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samedi 9 septembre 2017

Lettre du 10.09.1917

Le Paquebot le Moïse (Navires 14-18)


Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Foyer du Soldat
Oran, le 10 Septembre 1917

Ma Chérie, 

Arrivé le 8, à 24 h à Oran, je t’ai envoyé une carte hier pour t’annoncer que je vais m’embarquer mercredi ou jeudi (13 ou 14 courant) (1) sur le S/S (2) “Félix Zouache” (3) à destination de Port-Vendres, de sorte que j’espère arriver le 16 à Bordeaux, jour qui fut si important pour nous ! (4)
Nous nous promenons dans cette belle ville d’Oran aux 1000 palmiers, aux maisons luxueuses et confortables, et où la vie est certainement bien meilleur marché qu’en France. Aujourd’hui, nous avons découvert ce fort bel établissement, “le Foyer du Soldat” (5), où le café, la bière, les sirops etc. ne coûtent que 2 sous et où le papier et l’affranchissement des lettres sont gratuits.
Hier, on s’est promené dans le port, assistant au départ du “Moïse” (6) pour Marseille, tâtant ces vieux charbons et briquettes anglaises et contemplant la grande bleue qui s’étend à perte de vue. Mais la côte est rocheuse, des falaises (7) partout.
Et je pense tout le temps à toi ma chérie, à la joie de te revoir après presque 3 ans de séparation. Je regarde ton cher visage sur la petite photo aux yeux si douloureux et si lointains ...
Le temps est lourd et reste couvert ; des permissionnaires se promènent partout, mais la vie paraît normale.
En attendant de te serrer dans mes bras je t’embrasse du fond du coeur.


Paul



Notes (François Beautier)
  
1) - « 13 ou 14 courant » : la veille, la date de départ était prévue le 12 ou le 13.
2) - « S/S » : cette indication précédant le nom d’un bateau signifie « steamer ship », c’est-à-dire « navire à vapeur ».
3) - « Zouache » : en fait Touache.
4) - « important pour nous » : le 16 septembre est la date anniversaire de mariage du couple.
5) - « Foyer du soldat » : selon les régiments et garnisons, cet établissement polyvalent (bar, cafétéria, commerce de petites marchandises personnelles destinées aux soldats) pouvait s’étoffer de services variés (atelier de photographe, vendeur de souvenirs, restaurant, café-théâtre, bureau de poste…). Celui d’Oran, ouvert au grand nombre de soldats incorporés sur place ou transitant par le port ou la ville, était sans commune mesure avec celui que Paul avait connu à Taza.
6) - « le Moïse » : ce paquebot de la Compagnie générale transatlantique, lancé en 1880, remotorisé en 1891, était habituellement affecté à la ligne Alger-Marseille (en longeant le plus souvent la côte espagnole, pendant la Grande Guerre, via Port-Vendres). En juin 1916 et en février 1917 il échappa à la poursuite de sous-marins allemands.
7) - « falaises » : Paul a manifestement conservé l’habitude professionnelle d’évaluer les ports et les charbons.

jeudi 11 août 2016

Lettre du 12.08.1916

André Marquet, Cheval à Marseille, 1916



Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Taza, le 12 Août 1916

Ma chérie,

Je te confirme ma carte postale d’hier et suis toujours sans aucune nouvelle, ce qui, j’espère, ne signifie rien de particulier. Peut-être Mme Penhoat est-elle arrivée maintenant avec sa petite famille ce qui aura augmenté ton effectif de petites suffragettes (1) à 4 sans compter le politicien Georges (2) . Tu ne dois donc pas avoir trop de repos car Yvonne est également très vive et la petite Jeanne (3) le sera probablement aussi.
Ici la chaleur continue de telle façon que je crois que nous ne repartirons pas de sitôt. Le mois d’Août et le commencement de Septembre sont en effet la saison de la fièvre (paludisme) et les hôpitaux sont pleins à craquer. Notre Compagnie y a aussi pas mal de monde en ce moment et il y a presque journellement de nouveaux cas malgré la quinine (4) qu’on nous distribue régulièrement. J’ai observé les effet de la fièvre pendant la dernière colonne, à un caporal qui était mon chef de tente. C’est foudroyant : dans un délai de deux jours cet homme, pourtant robuste, ne pouvait plus se tenir sur ses jambes. Il a dû être évacué sur Fez (5) d’où il écrivait ces jours-ci qu’il était à peu près rétabli et qu’il rejoindrait incessamment.
Au point de vue militaire il y a eu ce temps-ci quand même quelques progrès à enregistrer : d’une part l’avance lente mais constante des anglo-français et d’autre part la prise de Goricia (6) par les Italiens. Ce dernier point est le plus important et si la marche des Italiens sur Trieste continuait, comme tout le laisse croire, cet évènement pourrait avoir une influence décisive sur la fin de la guerre. Si celle-ci se finissait seulement cette année-ci, tout le monde serait content.
Tu n’as donc plus rien entendu ni de Me Bonamy ni de Me Palvadeau ?
Y a-t-il cette année beaucoup de fruits en France ? Ici ce sont surtout les melons qui sont très nombreux mais qui restent néanmoins recherchés. Je n’en ai jamais mangé autant que cette année et je ne les ai jamais trouvés aussi bons ! Mais il faut mettre 15 sous pour un bon fruit bien à point.
Une plaie dont nous souffrons terriblement ici, c’est la vermine, les poux, les puces et les punaises. Tu ne peux pas t’imaginer comment ces bêtes nous traquent ici dans ces baraques primitives adossées la plupart du temps à de vieux murs, vieux de plusieurs centaines d’années. Avec les premiers froids elles disparaissent, mais pendant l’été c’est insupportable, malgré malgré la poudre de pyrèthre (7) et autres désinfectants. Et je me demande souvent comment les bicots (8) peuvent supporter cette vermine qui, dans leurs trous et masures sales, couverts de terre et de branches d’arbres, doivent être encore bien plus nombreux que chez nous.
Je songe souvent au développement de nos gosses et me figure que Suzanne, avec ses 7 ans, doit avoir rudement changé et ne doit plus ressembler beaucoup au bébé qu’elle était lors de mon départ, alors qu’Alice doit être de la taille et de l’intelligence de Georges lorsque nous étions à Bayonne. Parle-t-elle déjà à peu près tout ?
A propos, mon ancien camarade Savario de Caudéran (9), après 13 ans de service, s’est arrangé d’être évacué sur l’Algérie (10), où il doit passer devant la Commission de Réforme, par rapport à ses yeux (??). Il n’est donc pas impossible qu’un beau jour il réapparaisse à Caudéran et fasse sa présentation au 22 Rue du Chalet. Tu sauras de toutes façons qu’il ne reviendra plus au Maroc et ne lui confieras donc rien pour moi. Un autre de mes camarades, un Caporal de ma section et un excellent garçon (Russe) sera libérable d’ici 3 mois à peine et va alors passer par Bordeaux, ayant un parent à Libourne (11). Si ce projet se réalise, je le chargerai d’aller te dire bonjour en passant et de te raconter un peu de la Légion, du Maroc et des Marocains. Mon ami Valentin (12) est toujours à Bel Abbès ; il était l’autre jour en permission et m’a envoyé une carte de Marseille, sa ville natale.
J’espère avoir demain de tes nouvelles et entretemps t’embrasse du fond du coeur. 

Paul

Bon souvenir à Mme et Melles Penhoat. 




Notes (François Beautier)
1) - "suffragettes" : allusion au penchant féministe de Marthe, que Paul traite - ainsi que les petites filles - de suffragettes, en référence au mouvement de revendication du droit de vote aux femmes né au Royaume Uni en 1903 et qui s'agite beaucoup durant la Grande Guerre (leur droit fut sélectivement reconnu en 1918, et totalement en 1928).
2) - "Georges" : fils de Paul, né en 1912 (qui deviendra un philosophe français célèbre).
3) - "Jeanne" : fille cadette des Penhoat, dont l'aînée est Yvonne.
4) - "quinine" : remède extrait de l'écorce du quinquina, utilisé en Europe depuis le XVIIe siècle pour combattre les fièvres intermittentes, et plus tard le paludisme largement répandu parmi les colons européens. Très longtemps seul remède connu à cette maladie, la quinine ne fut produite par synthèse qu'après la Grande Guerre.
5) - "Fez" : Fès, qui disposait d'un hôpital.
6) - "Goricia" : Gorizia, but de la Sixième bataille de l'Isonzo déclenchée le 6 août par les Italiens en vue de (re)prendre à l'Autriche le Trentin (dont Trieste, sa capitale). Le bilan victorieux mais jusqu'à aujourd'hui controversé de la bataille, terminée le 17 août, tient essentiellement au fait qu'il donna au Royaume d'Italie - membre de fait de la Triple-Entente depuis le 23 mai 1915 - le courage de déclarer officiellement la guerre à l'Empire allemand le 27 août 1916. Pour le reste, Paul se veut rassurant en forçant le trait des avances alliées sur les fronts occidentaux (elles sont plus significatives, au même moment, sur le front russe du Caucase, mais Paul n'en est manifestement pas encore informé). 
7) - "pyrèthre" : insecticide végétal traditionnel obtenu par broyage des fleurs séchées d'une variété de chrysanthème dite "de Dalmatie".
8) - "bicots" : terme désignant les Arabes, considéré à l'époque argotique et vulgaire mais non raciste (parce que le racisme était alors une composante fondamentale de la civilisation occidentale, dominante et se considérant de bon droit supérieure et civilisatrice donc colonisatrice). La question est de savoir si Paul emploie ce mot pour ne pas se distinguer des autres et accéder à la naturalisation (donc par conformisme volontaire), ou par inconsciente... bêtise (ce qui serait surprenant de la part d'une victime consciente de la xénophobie, voire - bien qu'il n'en dise rien - de l'antisémitisme). 
9) - "Savario, de Caudéran" : compagnon de régiment, originaire de Caudéran (où habitent les Gusdorf), que Paul a signalé à Marthe la première fois dans sa lettre du 8 mars 1915.
10) - "sur l'Algérie" : à Sidi Bel Abbès, siège et dépôt de la Légion
11) - "Libourne" : ville située à moins de 40 km. à l'est de Bordeaux.

12) - "Valentin" : déjà signalé par Paul dans sa lettre du 19 décembre 1914, ce Légionnaire musicien a pu obtenir une permission - à Marseille, sa ville natale - du fait qu'il est de nationalité helvétique, donc neutre, à la grande différence de Paul qui est classé "ressortissant ennemi".

vendredi 22 avril 2016

Lettre du 23.04.1916

Tirailleur sénégalais en uniforme kaki
Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Taza, le 23 Avril 1916

Chérie,

Nous voilà arrivés à Pâques et comme par suite de notre récente sortie le tour de garde a changé, je me trouve aujourd’hui libre, ce qui n’est pas dommage. Il fait du reste bien beau aujourd’hui et si le temps ne se gâte pas je vais aller faire cet après-midi une promenade dans les Jardins et jusqu’à la Gare où l’on a ouvert maintenant un buffet qui sert, paraît-il, à boire et à manger. On commence maintenant ici aussi à changer la tenue de drap, l’ancien stock doit probablement être épuisé. C’est ainsi que notre escouade a touché hier des capotes neuves de différentes nuances, depuis le bleu horizon jusqu’au bleu gris. Si ces capotes ont l’avantage d’être pourvues de nombreuses poches, notamment 2 sur la poitrine, elles sont par contre très salissantes. Nous avons touché en même temps des pantalons-culottes, couleur presque noir, gris-bleu, à porter avec des bandes molletières de la même couleur. Il durera naturellement assez longtemps jusqu’à ce que tout le monde soit en possession des nouvelles frusques. Parmi les Officiers et même les Sous-Officiers, la tenue vert-kaki, genre anglais, devient de plus en plus fréquente mais chez eux on voit énormément de fantaisie. Les Officiers des Spahis et Tirailleurs notamment - et surtout les indigènes algériens qui peuvent monter jusqu’au grade de Capitaine et même de Commandant - ont toujours des uniformes splendides, bien que peu pratiques. 
J’espère qu’à défaut de la famille Penhoat tu auras aujourd’hui au moins la visite de Mme Plantain et de Georgette. N’as-tu plus revu Mr. et Mme Diet (1)? L’histoire de la voisine chez le dentiste est peu banale ; n’est-ce pas le même qui avait fait venir l’autre jour les gosses pour leur faire voir des chats ?
L’Echo d’Oran annonce aujourd’hui la prise de Trébizonde (2) par les Russes et l’arrivée de troupes russes en France (3), sans cependant signaler des évènements de quelque importance sur le front occidental. Ici il persiste néanmoins le sentiment que la guerre sera terminée en Automne. Cela n’empêchera naturellement pas que nous autres nous verrons encore du pays cet été et il n’est point impossible que nous allons partir en colonne encore au courant de cette semaine. Pour ce qui concerne la marche, je suis content que je supporte maintenant la fatigue beaucoup mieux. Il est vrai qu’en partant j’emporte toujours pas mal de victuailles, des oeufs durs, du chocolat, du fromage etc. et je ne bois presque plus d’eau en marchant.
Officieusement nous apprenons qu’il y aura dans une huitaine encore un changement d’Officiers chez nous. Il paraît que notre nouveau Capitaine va partir également pour la France et que des Officiers venant du front vont arriver ici. Mon ami Valentin (4) a profité de l’envoi d’un de ses amis à Taza pour m’envoyer un mot et m’annoncer qu’il partira prochainement pour Salonique (5). A Bel Abbès aussi il n’y a plus que des hommes déjà revenus de Grèce ou de Turquie et rétablis de leurs blessures. Même les musiciens partent peu à peu, comme c’est juste du reste.
A l’instant me parviennent tes lettres des 12 & 14, avec le petit mot de Suzanne. Tu peux avoir raison sur les motifs qui ont amenés la nouvelle enquête (6) qui est naturellement toujours embêtante pour toi,  mais une des suites désagréables de l’état de guerre. Tes progrès en anglais m’étonnent ou me surprennent réellement ; mais je suppose que les 2 pages t’ont coûté au moins 45 minutes ? Bien entendu il s’y trouve des fautes - cela est tout naturel - mais tout de même ! C’est plutôt la tournure des phrases qui trahit le débutant. You do not enter the English language, but you study or learn it not by Miss Holt but with her or in Miss Holt’s (school).* Après la bataille de Douvre (il y a à peu près 1500 ans) les Anglo-Saxons (une tribu germanique) ont pris possession de l’Angleterre et ont amené avec eux un bon nombre de mots allemands. L’élément français (normand) est venu avec Guillaume le Conquérant après la bataille de Hastings et a introduit beaucoup de mots français, formant la langue anglaise telle qu’elle existe aujourd’hui avec de petites modifications. C’est la raison pour laquelle on trouve beaucoup de mots purement allemands et français dans la langue anglaise* (7).
Un bonjour pour Hélène et mes meilleurs baisers pour toi et les enfants.

                                                 Paul

PS : Je t’envoie quelques vieilles correspondances de Lec. qu’il serait intéressant de conserver.


* *Passage traduit de l’anglais (A. L. Volmer).
Uniforme bleu horizon (Musée de l'Armée)



Notes (François Beautier)
1) - "Mr. et Mme Diet" : ce que Paul en a dit dans sa lettre du 23 janvier 1916 ne permet pas de savoir qui ils sont. 
2) - "prise de Trébizonde par les Russes" : le port turc de Trébizonde (actuel Trabzon) sur la Mer Noire, bombardé par avions et par canons de marine, tombe aux mains des Russes le 18 avril 1916. La plupart des journaux français voient dans cette victoire le prélude à une prochaine avancée russe en Anatolie donc la possibilité d'une "résurrection de l'Arménie" (titre de première colonne du Figaro du 23 avril 1916). 
3) - "arrivée de troupes russes en France" : deux régiments russes partirent par mer de Dairen (Mandchourie) le 28 février 1916 sur des navires français conduits par le "Latouche-Treville". Ces soldats débarquèrent à Marseille les 20 et 21 avril 1916. ils y furent acclamés chaleureusement. Cinq jours plus tard, équipés par la France, ils étaient à l'instruction en Champagne où ils prirent part aux combats un mois plus tard. 
4) - "Valentin" : musicien à Marseille, de nationalité suisse, engagé dans la Légion pour la durée de la guerre, avec lequel Paul a sympathisé, à Lyon, en décembre 1914. Ce Valentin est resté affecté au dépôt principal de la Légion à Sidi Bel Abbès.
5) - "Salonique" : port grec devenu depuis la fin octobre et le début novembre 1915 le principal point de débarquement des troupes franco-britanniques dépêchées au secours des Serbes contre les Bulgares. Le roi Constantin, hostile à la présence d'Alliés sur son territoire, fit assiéger par ses troupes les Franco-britanniques dans la ville en décembre 1915, mais ne put pas enrayer le débarquement continu et massif de nouvelles troupes alliées, dont certaines venues de Russie, d'Algérie ou du Maroc.
6) - "nouvelle enquête" : enquête policière sur Paul et sa famille. Il est probable que la pression exercée à cette époque sur le Ministre de l'Intérieur Louis Malvy par l'extrême droite sur le thème du manque de répression des potentiels espions allemands installés en France, a pu être la cause de cette nouvelle enquête visant les Gusdorf.
7) - "dans la langue anglaise" : Paul inflige à son épouse un véritable cours en anglais d'histoire culturelle de la Grande Bretagne. Ses références à La bataille de Douvres (Ve siècle), à Guillaume le Conquérant (dit Guillaume II de Normandie et Guillaume 1er d'Angleterre, 1027-1087), et à la bataille d'Hastings (14 octobre 1066) prouvent l'excellence de sa mémoire, l'immensité de son savoir et son don pour la pédagogie. Il est cependant vraisemblable que son éventuel censeur militaire en tirerait argument pour conclure à l'étrangeté suspecte de ce candidat à la nationalité française qui sait tout sur tout, surtout si c'est étranger...


dimanche 4 janvier 2015

Carte postale du 5 janvier 1915



Carte postale Madame Paul Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

le 5/1/15

Nous sommes arrivés ce matin à Marseille, heureux de voir le soleil du Midi qui brille de tout son éclat. Bon voyage dans un compartiment confortable à 4. Nous avons dormi comme des rois (sans reines). Ce soir 17 hs. embarquement pour Oran. Nous arriverons le 7 au soir à Bel Abbès.
1000 baisers pour toi et les enfants.

                                            Paul