis aussi d’avis que les sous-marins allemands se ravitaillent en Espagne. De là jusqu’à malmener les marchands espagnols il y a cependant loin et il faut avoir du sang méridional dans les veines pour arriver aux coups de poing. D’après ce que j’ai entendu le sous-marin en question aurait été coulé par un torpilleur ? (2)
Le renvoi du Grand-Duc Nicolas au Caucase (3) s’explique par les revers des armées russes pendant ce dernier temps. Comme tu le sais, les Russes ont remporté depuis un gros succès du côté de la Galicie (4). Mais la guerre tire horriblement en longueur et on se demande si réellement nous serons plus avancés à la fin de l’année. Que le peuple russe profite de l’occasion pour conquérir un peu de liberté, ce n’est que trop naturel ... une meilleure occasion ne se représentera probablement pas et si en Allemagne les socialistes n’avaient pas perdu tout le bon sens, ils agiraient aussi autrement, car une telle masse doit forcément avoir une grosse influence sur les évènements actuels (5).
Comme je te le disais déjà, ton colis contenant le chocolat et le papier n’est pas arrivé. Prière de m’envoyer une feuille de papier dans chacune de tes lettres, car le papier est difficile à trouver ici. Le prix des différents articles apportés par les bicots à été réglé par notre capitaine (6). Les poulets coûtent 1,50 à 2,50 Frs la pièce. Les oeufs 1 1/2 à 2 sous pièce, les figues 7 sous le kilogr., enfin des prix bien abordables. Qu’est-ce que tu payes actuellement pour le pain ? Et pour la viande ?
J’espère que votre rhume à vous tous est passé maintenant et que malgré les apparences, notre séparation ne durera plus longtemps.
Meilleurs baisers.


                                                Paul


Notes (François Beautier)
1) - "les bicots restent tranquilles" : la rébellion s'enraye effectivement face à une armée française maintenant très nombreuse, puissante et enracinée. 
2) - "coulé par un torpilleur" : Paul fait vraisemblablement allusion à la campagne du sous-marin allemand U20 qui, après être parti d'Ems (Allemagne du Nord) le 29 août 1915 et avoir coulé six navires (4 anglais, 1 russe, 1 danois), entra dans le Golfe de Gascogne le 6 septembre et y coula en deux jours quatre autres navires (2 français, 2 anglais) puis approcha en surface d'autres cargos qu'il tenta d'éliminer en les éperonnant, faute de munitions (il n'avait plus de torpilles - il n'en possédait que 6 au départ - ni d'obus pour son canon). Cette équipée défraya la chronique courant septembre 1915 et suscita des rumeurs d'une part d'approvisionnement de l'Allemagne en métaux non ferreux par l'Espagne, via des sous-marins lourds, et d'autre part d'expéditions punitives de marins français contre des navires marchands espagnols approvisionnant ou secourant des sous-marins allemands. Le U20, contrairement à ce qu'en dit la presse française à l'époque, ne fut pas coulé par un torpilleur français : il rentra sans encombre à Emden le 15 septembre 1915. Cette épopée atteste que la guerre sous-marine menée par l'Allemagne contre le blocus maritime se poursuivait, alors que les déclarations officielles du chancelier allemand Bethmann Hollweg prétendaient le contraire depuis que les USA avaient menacé l'Allemagne d'entrer en guerre en réaction au torpillage du paquebot britannique Lusitania transportant des ressortissants américains le 7 mai 1915.
3) - "au Caucase" : l'Empereur Nicolas II, mécontent de la retraite de l'armée impériale  face à l'Allemagne, a repris le 21 août 1915 le contrôle suprême de l'armée russe jusqu'alors délégué au Grand duc Nicolas, qui est "limogé" au Caucase dont il est couronné vice-roi le 5 septembre 1915. Dans cette région, les Turcs, soutenus par les Allemands, tiennent un second front contre les Russes et contre les Arméniens leurs supposés alliés (victimes d'un génocide méthodiquement commencé le 24 avril 1915).
4) - "Galicie" : allusion aux victoires russes de Tarnopol et Rovno remportées le 14 septembre 1915 en Galicie du Nord contre les troupes allemandes, alors que l'armée autrichienne se replie en Galicie du Sud.
5) - "événements actuels" : les déboires russes ayant conduit à un affaiblissement du pouvoir impérial en Russie, Paul espère que le peuple russe en tirera parti (des mouvements révolutionnaires de soldats couvent effectivement) et que l'Allemagne connaîtra la même évolution sous la poussée de sa propre armée, du moins si la social-démocratie adepte de l'Union nationale se désolidarisait de l'État impérial.
6) - "réglé par notre capitaine" : fixé par le commandant du camp, ce qui sous-entend - à l'intention de Marthe - que la bataille entre les Français et les Marocains n'est même plus commerciale puisque c'est désormais la France qui fixe les prix.

jeudi 2 juillet 2015

Lettre du 03.07.1915

Vue de Taza aujourd'hui

Madame Paul Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Taza, le 3 Juillet 1915


Je vois par ta lettre du 22 Juin que tes craintes au sujet de la rigueur excessive de la censure n’étaient pas justifiées puisque ton amie t’a répondu. Il est certain cependant que le meilleur moyen de correspondre avec Stockholm est de se servir de cartes postales qui sûrement subiront moins de retard que des lettres puisqu’elles peuvent être lues facilement par tout le monde. Et comme tu n’as pas de secrets à écrire, tu feras peut-être mieux d’employer à l’avenir des cartes postales. En ce qui concerne le frère de ES (1), qui sait si malgré sa myopie il n’a pas été pris maintenant ? Mais même sans cela il pourrait se trouver dans une situation peu enviable, car il ne doit pas y avoir beaucoup de monde désireux d’apprendre des langues étrangères en ce moment.
La retraite des Russes (2) n’est certainement pas de nature à précipiter la fin de la guerre, mais leur recul n’a tout de même pas une importance vitale sur les opérations comme par exemple un recul français. Car la Russie est tellement grande, les distances si énormes et le réseau des chemins de fer si peu dense que l’invasion du pays devient facilement dangereuse parce que l’envahisseur aura des difficultés pour se ravitailler. Mais encore une fois, tout cela ne laisse pas encore entrevoir la fin de la guerre ! Hélène (3) a vraiment de la chance qu’aucun de ses neveux n’est encore touché, car la blessure du jeune homme de Bayonne était plutôt légère. 
D’après ce qu’on apprend, les régiments étrangers (4) ont beaucoup souffert ; leur préparation à la guerre n’était peut-être pas suffisante, ou bien les éléments qui les composaient pas assez homogènes. Je te retourne ci-joint la coupure concernant la mort de François Faber (5). Sa femme était enceinte du temps que celui-ci se trouvait avec moi à Bayonne et tu te figures facilement qu’elle doit avoir été durement touchée par la mort de son mari. Celui-ci avait fait cependant pas mal d’économies et possédait une propre maison avec jardin dans les environs de Paris à Colombes. On dit ici aussi qu’un ancien Capitaine de la 24° Compagnie que j’ai connu à Bayonne, est mort au Champ de Bataille. Je n’ai plus eu de nouvelles de Mr. Plantain, mais j’espère qu’il se porte toujours bien.
Ceci est une pièce marocaine (1 Douro = 4 Frs) (5) recto et verso. Tu remarqueras qu’elle date de 1329, mais il faut tenir compte que les Arabes comptent à partir de la naissance de Mahomed, soit environ 580 ans après celle du Christ. La langue arabe est excessivement dure comme prononciation et ressemble, aussi dans l’écriture, un peu au hébreu (6). Ce mois-ci, il y a une grande fête arabe, le Ramadan. Les bicots ne mangent rien pendant toute la journée, mais commencent à faire la noce après le coucher du soleil, chantant et dansant qu’on peut à peine dormir. Ce qui est bizarre dans cette ville mystérieuse de Taza, c’est qu’on n’y voit aucune maison neuve ou seulement en bon état, ainsi du reste qu’on ne rencontre pas une jolie femme dans les rues. L’explication en est que les Tazis forment une tribu à part ; aussitôt que les tribus montagnardes des environs voyaient qu’il y avait quelque chose à prendre, elles venaient piller la ville, détruisant les maisons et enlevant les femmes (les jeunes, bien entendu). Cela a duré jusqu’à la prise de la ville par les Français et cela explique aussi que les habitants n’ont pas tiré un coup de fusil sur nos troupes, toutes les attaques ayant été effectuées par les Rhiatas (7), les Brannès etc. etc. Les habitants gagnent beaucoup d’argent avec la troupe, car comme celle-ci est bien payée elle dépense aussi beaucoup.
Que les enfants font, à eux 3 maintenant, un vacarme infernal, je m’en doute bien un peu. Et pourtant, je donnerais bien des choses pour l’entendre de nouveau !
Embrasse-les bien pour moi et reçois toi-même mes meilleurs baisers.


                                               Paul

Notes (François Beautier, Anne-Lise Volmer)
1) - "le frère de ES" : de Emma Schulz, amie allemande de Marthe vivant en Suède. Malgré sa myopie, ce frère avait peut-être été enrôlé dans l'armée allemande; par ailleurs, il était professeur de français, métier peu porteur en 1915...
2) - "La retraite des Russes" : allusion à leur recul sur 150 kilomètres face aux Allemands, en Galicie, à la fin mai-début juin 1915.
3) - "Hélène" : employée de maison des Gusdorf.
4) - "régiments étrangers" : il s'agit essentiellement des régiments français de la Légion et des Zouaves, ainsi que des régiments coloniaux de l'Empire britannique, qui furent terriblement décimés lors des combats en Artois et de l'expédition des Dardanelles.
5) - "François Faber" : champion cycliste luxembourgeois que Paul rencontra à Bayonne alors qu'ils venaient l'un et l'autre de s'engager dans la Légion.
6) - "1 Douro" : il s'agit vraisemblablement de la reproduction des deux faces de la pièce en argent d'un dirham (que Paul écrit phonétiquement "douro"). La date, frappée en chiffres dits arabes de 1329 du calendrier musulman, correspond à 1911 après Jésus-Christ. Au moment où Paul en parle, il s'agit de la plus ancienne pièce de monnaie marocaine encore en circulation puisque, depuis 1913, les monnaies frappées antérieurement à 1329/1911 ont été retirées de la circulation dans la zone contrôlée par la France.
7) - "à l'hébreu" : cette comparaison entre l'arabe et l'hébreu suppose que, pour Marthe, l'hébreu est une langue moins étrangère que l'arabe, et que pour Paul, qui juge sa prononciation aussi difficile que celle de l'arabe, il ne s'agit pas d'une langue sacrée. On voit par là aussi combien l'athée qu'est Paul a conservé de références culturelles à la religion de ses parents: Taza évoque pour lui Jérusalem, la campagne marocaine la Terre Promise, et l'arabe l'hébreu.
8) - "Rhiatas" : ou Ghiatas, tribu berbère principalement fixée au nord de Taza. L'historien Ibn Khaldoun la mentionne parmi les tribus berbères judaïsées avant la conquête arabe et l'islamisation. Depuis 1912, elle refusait le protectorat et menait avec ses alliés des raids contre les soldats français de Taza et leurs collaborateurs arabes. 
Voir à leur sujet https://abdelkadermana.wordpress.com/2010/05/09/la-danse-du-baroud/ 

mercredi 17 juin 2015

Lettre du 18.06.1915

http://europagenesis1914.blogspot.fr/2009/10/propagande-ligue-antiallemande.html


Madame M. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Taza, le 18 Juin 1915

Chérie, 

Je viens de recevoir ta lettre du 8/9 cour. avec l’aiguille, ta carte sans date et les journaux jusqu’au 7, y compris celui du 3 qui me manquait, merci du tout ! En ce qui concerne ma propre correspondance, je peux tranquillement écrire 5 lettres ou cartes par jour, tu te plaindras toujours. Dans l’avant-dernière lettre, tu accusais réception de mes lettres et cartes des 23, 25 et 27 arrivées ensembles et aujourd’hui tu dis que je ne peux pas me décider d’écrire plus souvent que tous les huit jours environ ! Tu ne sembles pas vouloir comprendre que s’il n’y a que 2 ou 3 départs par semaine d’Oran pour Marseille, les correspondances ne peuvent pas arriver plus souvent et que si ma lettre arrive à Oran le jour du départ du bateau elle gagnera beaucoup de temps parce qu’elle n’attendra pas comme une autre, arrivée le lendemain, trois jours jusqu’au prochain départ ...
Ces histoires de commissaire sont assez stupides ; as-tu prouvé par mes lettres (qui doivent souvent porter le cachet du Régiment) ou par le certificat de présence au corps que je suis “vraiment” ici ? Les lettres an. (1) émanent sans doute de quelques concurrents qui ne peuvent pas me tuer suffisamment et je m’étonne même que le Commissaire y fasse encore attention. Toutefois, vu ces tracasseries, tu feras peut-être bien d’avoir toujours 150/200 Frs de réserve sur toi pour le cas où tu serais envoyée dans un camp (2). Je dis cela par simple mesure de prudence, car, à en juger par les journaux, on semble toujours être très énervé en France (3). Prière aussi de m’adresser 40/50 Frs ici comme déjà dit.
Quant à la guerre, je crois qu’elle sera complètement terminée au moment où les troupes allemandes se retireront de France et de Belgique parce qu’elle s’y accrocheront aussi longtemps et s’y laisseront au besoin massacrer tant qu’il y aura une armée allemande, c.à.d. jusqu’au dernier homme. Les combats dans le secteur d’Arras (4) ont été, depuis près d’un mois, terriblement meurtriers et leurs victoires en Galicie (5) leur ont coûté peut-être encore plus cher. La débandade viendra donc un jour subitement et une fois délogés de leurs positions en France, les Allemands demanderont la paix. Qu’ils n’ont pas de troupes à opposer aux Italiens paraît assez clair et leurs succès en Galicie n’en ont pas libéré non plus, contrairement à ce qu’ils pouvaient espérer. Les articles de M. Graves dans le Journal m’ont intéressé et si, en certains points, ces souvenirs prenaient la forme d’un roman, ils étaient néanmoins intéressants sous d’autres rapports. Par exemple, sa mission au Maroc auprès du Capitaine du S/S Panthère (6) m’a paru sincère et explique même bien des choses qui étaient difficiles à comprendre au moment de l’affaire d’Agadir. Qu’il a exagéré la puissance des fameux Zeppelins (7) et méconnu l’état d’esprit de certains neutres, est peut-être une suite de ses fréquentations des milieux militaires et aristocratiques prussiens, mais que la préparation de l’Allemagne pour la guerre était minutieuse, paraît malheureusement trop au moment actuel.
On ne m’a jamais réclamé une surtaxe pour tes lettres ! Le petit colis de Suzanne est parti il y a quelques jours et arrivera, j’espère, à temps pour son anniversaire.
La recette pour les crêpes est pourtant très simple : des pommes de terre râpées, du sel, des oignons et de la graisse ! Elles étaient bien réussies et obtinrent sous le nom de “pain K” (8) un joli succès international. J’avoue cependant que je n’ai pas beaucoup contribué à leur confection, sauf à râper les pommes.
Si nous avons des puces ici ? Dieu seul saurait les compter, ainsi que les mouches, moustiques, fourmis, sauterelles, souris etc. Je crois que bientôt il faudra coucher dehors, mais heureusement les nuits sont encore pour le moment très fraîches, voire même froides. 
L’augmentation des impôts est tout simplement effrayante. Faut-il les payer comme d’habitude dans notre cas particulier ou le receveur ne pourrait-il pas s’adresser directement au séquestre ?
Nous avons fait hier un rude trot. Environ une trentaine de km dans une chaleur accablante pour ravitailler la colonne qui opère dans la région de la frontière espagnole du Riff (9). 800 chameaux font le ravitaillement de notre colonne tous les deux jours en passant par Meknassa-Foukania (10). Ces “hirondelles du Maroc” sont vraiment des bêtes curieuses et si l’on observe un chameau avec son petit (c’est la saison des petits en ce moment) on se dit que cela n’est pas si bête du tout !
Il me semble que la signature de Suzanne (le mot Gusdorf) est quelque peu refaite par sa maman ?
Le bonjour à Hélène et mes meilleurs baisers pour toi et les enfants.

                                            Paul


Les journaux du 9/10 arrivent à l’instant.

Notes (François Beautier)
1) - "lettres an." : lettres anonymes de dénonciation.
2) - "camp" : camp de concentration.
3) - "énervé en France" : allusion aux nombreuses rumeurs et dénonciations concernant des espions allemands opérant en France.
4) - "secteur d'Arras" : allusion à la Seconde bataille de l'Artois, engagée le 9 mai par les troupes franco-britanniques, qui se terminera le 25 juin 1915 sans résultat décisif autre que la perte totale, tous camps confondus, de près de 280 000 soldats tués, disparus ou blessés.
5) - "Galicie" : allusion à la contre-offensive austro-allemande lancée le 2 mai sur le secteur  Gorlice-Tarnow (au sud de Varsovie, en Galicie) qui oblige les Russes à battre en retraite sur 150 km. à la fin mai. L'Allemagne et l'Autriche perdirent dans cette bataille 90 000 soldats tués, disparus ou blessés, contre 240 000 pour les Russes qui abandonnèrent en outre 140 000 prisonniers.
6) - "S.S. Panthère" : référence à la canonnière allemande S.M.S Panther (que Paul nomme "à la française") qui déclencha le "Coup d'Agadir" en 1911.
7) - "Zeppelin" : ballons dirigeables rigides construits en Allemagne par la firme fondée par le comte Ferdinand von Zeppelin en 1898. 
8) - "pain K" : "pain kartofel" (pain pomme de terre, nommé en franco-allemand selon l'usage à la Légion), allusion au pain de guerre allemand "K.K."
9) - "du Riff" : les premiers contreforts du  Rif et sa frontière alors espagnole se situent à une quinzaine de km. au nord de Taza.
10)- "Meknassa-Foukania" : dépôt militaire situé à l'ouest de Taza, sur la route de Fès.
Ce site a depuis lors été noyé sous les eaux du lac de barrage "Idriss 1er" installé à l'est immédiat de Fès.