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mercredi 19 juillet 2017

Carte postale du 20.07.1917

The Gathering, M'sila


Carte postale  Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Bivouac du Djebel M’Lila (1)
                                           le 20-7-17


Ma Chérie,

Je te confirme ma carte du 18 (2). Nous sommes pour quelques jours ici, faire les premiers travaux pour l’installation d’un poste (3); nous serons probablement de retour à Taza dans une huitaine. Malgré la chaleur intense je me porte toujours bien. Comment vas-tu ? Je suis toujours sans tes nouvelles.
Bons baisers pour toi et les enfants.


Paul

Notes (François Beautier)
1) - « Djebel M’Lila » : en fait « Djebel M’sila » (actuel M'sila), village et sommet du versant ouest de l’oued Lahdar, à 25 km environ au nord de Taza et à une douzaine de km au sud du poste de El Gouzat.
2) - « carte du 18 » : ce courrier manque.
3) - « un poste » : en position élevée à 700 m d’altitude, ce poste était destiné à empêcher les rebelles marocains installés sur le versant sud du Rif au nord de Taza de rejoindre ceux de l’Atlas (au sud de la ligne Fès-Oujda par Taza) alors qu’ils s’acharnaient à y parvenir au prix de combats de plus en plus violents depuis juin 1917.

vendredi 24 mars 2017

Carte postale du 25.03.1917



Carte postale  Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22 Caudéran

Taza, le 25 Mars 1917

Ma Chérie,

Rentrant à Taza, j’ai bien trouvé ta lettre du 13 courant à laquelle je répondrai demain. Comme déjà dit 6 à 8 fois, les mandats de Janvier et Février me sont bien parvenus. 
Meilleurs baisers pour toi et les enfants.


Paul

jeudi 2 juin 2016

Carte postale du 03.06.1916



Carte postale  Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Dans le bled, le 3 Juin 1916

Chérie,

Voici tes lettres des 19 & 21 Mai qui viennent de me parvenir ; merci ! Nous devons rentrer le 5 à Taza, sauf contr’ordre. Quelle chaleur, bon Dieu ! Aujourd’hui j’ai goûté pour la première fois du lait marocain, frais et caillé, que les caïds (1) de ce patelin ont porté pour la bienvenue. Cette nuit ils vont nous envoyer des pruneaux (2) comme d’habitude. Les bonbons dans le petit colis étaient délicieux, j’en ai jusqu’à Taza.
Mes meilleurs baisers pour toi et les enfants. Le bonjour pour Hélène.

                                                   Paul


Notes (François Beautier)
1) - "les caïds" : mot arabe signifiant "commandant" et désignant les notables locaux.
2) - "des pruneaux" : des balles de fusil.

dimanche 29 mai 2016

Carte postale du 30.05.1916



Carte postale Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Vallée du Lebben (1), le 30 Mai 1916

Chérie,

Je viens de recevoir ta lettre du 19 avec 2 journaux et te confirme ma carte du 28. Mr. Penhoat m’a également écrit, et je reviens sur cette question aussitôt rentré à Taza, date qui est encore incertaine. Tu n’écris pas si ton mandat de Nantes est arrivé entretemps, ce que j’espère bien. La communication de Me Lanos concernait sans doute la demande de Mme Robin ? 
Nous continuons à avoir du beau temps.
Mes meilleurs baisers pour toi et les enfants, un bonjour pour Hélène.


                                              Paul


Note (François Beautier)
1)- "Vallée du Lebben" : en fait "Oued Leben", affluent de l'oued Innaouen à l'ouest de Taza. Cette vallée descend du Rif, situé au nord, où se sont repliées les tribus encore mal pacifiées, comme celle des Beni Bou Yala qui - selon Paul dans sa lettre du 23 mai - ne payait pas le tribut colonial. Cette région a été plus tard largement désertée par la guerre du Rif et désertifiée par la dérivation des oueds au profit du réservoir Idriss 1er inauguré en 1973.


jeudi 24 mars 2016

Carte postale du 25.03.1916

Vue de Caudéran au début du 20ème siècle

Carte postale  Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Taza, le 25 Mars 1916

Chérie,

Je suis sans tes nouvelles depuis le 15. Partant demain pour quelques jours en reconnaissance, je te prie de ne pas t’inquiéter si mes nouvelles sont rares ces jours-ci.
Mes meilleurs baisers pour toi et les enfants ; le bonjour pour Hélène.


Paul

vendredi 11 décembre 2015

Lettre du 12.12.1915

Henri Bordeaux en costume d'académicien


Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Taza, le 12 Décembre 1915

Chérie,

J’ai tes lettres des 1° et 3 courant et suppose que tu reçois maintenant mon courrier régulièrement. En ce qui concerne les Foncières (1), il n’y a pas lieu d’exiger les mêmes N° ; cela n’a aucune importance, mais il faut naturellement suivre les listes de tirage. Je comprends évidemment que tu as également le titre définitif de l’obligation que j’avais achetée à Mr. Devillier (2)? W. (3) fait-il des démarches auprès de la Banque pour avoir des titres définitifs des Chemins de Fer Russes ? Et s’est-il renseigné si les Mexicains et les Amazones (4) qui tous deux étaient en retard paient maintenant ? Prière de me renseigner à ce sujet ! J’envoie du reste par le même courrier une carte postale illustrée à Mr. et Mme W. pour les féliciter de leurs succès à Bassens (5), succès qui m’ont toujours paru problématiques. Le prix du Glasgow de 95 Frs (6) que tu indiques est tout simplement fantastique ; ne te trompes-tu pas ?
Les 2 bouquins me sont parvenus en bon état et la lecture de l’Odyssée après 20 ans (c’est du reste exactement ce que la sage Pénélope a attendu le retour du magnanime Ulysse) (7) m’est très intéressante. J’ai remarqué moi-même le choix considérable de cette édition qui, vu la bonne exécution, est bon marché ! Tu aurais cependant bien fait de prendre “Emile” (8) et les “Fables” (9) en volumes reliés à 1 Fr 50, car les oeuvres brochées se conservent mal (10). Les livres offerts pour les soldats par l’Humanité (11) m’auraient tenté si je n’étais pas ici à tous les Diables ! En fait de bouquin j’ai lu l’autre jour “Les Roquevillard” par Henri Bordeaux (12), une oeuvre profonde sur la famille qui m’a beaucoup donné à penser. L’édition Nelson à 1,25 Frs bien reliée a du reste aussi un choix considérable de bons livres, c’est celle dont tu possèdes “Jérusalem” et “Quo Vadis”. J’ai également lu avec beaucoup d’intérêt un autre livre de la même édition “Le Siège de Paris” (1870) par François Sincay (13). Ce n’est point l’historique de cette guerre de 70 ou du siège, mais son impression sur les Français en général et les Parisiens en particulier. On y trouve une foule de ces traits qui font la particularité du caractère français, la gaîté gauloise qui ne se perd même pas dans les circonstances tragiques, l’impeccable optimisme et cet espoir sur un miracle, un coup inattendu qui changerait la face des choses d’une façon foudroyante ...
Les vers de Hermann Hesse (l’auteur de Peter Camenzind) (14) sont très beaux : je crois que Hesse est Suisse ? Je partage ton opinion au sujet du sentiment de tous les peuples sur la guerre. Ceux surtout qui l’ont vue de près en garderont le cruel souvenir jusqu’à la mort et cela doit être le cas des deux côtés. Sans même parler des privations et souffrances de toutes sortes imposées forcément par la guerre, on se tâte souvent la tête en réfléchissant sur la stupidité du sort. J’ai pu faire ces réflexions ces jours-ci à l’enterrement de notre lieutenant de section, un Danois (15), et d’un camarade italien (16), engagé pour la durée de la guerre, tués tous les deux la semaine dernière. Cette question du hasard qui, de 1000 m de distance ou même davantage, fait pénétrer une balle sur un homme quelconque, le tuant ou le blessant seulement légèrement, est tellement stupéfiante qu’à la longue un soldat doit forcément devenir fataliste et se convaincre que ce qui doit lui arriver lui arrivera sûrement quoi qu’il fasse.
L’atitude du Peuple allemand reste certainement énigmatique pour tout étranger ou même pour les Allemands vivant à l’étranger. Je me l’explique seulement par l’origine de l’Empire qui est fêté orgueilleusement comme étant rivé par le sang, le fer et le feu. Le culte de la force a été général en Allemagne déjà de mon temps, et même des gens comme Fritz (17) y sont forts, tout en se bornant prudemment à jouer un rôle passif.
Est-ce qu’Hélène va mieux ? Et les gosses supportent-ils bien l’hiver ? Depuis la nuit dernière nous avons ici des pluies torrentielles.
Mille baisers pour toi et les enfants.

                                                 Paul



Notes (François Beautier, Anne-Lise Volmer)
1) - "les Foncières" : les obligations du Crédit Foncier.
2) - "Mr. Devillier" : en fait Devilliers, relation des Gusdorf à Bordeaux.
3) - "W." : Mr Wooloughan.
4) - "les Amazones" : Titres de l'un des emprunts à 5% levés entre 1890 et 1906 pour le développement de l'Amazone (Amazonie actuelle) par la Fédération du Brésil, qui lança pour elle-même en 1910 et en 1915 deux emprunts à 5% remboursables en or. Il est alors connu que depuis son emprunt de 1824 à la couronne britannique, le Brésil paie ses dettes par de nouveaux emprunts cautionnés par des hypothèques sur ses ressources naturelles.
5) - "succès à Bassens" : Mr Wooloughan a investi dans un nouveau quai à charbon de 200 m. de long sur le port de Bassens.
6) - "95 Frs la tonne" : ce cours du charbon de Glasgow est le triple des plus hauts de la période 1904-1914. 
7) - "l'Odyssée" : Paul avait demandé à Marthe une édition de ce livre. Il s'en souvient assez pour évoquer les 20 années pendant lesquelles Pénélope attendit son Ulysse parti faire la guerre de Troie puis en revenant par des chemins de traverse.
8) - "Émile" : sans doute "l'Émile, ou De l'éducation" publié par Jean-Jacques Rousseau en 1764.
9) - "Les fables" : sans doute les "Fables" de Jean de La Fontaine, publiées en deux livres en 1668 et 1678.
10) - Marthe envoie sans doute à Paul les ouvrages qu'il lui demande dans des collections comme "Modern Bibliothèque", chez Arthème Fayard, ou la "Nouvelle Collection Illustrée", chez Calmann-Lévy, éditions bon marché, dans des reliures de bonne qualité.
11) - "l'Humanité" : le journal fondé en 1904 par Jean Jaurès a lancé en 1915 une campagne de dons de livres (politiquement édifiants) aux Poilus. 
12) - "Les Roquevillard" : roman publié en 1906 par Henri Bordeaux (1870-1963), écrivain défenseur des valeurs traditionnelles (la famille, le terroir, le civisme). 
13) - "Francois Sincay" : il sagit de Francisque Sarcey (1827-1899), auteur du "Siège de Paris" (il avait été garde national à Paris en 1870-71 mais considérait les Communards comme des ennemis potentiels de la République). Ce témoignage publié en 1871 figure effectivement au catalogue des éditions Nelson ("les livres jaunes"). 
14) - "Peter Camenzind" : titre du premier roman édité à Bâle en 1904 de l'auteur allemand Herman Hesse (1877-1962). Paul demande sa nationalité : en effet Hesse réside en Suisse, est déclaré inapte au service armé allemand en 1914 mais affecté à l'ambassade d'Allemagne en Suisse au secours des prisonniers allemands. Ses écrits antinationalistes lui valent insultes et menaces de la part de ses concitoyens. Il se sent alors apatride et se rapproche de Romain Rolland en 1915. Les Allemands ne parlent plus de lui et, quand ils le connaissent, le disent citoyen helvétique. Il le devînt effectivement en 1924.
15) - "un Danois" :  Einar Prum Ekdal, effectivement lieutenant. 
16) - "camarade italien" : les indications données par Paul ne permettent pas aujourd'hui de retrouver ce légionnaire italien de seconde classe. Cependant Paul dénombre ainsi deux morts là où il n'en comptait précédemment qu'un seul. Il semble que les engagements de la première décade de décembre 1915 dans le secteur de Taza aient fait beaucoup plus de victimes qu'il ne le dit (ou qu'il ne le sait dans sa compagnie).

17) - "Fritz" : on ne sait qui est désigné par ce surnom, peut-être codé. Il pourrait cependant s'agir du frère de Marthe, Friedrich étant un prénom familial.

samedi 24 octobre 2015

Carte postale du 25.10.1915

Document Delcampe

Carte postale  Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Djebla le 25-10-15

Ma chérie,

Je reçois à l’instant tes lignes des 15 et 17 courant ainsi que ton mandat ; merci de tout cela. J’espère avoir demain le temps de t’écrire une lettre et entretemps t’embrasse toi et les enfants.


                                                 Paul

mercredi 21 octobre 2015

Lettre du 22.10.1915

http://etsinexonmetaitconte.fr/category/histoire/xx/premiere-guerre-mondiale/

Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Djebla, le 22 Octobre 1915

Ma chère petite femme,

Voilà enfin que les relations avec l’Algérie semblent rétablies, car je reçois presque en même temps tes lettres des 9, 10 et 12 courant et le journal jusqu’au 14 ; celui du 13 ne m’est pas encore parvenu, mais je l’attends encore, car je lis le feuilleton “L’éclat d’Obus” (1). Le poème “Nos Ennemis” (2) rappelle un peu la poésie de “König Wilhelm sass ganz heiler” (3) avec ses rimes de Serbien et verderbien ... (4) Que l’ami Wooloughan (5) a fait une bonne affaire à Bassens me fait beaucoup de plaisir. Mais je présume que tu te trompes d’un zéro en parlant de 2000 m de quai ; C’est 200 m probablement qu’il a voulu dire car pour construire 2000, surtout dans ce temps-ci, il faudrait au moins 5 ans ! Les prix de charbon que tu me cites sont du reste fabuleux, plus que le double d’autrefois ! (6)
Ton idée au sujet de Taza la mystérieuse pourrait être juste si elle n’était pas erronée (7). Il arrive assez fréquemment que plusieurs villes ou villages portent le même nom : ainsi il existe deux villages du nom de Macknassa (8) à environ 10/15 km de Taza : l’un “la haute”, l’autre “la basse” (Macknassa Foukania et Titania). La saleté et la misère apparente se trouve dans toutes les villes arabes : quand on en connaît une, on les connaît toutes. Même Fez (du moins le quartier arabe) offre le même aspect. Mais en regardant de près on constatera que les Tazis par exemple n’ont jamais connu une période de prospérité comme à présent ! Il est du reste infiniment probable que nous allons remonter à Taza (9) pour le 15/20 Novembre et personnellement je n’en serai pas mécontent, car là au moins, on peut acheter quelque chose pour son argent, alors que souvent il n’y a rien, absolument rien ici au Caogie (10). Les bicots ne reviennent que rarement, trouvant probablement de meilleurs prix à Taza ou Bou Ladjeraf ! J’aurais évidemment préféré descendre à l’arrière (11) rien que pour le plaisir de mettre les pieds sous une table. Et puis on a réellement trop peu de temps à soi ici !
A propos de Georges, j’avais compris dans tes différentes lettres que si physiquement il se développe bien, ses facultés intellectuelles sont plutôt en-dessous de la moyenne, en comparaison surtout avec ses soeurs. Tu as répété en effet plus d’une fois qu’il est maladroit, poltron, pleurnichard et même une fois imbécile (12). Comme j’ai souvent entendu que les garçons se développent moins vite que les filles, je n’y ai pas autrement fait attention. Mais je constate en passant que tu as toujours la préférence pour ton fils. Est-ce juste ?
Merci pour l’envoi du mandat qui arrivera sans doute pour la fin du mois au plus tard. Ce montant me suffit parfaitement et tu peux être sûre que dans le cas contraire je te l’aurais déjà dit !
Oui, je porte déjà un caleçon de laine et la nuit le gilet que tu m’as tricoté ! Surtout en faction on sent le froid vif de la nuit, alors que les journées sont toujours très chaudes. Ce sont les souris qui ont attaqué mon gilet et y mangé par ci par là des coins. Mais enfin ce chandail me rendra encore d’excellents services cet hiver.
Les Plantain ont au moins cette veine de pouvoir se voir dans toute leur malchance. Mais je ne comprends absolument pas pourquoi Mme P. (13) a agi ainsi vis à vis de toi, car lui m’écrit toujours d’une façon presque affectionnée. Quelle est la raison que Mme P. t’a indiquée ? Je suis content que Georges m’ait reconnu sur les photos ; j’en suis même un peu étonné, car depuis les dernières 15 ans j’ai certainement beaucoup changé !
Que ma place reste chaude, je n’en doute point, ma chérie ! Mais Dieu sait quand je pourrai la reprendre ! Enfin, on ne peut que toujours revenir sur le mot d’ordre : “Patience”.
Mes meilleurs baisers pour toi et les gosses.


                                                 Paul


Notes (François Beautier, Anne-Lise Volmer)
1) - "L'éclat d'obus" : feuilleton en 47 épisodes quotidiens de Maurice Leblanc qui fait évoluer ses personnages dans le contexte du premier semestre de la Grande guerre. Le Journal le fit paraître du 21 septembre au 7 novembre 1915. Pour la seconde édition en livre, en 1923, Maurice Leblanc fit apparaître dans le récit son personnage fétiche, Arsène Lupin. 
2) - "Nos ennemis" : poème patriotique qui n'a pas laissé de trace dans l'Histoire.
3) - "König Wilhelm sass ganz heiler" : la citation complète se poursuit par "jüngst zu Ems" et signifie "le prince Guillaume se tient assis, gai, à Ems". Il s'agit du titre d'une chanson très célèbre inventée par les nationalistes prussiens pour justifier la guerre contre la France en 1870, en évoquant la dépêche d'Ems (une note de service prussienne provocatrice à l'égard des Français qui conduisit Napoléon III à déclarer la guerre). L'auteur en serait Wolrad Kreusler (1816 -1901), un médecin allemand désireux d'encourager son fils alors soldat et ses camarades.
4) - "Serbien et verderbien" : vraisemblablement "Serbien et verdorben", "Serbe et pourri (ou corrompu)".
5) - "Wooloughan" : ami américain de Paul, il vit alors du courtage de charbon sur le port bordelais de Bassens où il a fait construire 200 m. de quai à son usage. Curieusement, à l'entrée en guerre des États-Unis en 1917, c'est à Bassens que les "Sammies" feront les aménagement nécessaires à leur entrée en guerre, construisant quelque 1250 m de quai supplémentaires. 
6) - " plus que le double" : le manque d'offre justifie cette évolution. L'arrêt de l'extraction dans la zone occupée et dans la zone rouge des combats en métropole fait perdre plus de 50% des approvisionnements intérieurs, alors que la guerre sous-marine affecte les livraisons notamment depuis les îles britanniques et les USA. Le cours du charbon livré à Bordeaux n'avait guère varié qu'entre 20 et 30 francs la tonne au cours de la décennie précédant le début de la Grande guerre. Il passa le cap des 50 francs vers novembre 1915, atteignit 95 francs à la mi-décembre 1915 et 117 francs au premier trimestre 1916.
7) - "erronée" : Marthe a sans doute trouvé d'autres Taza au Maroc puisqu'il en existe plusieurs, mais seul celui du "couloir" entre les deux Maroc et l'Algérie, où est affecté Paul, mérite le nom de ville.
8) - "Macknassa" : officiellement Meknassa, poste fortifié sur la route reliant Fès à Taza par le nord de l’oued Innaouen. Meknassa-Tahtania se situe au nord-ouest de Taza, alors que Meknassa-Fontania se situe au nord-est, ces deux villages étant dans le territoire tribal des Branes.
9) - "remonter à Taza" : effectivement, Taza se situe à 500 m. d'altitude.
10)- "Caogie" : Mot inconnu. Paul écrit peut-être phonétiquement le sigle allemand KOG, éventuellement prononcé avec l'accent arabe, pouvant désigner à la Légion le magasin du foyer social du soldat au cantonnement (Kantonal Offiziers Gesellschaft).
11) - "descendre à l'arrière" : Paul espère un repos dans la région de plaine de Oujda.
12) - Marthe conservera toute sa vie ce franc-parler, vis-à-vis de ses enfants en particulier. Cette description de la personnalité de Georges suggère, d'après Nelly Dussausse, les difficultés de comportement d'un enfant que l'on qualifierait aujourd'hui de "surdoué".
13) - "Mme P." : Madame Plantain.

mardi 20 octobre 2015

Carte postale du 21.10.1915


Document Delcampe


Carte postale  Mademoiselle Alice Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Djebla, le 21 Octobre 1915

Ma chère petite Alice,

A l’occasion de ton 3° anniversaire (1) je t’envoie mes meilleurs baisers. Je souhaite et j’espère que nous nous reverrons tous bientôt et alors je t’apporterai quelque chose de très joli. Maman me dit que tu parles déjà très bien et que tu vas voir souvent Guignol avec Suzanne et Georges.
Une grosse bise pour tout le monde et le bonjour à Hélène.

Papa

Note (François Beautier, Anne-Lise Volmer)
1) - "3° anniversaire" : en fait "deuxième" car Alice est née en 1913 (elle entre dans sa 3ème année). Paul est coutumier de cette confusion. 

samedi 17 octobre 2015

Carte postale du 18.10.1915

Carte postale Paul Gusdorf
Carte postale  Mme P. Gusdorf  22 rue du Chalet  Caudéran

le 18-10-1915

Chérie,

Le pont du chemin de fer de Taourirt (1) s’étant écroulé par suite de la crue de l’Oued, il y aura probablement une petite interruption dans notre correspondance. Ne t’en inquiète pas.
Meilleures tendresses pour toi et les enfants.


Paul


Note (François Beautier)
1) - "Taourirt" ; petite ville à mi-chemin entre Taza et Oujda, par où passent donc les courriers de Paul et de Marthe via le port algérien d'Oran. Il est fort possible que l'oued, suite à une crue d'orage d'automne, ait emporté le pont. Mais il est aussi possible que sa destruction ait été facilitée, voire entièrement provoquée, par une action rebelle comme il y en eut de la part de la tribu réputée "coupeuse de route" des Béni-bou-Yahi (soutenue en sous-mains par l'Allemagne), dans le secteur de Taourirt (en direction de Taza) au plus fort du soulèvement nationaliste marocain de janvier 1915.

mardi 4 août 2015

Carte postale du 05.08.1915

Convoi de ravitaillement (Delcampe)
Carte postale  Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Taza, le 5 Août 1915

Chérie, 

Nous venons de rentrer à Taza où j’ai trouvé tes dernières lettres auxquelles je compte répondre demain. Je t’ai écrit 2 fois en route, as-tu reçu mes 2 cartes ?
Meilleurs baisers pour toi et les enfants.


                                                Paul

mardi 28 juillet 2015

Carte postale du 29.07.1915

Document Delcampe

Carte postale Madame Marthe Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran 

le 29-7-15

Bon souvenir

                                               Paul

mardi 14 juillet 2015

Carte postale du 15.07.1915

Document Gallica


Taza, le 15 Juillet 1915

Chérie,

Nous voilà donc déjà le lendemain du 14 Juillet ; j’étais de garde hier toute la journée et la nuit. Bonne santé.
Bons baisers pour toi et les enfants.

                                                   Paul

lundi 6 juillet 2015

Carte postale du 07.07.1915



Carte postale  Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Taza, le 7/7 1915

Chérie, 

Comme tu penses bien, je ne possède plus les articles écrits par Graves (1), car une fois lus, les Journaux passent par 100 mains et ne reviennent presque jamais. Je t’adresse sous bande un intéressant n° du Figaro avec une poésie de Rostand (2) et un article d’un journal suisse. Ne te serait-il pas possible de m’envoyer comme échantillon sans valeur (non recommandé) une bonne brosse à dent ? La dernière n’a servi que 2 ou 3 fois et tous les crins étaient partis. Il faut mettre environ 1,00 Fr.
Meilleurs baisers pour toi et les enfants.


                                              Paul


Note (Anne-Lise Volmer)
1) - Paul avait donc éveillé chez Marthe le désir de lire le "feuilleton" publié par le Journal, "Quand j'étais espion", dont il lui avait fait un compte-rendu dans sa lettre du 18 juin. Sur les exploits rocambolesques de l'espion allemand Karl Armgaard Graves, voir https://www.facebook.com/pages/Paul-Gusdorf/758063024269653?ref=bookmarks
2) - Edmond Rostand écrivit sur la guerre un certain nombre de poèmes, qui furent rassemblés sous le titre "Le vol de la Marseillaise", paru en 1919.

vendredi 3 juillet 2015

Carte postale du 04.07.1915





Carte postale  Madame Paul Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

le 4-7-1915

Les ruines romaines ci-contre se trouvent en Algérie à Guelma et non au Maroc où les Romains n’ont pas été (1), d’après ce que je sais.
Bien reçu la carte du 25 Juin ainsi que les journaux 
Bons baisers pour toi et les enfants.
                              
                                               Paul

Note (François Beautier)
1) - "n'ont pas été" : l'héritage romain des cités originellement berbères et juives de Tanger et de Volubilis n'était alors que soupçonné. Sujet potentiel de graves tensions culturelles et politiques, il demeure encore actuellement très peu étudié et médiatisé.

lundi 22 juin 2015

Carte postale du 23.06.1915

Vue de Caudéran en 1915 - http://assopourquoipas33.over-blog.com/2014/02/les-salles-de-spectacles-bordelaises-4.html

Carte postale  Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Taza le 23-6-15

Chérie,

Je viens de recevoir ta lettre du 13 avec 2 journaux et j’y répondrai demain par lettre. Nous avons ici également une chaleur accablante ! La lettre en question de Mr. Penhoat m’est bien parvenue, mais il y a au moins 15 jours que je n’ai plus rien entendu de Mr. Plantain.
Meilleurs baisers pour toi et les enfants.


                                         Paul

vendredi 19 juin 2015

Carte postale du 20.06.1915

Bordeaux en 1915, comme Paul devait en rêver...  http://antiqimmacdesign.canalblog.com/archives/2014/03/17/29460343.html

Carte postale  Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Taza le 20-6-1915

Bien reçu ta carte du 12 courant ainsi que les journaux. Aujourd’hui il fait tellement chaud ici que même ma bougie est complètement fondue, de même que le beurre dans les boîtes etc.
Je te confirme mes lettres des 18 et 19 courant et t’envoie mes meilleurs baisers.
Une grosse bise pour les enfants.


                                          Paul

jeudi 18 juin 2015

Lettre du 19.06.1915

Sacs traditionnels marocains

Mademoiselle Suzanne Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Taza, le 19 Juin 1915

Ma chère petite Suzette,

Nous voilà bientôt arrivés au 1° Juillet 1915, jour de ton 7° anniversaire (1). Et c’est encore de bien loin que je te présente mes meilleurs souhaits : D’abord, que cette malheureuse guerre se termine bientôt pour que nous nous revoyions après une séparation qui a déjà duré trop longtemps, et puis que tu restes toujours en bonne santé ! 6 ans ! C’est l’âge où les enfants commencent à devenir raisonnables, où ils vont en classe ! Toi aussi, tu as déjà commencé à travailler, et j’espère que tu trouveras bientôt plaisir au travail, que tu feras des progrès. Tu répètes quelquefois que tu es la fille aînée de tes parents ; tu sauras un jour, au juste, ce que cela veut dire. Mais en attendant tu t’appliqueras déjà à faire plaisir à ta petite maman qui, elle, souffre aussi beaucoup de la séparation de Papa.
Et tu lui diras que s'il revient, le papa, nous serons encore bien heureux, tous, peut-être plus heureux qu'autrefois, même si nous devions calculer davantage!
Je t’ai envoyé, il y a quelques jours, un petit sac marocain comme souvenir pour ton  anniversaire. 
Tu me diras s’il te plaît ; je n’y ai pas joint la corde en laine qui sert ici à porter le sac, parce que cette corde est beaucoup trop longue, et pas bien jolie pour une petite fille comme toi.
Embrasse bien Maman, Georges et Alice, et reçois toi-même les meilleurs baisers de ton

                                            Papa

                                         qui t’aime.

Le bonjour à Hélène.

Note (François Beautier)
1) - "7ème" : en fait 6ème puisque Suzanne est née en 1909.

mercredi 17 juin 2015

Lettre du 18.06.1915

http://europagenesis1914.blogspot.fr/2009/10/propagande-ligue-antiallemande.html


Madame M. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Taza, le 18 Juin 1915

Chérie, 

Je viens de recevoir ta lettre du 8/9 cour. avec l’aiguille, ta carte sans date et les journaux jusqu’au 7, y compris celui du 3 qui me manquait, merci du tout ! En ce qui concerne ma propre correspondance, je peux tranquillement écrire 5 lettres ou cartes par jour, tu te plaindras toujours. Dans l’avant-dernière lettre, tu accusais réception de mes lettres et cartes des 23, 25 et 27 arrivées ensembles et aujourd’hui tu dis que je ne peux pas me décider d’écrire plus souvent que tous les huit jours environ ! Tu ne sembles pas vouloir comprendre que s’il n’y a que 2 ou 3 départs par semaine d’Oran pour Marseille, les correspondances ne peuvent pas arriver plus souvent et que si ma lettre arrive à Oran le jour du départ du bateau elle gagnera beaucoup de temps parce qu’elle n’attendra pas comme une autre, arrivée le lendemain, trois jours jusqu’au prochain départ ...
Ces histoires de commissaire sont assez stupides ; as-tu prouvé par mes lettres (qui doivent souvent porter le cachet du Régiment) ou par le certificat de présence au corps que je suis “vraiment” ici ? Les lettres an. (1) émanent sans doute de quelques concurrents qui ne peuvent pas me tuer suffisamment et je m’étonne même que le Commissaire y fasse encore attention. Toutefois, vu ces tracasseries, tu feras peut-être bien d’avoir toujours 150/200 Frs de réserve sur toi pour le cas où tu serais envoyée dans un camp (2). Je dis cela par simple mesure de prudence, car, à en juger par les journaux, on semble toujours être très énervé en France (3). Prière aussi de m’adresser 40/50 Frs ici comme déjà dit.
Quant à la guerre, je crois qu’elle sera complètement terminée au moment où les troupes allemandes se retireront de France et de Belgique parce qu’elle s’y accrocheront aussi longtemps et s’y laisseront au besoin massacrer tant qu’il y aura une armée allemande, c.à.d. jusqu’au dernier homme. Les combats dans le secteur d’Arras (4) ont été, depuis près d’un mois, terriblement meurtriers et leurs victoires en Galicie (5) leur ont coûté peut-être encore plus cher. La débandade viendra donc un jour subitement et une fois délogés de leurs positions en France, les Allemands demanderont la paix. Qu’ils n’ont pas de troupes à opposer aux Italiens paraît assez clair et leurs succès en Galicie n’en ont pas libéré non plus, contrairement à ce qu’ils pouvaient espérer. Les articles de M. Graves dans le Journal m’ont intéressé et si, en certains points, ces souvenirs prenaient la forme d’un roman, ils étaient néanmoins intéressants sous d’autres rapports. Par exemple, sa mission au Maroc auprès du Capitaine du S/S Panthère (6) m’a paru sincère et explique même bien des choses qui étaient difficiles à comprendre au moment de l’affaire d’Agadir. Qu’il a exagéré la puissance des fameux Zeppelins (7) et méconnu l’état d’esprit de certains neutres, est peut-être une suite de ses fréquentations des milieux militaires et aristocratiques prussiens, mais que la préparation de l’Allemagne pour la guerre était minutieuse, paraît malheureusement trop au moment actuel.
On ne m’a jamais réclamé une surtaxe pour tes lettres ! Le petit colis de Suzanne est parti il y a quelques jours et arrivera, j’espère, à temps pour son anniversaire.
La recette pour les crêpes est pourtant très simple : des pommes de terre râpées, du sel, des oignons et de la graisse ! Elles étaient bien réussies et obtinrent sous le nom de “pain K” (8) un joli succès international. J’avoue cependant que je n’ai pas beaucoup contribué à leur confection, sauf à râper les pommes.
Si nous avons des puces ici ? Dieu seul saurait les compter, ainsi que les mouches, moustiques, fourmis, sauterelles, souris etc. Je crois que bientôt il faudra coucher dehors, mais heureusement les nuits sont encore pour le moment très fraîches, voire même froides. 
L’augmentation des impôts est tout simplement effrayante. Faut-il les payer comme d’habitude dans notre cas particulier ou le receveur ne pourrait-il pas s’adresser directement au séquestre ?
Nous avons fait hier un rude trot. Environ une trentaine de km dans une chaleur accablante pour ravitailler la colonne qui opère dans la région de la frontière espagnole du Riff (9). 800 chameaux font le ravitaillement de notre colonne tous les deux jours en passant par Meknassa-Foukania (10). Ces “hirondelles du Maroc” sont vraiment des bêtes curieuses et si l’on observe un chameau avec son petit (c’est la saison des petits en ce moment) on se dit que cela n’est pas si bête du tout !
Il me semble que la signature de Suzanne (le mot Gusdorf) est quelque peu refaite par sa maman ?
Le bonjour à Hélène et mes meilleurs baisers pour toi et les enfants.

                                            Paul


Les journaux du 9/10 arrivent à l’instant.

Notes (François Beautier)
1) - "lettres an." : lettres anonymes de dénonciation.
2) - "camp" : camp de concentration.
3) - "énervé en France" : allusion aux nombreuses rumeurs et dénonciations concernant des espions allemands opérant en France.
4) - "secteur d'Arras" : allusion à la Seconde bataille de l'Artois, engagée le 9 mai par les troupes franco-britanniques, qui se terminera le 25 juin 1915 sans résultat décisif autre que la perte totale, tous camps confondus, de près de 280 000 soldats tués, disparus ou blessés.
5) - "Galicie" : allusion à la contre-offensive austro-allemande lancée le 2 mai sur le secteur  Gorlice-Tarnow (au sud de Varsovie, en Galicie) qui oblige les Russes à battre en retraite sur 150 km. à la fin mai. L'Allemagne et l'Autriche perdirent dans cette bataille 90 000 soldats tués, disparus ou blessés, contre 240 000 pour les Russes qui abandonnèrent en outre 140 000 prisonniers.
6) - "S.S. Panthère" : référence à la canonnière allemande S.M.S Panther (que Paul nomme "à la française") qui déclencha le "Coup d'Agadir" en 1911.
7) - "Zeppelin" : ballons dirigeables rigides construits en Allemagne par la firme fondée par le comte Ferdinand von Zeppelin en 1898. 
8) - "pain K" : "pain kartofel" (pain pomme de terre, nommé en franco-allemand selon l'usage à la Légion), allusion au pain de guerre allemand "K.K."
9) - "du Riff" : les premiers contreforts du  Rif et sa frontière alors espagnole se situent à une quinzaine de km. au nord de Taza.
10)- "Meknassa-Foukania" : dépôt militaire situé à l'ouest de Taza, sur la route de Fès.
Ce site a depuis lors été noyé sous les eaux du lac de barrage "Idriss 1er" installé à l'est immédiat de Fès.