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mardi 18 décembre 2018
dimanche 18 février 2018
Lettre du 19.02.1918
Madame P. Gusdorf 22 rue du Chalet 22 Caudéran
Meknès, le 19 Février 1918
Ma Chérie,
Voici enfin ta lettre du 31 Janvier, arrivée sans doute par Marseille (1) car elle est toute isolée et arrive 12 jours plus tard que la précédente du 28. Je te confirme mes correspondances des 10-13-14 et 16 (2) courant. J’espère bien que les maux de tête d’Alice n’étaient que passagers et qu’elle se porte bien comme les autres. Est-ce que Georges a repris un peu ses forces et ses jolies formes ? Et Suzanne est-elle complètement remise et n’a-t-elle pas trop laissé passer en classe ? Que t’a donc raconté Mme Plantain ? (3)
Figure-toi que mon camarade Ramsbott (4) de la rue Touton de Bègles qui, comme je te le disais déjà, était tombé grièvement malade à Marseille, retour de permission, vient d’y mourir à l’hôpital. Le paludisme qu’il avait contracté au Maroc, une maladie des poumons et, paraît-il, une maladie de coeur (il ne se plaignait jamais de ces deux dernières maladies qui doivent être toutes récentes) ont eu vite raison de lui. Voilà un jeune homme de 32 ans, robuste, fort, intelligent, qui disparaît ainsi brusquement - bêtement dans son lit après 5 semaines de permission et après avoir eu 3000 fois l’occasion de tomber, comme on dit, au champ d’honneur. Comme la vie est bizarre ! Et la pauvre Madame Ramsbott (5) qui reste avec une petite fille de 5 ans à peine et qui, peut-être bien, porte un autre enfant sous le coeur ! Je vais lui envoyer un mot, lui conseillant surtout de se débrouiller pour toucher la retraite proportionnelle (6). Car elle y a droit, bien que Ramsbott n’ait pas été tué à l’ennemi, vu qu’elle peut prouver que son mari avait contracté le paludisme ici au Maroc, c.à.d. en service. Elle touchait déjà l’allocation (7) pour elle et sa fille et a donc tout intérêt à continuer de toucher cette allocation jusqu’à la fin de la guerre.
Je ne sais pas si les cartes que je t’ai adressées de Rabat et de Casablanca (8) te donnent une idée de la ville. Casablanca est une ville toute neuve autour de l’ancienne casbah (9) indigène. De nombreuses villas d’un luxe un peu trop affiché dans le style arabe modernisé, des usines toutes neuves, des hôtels, cafés, restaurants et brasseries superbes et beaucoup de trafic dans les rues. Des autos de luxe et des voitures de maître montrent que les nouveaux riches ne manquent pas. Le port, encore un peu en état d’embryon, est déjà bien animé - malheureusement les bateaux doivent rester au large, ne pouvant pas accoster au quai. Casablanca est, sans aucun doute, la ville d’avenir du Maroc, et celle qui sera pendant de longues années encore préférée par les gens “qui cherchent fortune”. L’éclairage électrique y est partout installé, mais les trams manquent encore complètement. La guerre a arrêté le développement de cette ville qui, au point de vue de la population européenne civile, se classe au premier rang au Maroc. Rabat, la capitale administrative et résidence, a un cachet beaucoup plus aristocratique, tout en ayant mieux conservé le caractère arabe. Le Boulevard El Alou (10), l’artère principale, dont la résidence du général de Division Lyautey (Commissaire Résident Général de France au Maroc, Commandant en Chef des Troupes de l’Afrique du Nord (11)) occupe, au milieu de magnifiques jardins, tout un côté, peut figurer honorablement dans n’importe quelle capitale d’Europe. Un oued (12), aussi large que la Loire à Nantes, se jette à la mer près de Rabat, formant son port et séparant la capitale de Salé, la ville sainte qui nous était malheureusement interdite (13). D’innombrables minarets lui donnent un aspect pittoresque dans son enceinte de murs énormes (14). Un grand bac à vapeur relie les deux rives et transporte autos, voitures, camions et passagers d’une rive à l’autre. Des villes ou postes dans la brousse (15), le poste de Kénifra (16) est le plus intéressant. Installé dans un vieux château d’origine portugaise, très bien conservé et coupé en deux par un fleuve large et rapide (17), il offre tout l’aspect d’un château fort du Moyen Age où très peu de lignes rappellent le style byzantin (18). Le paysage est méridional et le climat très doux ; c’est le point le plus méridional que j’ai encore atteint. Comme je te le disais précédemment, nous avons presque décrit une ellipse pour faire le trajet d’Aïn Leuh à Kénifra, ellipse dont la circonférence est énorme (de 700 à 800 km à l’aller seulement) (19).
C’est au retour, le 28/1 entre Kénifra et Djebra Sidi Amar (20), et le 29 entre ce dernier camp et le poste de Sidi Lamine (21), qu’il y a eu de durs combats, notamment le 28. Ce jour là, c’est notre 1° Bataillon qui a supporté le choc principal. Parmi les victimes - en partie cruellement blessées et mortes instantanément - il y a aussi quelques engagés pour la durée de la guerre.
Kénitra (22), où nous avons vu pour la première fois l’Atlantique, est un petit port tout nouveau avec un tas de baraques sorties de terre en très peu de temps, et situé sur un bras de mer d’à peine 100 m de largeur.
Voilà ta lettre du 3/II et des journaux qui me parviennent à l’instant même. Et le courrier de Bordeaux, nous annonce-t-on, est arrivé hier à Casa (23).
Bons baisers pour toi et les enfants.
Paul
Notes (François Beautier)
1) - « par Marseille » : par la ligne méditerranéenne Marseille-Oran, puis par route à travers tout le Maroc oriental.
2) - « 10-13-14 et 16 » : aucun de ces courriers n’a été conservé.
3) - « Mme Plantain » : les Plantain sont des amis bordelais des Gusdorf ; Paul souhaite sans doute avoir des nouvelles de M. Plantain, comme lui mobilisé sous les drapeaux.
4) - « Ramsbott » : Légionnaire ami de Paul, évoqué pour la première fois par lui dans sa lettre du 23 novembre 1917.
5) - « Mme Ramsbott » : Paul lui a rendu visite à Bègles pendant sa permission, à la demande de son mari, lui-même en attente de départ en permission (voir la lettre du 16 décembre 1917).
6) - « retraite proportionnelle » : en tant qu’engagé volontaire sous contrat, M. Ramsbott (en l’absence, sa veuve) a droit à une retraite proportionnelle à la durée de son service armé.
7) - « l’allocation » : il s’agit de l’allocation « aux militaires soutiens de famille pendant la durée de la guerre », versée selon la loi du 5 août 1914 aux « familles nécessiteuses » (à leur demande et après enquête de gendarmerie) dont les soutiens économiques sont mobilisés. Son montant est le même que celui de l’allocation journalière versée au soldat lui-même à la fin de son service. Fixées en 1914 à 1,25 franc par jour majoré de 0,5 F par enfant de moins de 16 ans, ces allocations furent augmentées en août puis septembre 1917 à 1,50 F par jour avec une majoration en fonction du nombre d’enfants. En cas de décès, les familles (ascendants, conjoints et descendants), recevaient en une seule fois une allocation variable selon les départements d’origine.
8) - « et Casablanca » : aucune de ces cartes n’a été conservée.
9) - « casbah » : citadelle traditionnelle en Afrique du Nord.
10) - « boulevard El Alou » : artère principale de la médina (vieille ville) de Rabat.
11) - « Afrique du Nord » : l’attribution systématique de majuscules à tous les mots qui précèdent (sauf, bizarrement, au premier « général ») exprime sans doute moins l’ironie de Paul que sa volonté d’être considéré par un éventuel censeur ou enquêteur comme un potentiel « bon Français » (c'est-à-dire lèche-bottes, selon Paul ?).
12) - « un oued » : il s’agit du fleuve Bou Regreg, dont l’estuaire - à l’époque plus large qu’aujourd’hui - était cependant moins impressionnant que le dit Paul.
13) - « interdite » : à la suite des rébellions liées à l’institution du protectorat en 1912, et par souci de pacifier l’agglomération de Rabat devenue capitale et siège unique du gouvernement (ou makhzen) du sultan marocain, Lyautey avait interdit l’accès de Salé (site de la grande mosquée almoravide) aux non musulmans.
14) - « murs énormes » : ces fortifications remontant à 1260 furent originellement destinées à protéger la ville des attaques des Castillans.
15) - « la brousse » : la campagne (le « bled »).
16) - « Kénifra » : actuel Khénifra, à près de 200 km à l’est-sud-est de Casablanca.
17) - « rapide » : il s’agit de l’Oum er Rbia, second fleuve marocain par la longueur (600 km), bien alimenté par les hauteurs du Moyen Atlas, traversant la haute plaine du Tadla avant de se jeter dans l’océan à l’ouest-sud-ouest de Casablanca.
18) - « style byzantin » : construite sur la rive gauche de l’Oum er Rbia et dominant la ville de Khénifra, la forteresse ici évoquée n’a pas plus d’origines portugaises qu’ottomanes, et se présente comme un ensemble composite de constructions ajoutées au cours de l’histoire depuis le 11e siècle (la fondation remontant au 3e sultan almoravide Ibn Tachfine) et profondément restaurées à la fin du 17e par le sultan Moulay Ismaël. Ce monumental témoin de l’histoire berbère constitua le foyer de la rébellion conduite par Mouha Ou Hammou Zayani, caïd des Zayanes de 1886 à sa mort en 1921, qui y avait établi sa casbah avant l’installation des Français en 1914. Bien que ce caïd ait profondément marqué l’Histoire, notamment par sa brutale victoire contre la Légion étrangère française lors de la bataille d’Elhri (actuel El Herri, à une dizaine de km au sud de Khénifra) du 13 novembre 1914, sa défaite et sa mort face à cette même Légion le 27 mars 1921 mirent fin aux rêves d’unité des Zayanes et de libération par les Berbères du Maroc sous protectorat français, donc à son renom.
19) - « à l’aller seulement » : l’essentiel de cette longue « ellipse » fut parcouru en camion et en train.
20) - « Djebra Sidi Amar » : actuel marabout de Sidi Ammar, à une douzaine de km à l’ouest-nord-ouest de Khénifra sur la route de Sidi Lamine.
21) - « Sidi Lamine » : village situé à un peu moins de 40 km à l’ouest de Khénifra, sur la route menant à Oued-Zem. Les combats évoqués par Paul des 28 et 29 janvier 1918 ont surtout touché les hommes de la 2e Compagnie du 1er Bataillon formant corps du 1er Régiment étranger, qui comptèrent quatre morts et 5 blessés. La presse de l’époque attribua ce guet-apens meurtrier aux Chleuhs (dont le seul nom faisait sensation en métropole) alors que les Zayanes seuls l’avaient organisé. L’enjeu des nombreux accrochages autour de Khénifra tient au fait que cette ville commande la jonction stratégique - par les cols du haut Serrou - des couloirs de l’Oum er Rbia (qui s’oriente vers l’Atlantique à travers le Maroc occidental, depuis les régions de Fès et Meknès au nord-ouest jusqu’à celle de Marrakech au sud-ouest) et de l’oued Moulouya (vers la Méditerranée à travers le Maroc oriental, depuis le Tafilalt au sud-est jusqu’au Rif au nord-est).
22) - « Kénitra » : port originellement nommé « Port Lyautey » car fondé sur l’Atlantique par Lyautey pour éviter le port de Rabat-Salé (à 35 km au sud-ouest) trop sensible aux rebelles. Ce nouveau port était alors desservi par le chemin de fer à voie étroite mis en place par la Légion étrangère française à l’initiative du Résident général Hubert Lyautey, pour relier Fès et Meknès à l’Atlantique, vers l’ouest, et à Taza, Oujda, Oran et la Méditerranée, vers l’est.
23) - « Casa » : Casablanca.
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mercredi 7 février 2018
Carte postale du 08.02.1918
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| Carte postale Paul |
Carte postale Madame P. Gusdorf 22 rue du Chalet 22 Caudéran
le 8 II 18
Ma chérie,
Je viens de rentrer à Meknès (1) où j’ai trouvé pas mal de tes lettres et ton colis. Je te répondrai demain. Merci aussi pour tous les journaux. J’espère que les enfants vont bien.
Bons baisers.
Paul
Note (François Beautier)
1) - « à Meknès » : le trajet de retour de Khénifra en contournant le Pays zayane a donc duré 8 jours.
samedi 13 janvier 2018
Lettre du 14.01.1918
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| Une fontaine, Meknès. Maroc 1915 – Photo © Joseph Miquel |
Madame P. Gusdorf 22 rue du Chalet 22 Caudéran
Meknès, le 14 Janvier 1918
Ma Chérie,
Après avoir mis ta lettre du 13 à la poste j’ai reçu hier soir tard tes lignes des 23 et 27 Décembre et du 1/2 Janvier. Je profite du dernier jour avant le départ pour t’adresser encore ces lignes, car Dieu sait quand j’aurai le temps de t’écrire plus longuement en route.
Je suis infiniment content d’être sans télégramme et vois avec angoisse les porteurs de dépêches (1) traverser la cour de notre quartier. Pneumonie (2) - comment bon Dieu a-t-il pu attraper cela ? De toutes façons, puisque la crise décisive a eu lieu le 9° jour, c.à.d. le 5 ou au plus tard le 6 Janvier, je compte que tout danger est écarté à présent, puisque sans cela j’aurais eu ton télégramme ...
Et de cette façon tu n’auras pas seulement passé une triste fête de Noël, mais encore un mauvais jour de l’an et - probablement encore - un aussi triste anniversaire (3). Et comme je ne sais point quand je trouverai un moment pour t’écrire en route, je vais t’envoyer déjà aujourd’hui mes meilleurs voeux et félicitations pour le 30. Que ce soit au moins la dernière fois que nous sommes séparés ce jour-là. Tu sais que dans la situation où je suis je dois me borner à ces voeux, mais je compte pouvoir t’envoyer le souvenir en question aussitôt que nous serons rentrés de la colonne du Tadla Kénifra (4).
Tu as tort de penser que “mes sentiments ont baissé avec la température” et tort de même avec ton observation sur la réponse présomptive que je te ferais relativement aux enfants. Tu oublies une fois que tu ne m’as point répondu sur le ton des lettres qui t’ont suggéré cette petite ironie, ou plutôt que tu m’as répondu ne pouvoir écrire sur le même ton ou dans le même style. D’un autre côté nous n’avons jamais eu des complications aussi graves avec les enfants et si jamais je t’ai fait la remarque que tu cites, c’était sans aucun doute par rapport aux petits ennuis de rien du tout dont tu avais coutume de te plaindre autrefois.
Il est au surplus très naturel que l’entourage, la température et les fatigues influent beaucoup sur l’état d’esprit de qui que ce soit, aussi bien le tien que le mien. Et tu peux croire que même sans les soucis et l’angoisse pour un enfant, une marche dans la neige, la glace et ce petit vent du Nord de l’Atlas n’a rien qui puisse ramener l’humour d’un poilu nourri comme nous le sommes en route.
Je ne vois pas très bien dans quel but tu veux communiquer ton adresse au Consul américain qui n’a plus rien à faire avec l’Allemagne (5). Et je ne vois pas non plus bien comment des leçons pourront t’aider. Ce serait à peu près la même chose que le travail proposé dans le temps par Mr. Wooloughan. Pratiquement, cela t’avancerait si peu que rien et tu n’es pas bien sûre non plus de réussir, alors que, d’après ta thèse, cette assurance préalable du succès est indispensable pour entreprendre des démarches ... Pour ce qui concerne l’affaire de Me Lanos, je t’ai déjà dit que je suis tout à fait de ton avis et me réfère pour tout détail à ma lettre du 1° Janvier. De même pour l’affaire Palvadeau et toutes celles qui seraient susceptibles de solutionner notre situation d’une façon définitive - nous n’avons qu’à laisser faire et laisser passer (6).
Mr. Penhoat m’écrit assez régulièrement et je vais même lui répondre encore tout à l’heure avant de partir en colonne. Mme Penhoat m’a également adressé une carte pour le nouvel an, carte pleine de tendresse pour son Jean. Lotte (7) a donc enfin trouvé son affaire ; mais tu ne sais pas non plus où cette papeterie (8) se trouve ? Cela arrangera peut-être aussi la situation de sa mère (9) et d’Hélène (10)!
Encore une fois l’assurance que mes idées seront chez toi le 30 toute la journée ; ne m’en veux pas pour les mots aigre-doux concernant l’affaire L. L. & Cie (11) et que je ne peux réellement pas retenir puisque tu reviens toujours sur ce sujet. Et nos idées sur la question du “Geldverdienen” (12) sont tellement différentes qu’il aurait été un miracle si nous avions pu travailler ensemble. J’espère sérieusement avoir au plus tard à Casablanca de tes nouvelles au sujet de la santé du petit et t’embrasse, ainsi que les enfants, du fond du coeur.
Paul
Ton colis n’est toujours pas arrivé, les journaux non plus.
Notes (François Beautier, Anne-Lise Volmer)
1) - « porteurs de dépêches » : le petit Georges étant très malade (voir la lettre du 13 janvier), son père, Paul, craint d’en recevoir de mauvaises nouvelles par télégramme.
2) - « pneumonie » : c’est à l’époque la première cause de décès par maladie infectieuse chez les enfants (elle tue alors un quart des enfants contaminés). En Europe, en 1918, du fait de la dégradation générale des conditions de vie, elle tua aussi plus d’adultes que la tuberculose. Un antisérum fut utilisé comme traitement à partir de 1913, mais son coût et sa durée d'élaboration ne permirent pas un emploi massif avant les années 1920.
3) - « anniversaire » : celui de Marthe, le 30 janvier.
4) - « colonne du Tadla Kénifra » : il s’agit encore une fois de ravitailler à partir du nord (de Meknès, par Aïn Leuh) les postes français de la haute vallée de l’oued Oum er Rbia (notamment Khénifra - l’une des capitales historiques du « caïd » des Zayanes rebelles - et Kasba Tadla - où les Chleuhs, leurs alliés du sud-est marocain, cherchent alors à les rejoindre) afin de contrôler la haute plaine du Tadla, c’est-à-dire le piémont nord de la terminaison occidentale du Moyen Atlas.
5) - « Allemagne » : Paul, en février 1916, avait renoncé à recourir aux services du Consul américain en France (voir le verso de sa lettre du 13 mai 1916) auquel il envisageait sans doute de demander un visa pour les U.S.A. Il semble que Marthe, à son tour, ait songé à lui demander un visa pour les États-Unis, ou une embauche au service des troupes américaines installées à Bordeaux. Cette démarche était vouée à l'échec puisque les U.S.A. étaient depuis avril 1917 en guerre contre l'Allemagne et ses ressortissants.
6) - « laisser passer » : Paul s’en tient à la position particulièrement négative qu’il avait exposée sous l’emprise de la colère dans sa lettre du 1er janvier 1918 : « ne me parle plus jamais d’affaires (…) je m’en désintéresse complètement ».
7) - « Jean » : il s’agit de Jean Penhoat, ami et associé de Paul, comme lui mobilisé sous les drapeaux.
8) - « Lotte » : surnom de Charlotte, sœur de Marthe.
9) - « papeterie » : la soeur de Marthe acquit cette papeterie, où elle travailla avec son mari jusqu'après la seconde guerre mondiale. La famille allemande de Marthe avait des activités typiquement protestantes: imprimerie, enseignement, librairie, papeterie...
10) - « sa mère » : la mère de Marthe. Paul n’écrit pas « ta mère » pour éviter à son épouse d’être soupçonnée de conserver des liens sentimentaux avec des Allemands.
11) - « Hélène » : Helena, autre sœur de Marthe.
12) - « L. L. & Cie » : Lucien Leconte et Compagnie, société dont Paul et son ami Penhoat sont actionnaires.
13) - « Geldverdienen » : en fait « Geld verdienen », expression allemande signifiant « gagner de l’argent ».
samedi 2 septembre 2017
Lettre du 03.09.1917
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| Carte postale Forum Dafina |
Madame P. Gusdorf 22 rue du Chalet 22 Caudéran
Dépôt des Isolés (1)
Oudjda, le 3 Septembre 1917
Ma Chérie,
Voici 8 jours que j’ai quitté Taza en compagnie de quelques camarades qui doivent, comme moi, faire route vers Port-Vendres, et le temps commence à nous paraître long dans cette usine. D’abord, on a goûté au fur et à mesure qu’on descendait (2) à l’arrière, la réapparition de la civilisation. A Taourirt (3) nous avons dîné dans un restaurant potable, les pieds sous la table, mangeant à notre faim et buvant à notre soif. Ici à Oudjda nous étions comme des gosses en revoyant des maisons luxueuses avec des jardins fleuris et des jets d’eau ; de nombreux civils, hommes et femmes, et des restaurants bien éclairés avec des nappes blanches sur les tables et des bouquets de fleurs dans les vases. Le premier soir on a donc dîné en ville et vu le cinéma. Puis, le départ étant de plus en plus retardé, on a commencé à s’ennuyer, d’autant plus que c’est un sacré désordre dans ce dépôt des isolés où il arrive et part journellement des quantités de militaires, allant et venant du Maroc, de France, de l’Algérie, de l’extrême Sud (Sahara) et de Tunisie. On est employé à prendre la garde et à faire toutes sortes de corvées - mais le va et vient est tel qu’on peut assez facilement se débiner (4). A l’instant, on nous annonce un départ par Port-Vendres pour demain, ce qui ne serait pas dommage. Nous l’attendons tous, impatients comme des enfants, et la joie et l’attente sont tels qu’on ne songe même pas aux périls de la traversée (5).
Oui, je me présente en 1000 couleurs ce revoir, après presque 3 années de séparation (6) et dans des conditions qui ont, hélas, tellement changé. Et le soir, dans le vacarme de la grande baraque, je me demande cent fois comment je vais vous retrouver, toi et les enfants ... Je n’ai bien entendu aucune nouvelle de toi depuis ta lettre du 17 Août, mais je pense que mes différentes cartes te sont promptement parvenues de sorte que tu ne te fais aucune crainte pour moi.
Notre bataillon a quitté Taza le 1°, et restera dans l’Occidental, au delà de Fez, dans la subdivision de Meknès. Et comme je dois repasser par Oudjda (où je laisse armes et bagages) j’aurai un sacré voyage à faire pour rejoindre la Compagnie. Par Casablanca ce serait beaucoup plus court de Bordeaux à Meknès.
Enfin me voici déjà bien plus proche de toi et quelques jours encore et je t’embrasserai enfin. J’ai tellement faim et soif de toi que je me trouve dans un état d’extrême énervement. Pourvu seulement qu’on parte demain ou mercredi au plus tard.
Je t’embrasse, toi et les enfants, du fond du coeur.
Paul
Notes (François Beautier)
1) - « Dépôt des Isolés » : gîte militaire servant à accueillir les soldats en déplacement individuel temporaire pour rejoindre un lieu de permission, ou en revenir, ou changer d’affectation. Les conditions et règles de vie y sont les mêmes qu’en caserne.
2) - « descendait » : il ne s’agit aucunement d’altitude (Taza est à 500 m d’altitude, comme Oujda) mais d’une expression signifiant que l’on s’éloigne du front (vers lequel on « monte » pour le rejoindre).
3) - « Taourirt » : ville et poste militaire à mi-chemin entre Taza et Oujda.
4) - « se débiner » : s’exempter de corvée (voire de combat), « faire le mur » de la caserne...
5) - « périls de la traversée » : tempêtes de fin d’été et - surtout - torpillages par les sous-marins ennemis (la plupart allemands, quelques-uns austro-hongrois).
6) - « 3 années » : Paul a été incorporé à sa demande dans la Légion le 23 août 1914. Après avoir fait ses classes à Bayonne, où Marthe et les enfants sont venus le rejoindre, il a quitté Bordeaux pour Lyon puis l'Algérie à la fin de l'année 1914.
jeudi 25 août 2016
Lettre des 24/26.08.1916
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| Tenue d'assaut, 1918 |
Madame P. Gusdorf 22 rue du Chalet 22 Caudéran
Taza, le 24 Août 1916
Ma chérie,
Voici donc enfin ta lettre du 2 courant arrivée via Casablanca (1), juste 24 hs avant celle du 13 : le cachet de la Poste indique comme date d’arrivée à Casablanca le 15 Août !
Je constate donc que tu as adopté, après ton voyage à Nantes, le point de vue de Mr. Penhoat, sans toutefois le connaître à ce moment-là, savoir qu’à ton avis toute reprise de l’affaire serait impossible après la guerre, du moins en commun comme par le passé ! Dans ce cas, il y aurait à choisir entre 2 chemins : Ou bien brusquer les choses pour obtenir $ (2), ou amener la dissolution pure et simple, chacun restant libre de faire comme bon lui semble - ou laisser l’initiative d’une séparation à L. pour tâcher de tirer le plus de bénéfice possible d’une renonciation à mes droits, dans quel cas je ne pourrais pas faire la concurrence à L. Tu te rappelles peut-être que notre contrat prévoit, en cas de décès d’un des associés, que celui ou ceux des survivants qui continuent l’affaire payera aux ayants-droit en-dehors du capital du décédé une indemnité pour la quote-part de ce dernier à la valeur de la clientèle calculée sur une échelle assez libérale. Reste cependant à savoir s’il en reste beaucoup, de clients, après 2 1/2 de guerre ou davantage !
Le problème “Quoi faire” (3) après la guerre est sans doute le plus important pour nous, mais je ne tiens pas beaucoup à le discuter par lettre (4), d’autant plus que la fin de la guerre et les conditions de paix joueront un grand rôle dans nos résolutions, pourvu toujours que je m’en tire sain et sauf de cette campagne comme je l’espère. Enfin, nous aurons le temps d’en parler verbalement et j’espère que le moment de le faire ne sera pas trop éloigné !
le 26-8-16
Tu as tort de te formaliser au sujet de ce que tu appelles mes éloges (5). Cette question de “savoir-faire” n’est pas seulement une question d’intelligence, mais surtout d’entraînement, voire même de routine. Tu peux mettre un grand savant, mathématicien, chimiste, ingénieur, et lui donner par exemple des travaux commerciaux, soit de correspondance difficile, soit de comptabilité ou disons même un travail de surveillance de pesage et échantillonnage. Il fera ce travail bien moins bien qu’un employé d’une intelligence moyenne, voire même médiocre, mais qui y est habitué et l’a exécuté depuis des années. Je n’ai jamais dit ou pensé que tu n’étais pas intelligente ; au contraire, je ne t’aurais pas fait la cour ni épousée si je ne t’avais pas crue intelligente ! Mais j’ai estimé que ta force et ton intelligence étaient trop occupées par ailleurs pour que tu puisses t’intéresser à mes travaux utilement. Il y avait à choisir entre la maison et le bureau, surtout tant que les enfants étaient en bas âge, et pour moi le choix était tout fait. D’un autre côté, et malgré ce qu’on dit, on ne peut pas s’affranchir des usages, ou si tu préfères, des préjugés généraux. Et là encore, il ne m’aurait pas été bien agréable de te voir à mon bureau où je recevais une foule de gens ... Enfin, comme l’avenir est encore assez incertain, il se pourrait fort bien qu’après la guerre tu puisses gagner de l’argent et satisfaire tes ambitions. Ce sera une expérience à faire ...
Notre départ est fixé pour dimanche matin, 27 courant (6), toujours pour construire le blockhaus à environ 18/20 km (7) d’ici. Nous resterons certainement une quinzaine de jours dehors, pendant lesquels tu ne recevras que des cartes postales, car, comme bien tu penses, il y aura à travailler dur et ferme et la sieste sera supprimée. Tu ne t’impatienteras donc pas trop ! Tes observations au sujet des pantalons “treillis” et “toile” (8) sont justes, et j’ai pensé trop tard à la différence entre ces deux étoffes. Mais enfin, puisque tu as compris, c’est l’essentiel.
La confiture, prune et groseille, est excellente ; tout le reste de ton colis est encore intact et me suivra au nouveau Blockhaus où il me rendra d’excellents services !
Voilà enfin l’offensive déclenchée aussi dans les Balkans : espérons que ces pauvres Serbes (9) pourront enfin rentrer dans leur pays ! La disparition des Bulgares parmi les belligérants serait un premier acte de justice qui devrait être suivi de près par la reprise de la Belgique (10). Mais celle-ci sera sans doute bien plus longue, car le coup de foudre se fait toujours attendre.
Tes remarques sur la famille Plantain, si elles ne m’ont pas surpris, m’ont tout au moins quelque peu étonné, surtout qu’un rapprochement avec un de tes gestes ou avec une communication d’il y a environ 6 mois (11) devait s’imposer. C’est bizarre, c’est même presque étrange ! Pourquoi Mr. P. te semblait-il si malheureux ?
Embrasse les enfants pour moi et reçois mes meilleurs baisers.
Paul
J’ai lu “Numa Roumestan” et en retire une impression très profonde. Numa, c’est Tartarin du même Daudet, mais plus affiné et malgré tout un peu moins bruyant. Les figures de Rosalie surtout, de Hortense, leurs parents, Tante Portal etc. sont peints avec une rare subtilité et la description du Midi de la Provence et de la petite ville d’Afos est un chef-d’oeuvre (12). Je te retournerai ce livre après la colonne.
Notes (François Beautier)
1) - "Casablanca" : voir la carte postale du 23 août 1916.
2) - "$" : dollar, c'est-à-dire versement d'argent.
3) - "Quoi faire ?" : vraisemblable allusion au très célèbre brûlot de Lénine "Que faire ?" publié en russe à Stuttgart en 1902, lui-même inspiré du roman "Que faire ?" de Nilolaï Tchernychevski publié à Saint-Petersbourg en 1862, ces deux textes étant considérés comme des fondements essentiels de la Révolution russe de 1905 (puis de celle de 1917). Paul pouvait effectivement considérer qu'un jugement définitif de ses différends avec Leconte le libérerait d'un lien avec le passé - liquiderait le passé, ferait table rase - et ouvrirait de nouveaux choix pour la vie de sa famille après la guerre.
4) - "par lettre" : Paul, conscient que les ennuis de Marthe quant à son permis de séjour traduisent un regain de suspicion française envers les "ressortissants ennemis", ne veut pas prendre le risque d'écrire - dans une lettre qui pourrait être lue par l'un des informateurs de sa demande de naturalisation française - qu'il envisagerait éventuellement d'aller s'installer après guerre ailleurs qu'en France comme semble le souhaiter Marthe...
• suite du 26/8/16 :
5) - "mes éloges" : Paul a brutalement traité Marthe de "petite folle" dans la reprise du 20 août de sa lettre du 19, et a détaillé les ordres qu'il lui donnait comme si elle était à peu près incapable de les comprendre dans sa lettre du 21. Mais, au regard du retard qui affecte les courriers, il est plus probable que Marthe se réfère à la lettre du 22 juillet qui commence par des éloges de Paul concernant le rapport qu'elle lui a fait de la situation juridique de ses affaires, et qui s'achève par des mots que Marthe ressent sans doute comme ironiques ou hypocrites : "j'ai été heureux de voir une fois de plus que j'ai une petite femme aussi intelligente et énergique".
6) - "27 courant" : date de départ d'une nouvelle "colonne" contre la rébellion marocaine qui menace et coupe alors la liaison Fès-Taza.
7) - "18-20 km." : il s'agit probablement du Col de Touahar, à 15 km.à vol d'oiseau à l'ouest de Taza, où un blockhaus défensif de la route Fès-Taza est en cours de construction.
8) - "treillis et toile" : le treillis (uniforme militaire d'exercice et de combat) est fait selon les saisons d'une toile épaisse de coton ou de laine (dite "serge" ou "treillis"), alors que la "toile" désigne une étoffe de texture plus fine et fragile, dite aussi "drap" ou "bourgeron", dans laquelle sont coupés les uniformes relativement légers de parade et de sortie. A partir de l'hiver 1915-1916 la couleur du treillis du Légionnaire, auparavant kaki clair (qui avait remplacé le "bleu horizon" selon la directive du 9 décembre 1914) devint kaki foncé (brun verdâtre), mais l'uniforme de sortie demeura clair. Paul avait demandé à Marthe de lui expédier des pantalons d'été à porter pendant les repos au camp (afin de n'avoir pas trop de lessives à faire pour tenir propres ceux de son uniforme de sortie). Il semble qu'il ait négligé de préciser la qualité souhaitée (treillis) et que Marthe ait acheté des pantalons de toile fine en lui faisant remarquer leur différence en terme de légèreté (il s'étonne du prix élevé de ces pantalons dans sa lettre du 19 août, qu'elle n'a sans doute pas encore reçue).
9) - "ces pauvres Serbes" : l'armée serbe reconstituée grâce à l'appui français a été transportée et débarquée à Salonique (actuelle Thessalonique, reconquise en 1912 par les Grecs contre les Turcs) à la fin du printemps et au début de l'été 1916 dans le but de combattre en Grèce les forces bulgares qui y ont pénétré en mai et qui leur barrent le passage vers la Macédoine et la Serbie. L'Armée française d'Orient (forte de 300 000 hommes de nationalités serbe, française, britannique, italienne, grecque, russe, etc.), commandée par le général Maurice Sarrail, se porte en renfort de l'armée serbe qui a commencé à faire reculer les Bulgares à la fin juillet. Au cours du mois d'août, la plaine de Salonique passe sous contrôle allié. Cependant, la Bulgarie n'est pas battue : elle déclare la guerre à la Roumanie le 1er septembre 1916 et lui inflige de lourdes défaites dans les trois mois qui suivent.
10)- "Belgique" : la libération de la Belgique par les Alliés est l'un de leurs grands objectifs de l'année 1916. Cependant le gouvernement belge demeure replié au Havre et les forces allemandes d'occupation de la Belgique se maintiennent fermement et répriment toutes les manifestations patriotiques belges (notamment celle du 21 juillet 1916 - l'hymne national avait été joué sur l'orgue de la cathédrale de Bruxelles - qui coûta à la ville une amende d'un million de marks). Paul n'est pas dupe de son propre optimisme : il relève que la grande offensive espérée ("le coup de foudre" - le foudre étant ici l'arme de Jupiter) n'a toujours pas eu lieu.
11) - "environ 6 mois" : Paul a évoqué une visite en soirée de Mr. Plantain à Marthe dans sa lettre du 3 février 1916. Il semble que Marthe soit méfiante envers l'ami de son époux.
12) - "un chef-d'œuvre" : le roman "Numa Roumestan" d'Alphonse Daudet (1840-1897) fut publié en 1881, soit 9 ans après son célèbre "Tartarin de Tarascon". Le personnage central, Numa Roumestan, natif de la ville d'Aps-en-Provence (une invention inspirée par les villes de Nîmes et d'Aix-en-Provence), est un homme politique qui a fait sa carrière à Paris (ce personnage est inspiré de Gambetta) et qui revient au pays où il compare les mœurs provençales et parisiennes tout en reliant le passé au présent. Il semble que Paul ait apprécié ce livre où l'on peut néanmoins détecter - comme dans tous ceux d'Alphonse Daudet - les racines de l'antisémitisme et de l'antigermanisme dont son fils Léon (1867-1942) fut l'un des chantres assidus.
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lundi 22 août 2016
Carte postale du 23.08.1916
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| Carte postale Paul Gusdorf |
Carte postale Mme P. Gusdorf 22 rue du Chalet 22 Caudéran
Taza, le 23/8 1916
Ma Chérie
Voici enfin ta longue lettre du 2 courant qui vient d’arriver via Casablanca (1)! J’y répondrai ce soir ou demain, car notre départ semble encore une fois remis à plus tard.
Mes meilleurs baisers pour toi et les enfants.
Paul
Note (François Beautier)
1) - "Casablanca" : port marocain sur l'Atlantique, en relation pour le courrier et le fret militaire avec Bayonne et Bordeaux. Le courrier à destination de la Légion au Maroc passait habituellement par Oran et Alger, en provenance de Marseille. Un regain d'activité de la marine autrichienne aidée par des sous-marins allemands ( dont le redouté U.35, qui battit, sous le commandement du célèbre Lothar von Arnauld de la Perière, tous les records de torpillages réussis de l'ensemble de la Grande Guerre) contre la marine italienne et les convois alliés, obligea pendant l'été à remplacer en partie les liaisons maritimes françaises entre Marseille et l'Algérie par des lignes entre Casablanca et les ports français de l'Atlantique. Or, à la même époque, la guérilla marocaine (partie prenante de la Grande révolte arabe) retarda souvent, voire interrompit temporairement la liaison terrestre entre Fès et Taza, ce qui ralentissait le flux du courrier et du fret militaires arrivant par Casablanca.
mercredi 11 mai 2016
Carte postale du 12.05.1916
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Carte postale Madame P. Gusdorf 22 rue du Chalet 22 Caudéran
Taza, le 12 Mai 1916
Chérie,
En rentrant d’une longue marche militaire, je viens de trouver tes lettres des 25 Avril (via Casablanca) et 3 Mai auxquelles je te répondrai demain d’une façon plus détaillée.
Si tu mets 2 journaux sous la même bande, mets donc une petite ficelle pour les lier, car il arrive assez souvent que le 2° se perd en route.
Mes meilleurs baisers pour toi et les enfants.
Paul
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