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mercredi 30 mai 2018

Carte postale du 31.05.1918

Carte postale Paul

Carte postale  Monsieur Georges Gusdorf  22 rue du Chalet 22  
Caudéran

El Hamman, le 31/5/18

Mon cher petit Georges,

J’ai bien reçu tes deux dessins avec la dernière lettre de Maman. Tous les messieurs portent donc maintenant un chapeau haute-forme? Mais pourquoi ne m’envoies-tu plus de lettres, petit paresseux? Est-ce que tu vas mieux? Tousses-tu encore? 
Une bonne bise pour toi et tes soeurs ainsi que pour Maman, le bonjour pour Hélène.


Papa

mercredi 7 mars 2018

Carte postale du 08.03.1818

Région d'Aïn Leuh, vallée d'Ifrane

Carte postale  Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

le 8-3-18

Ma chérie,

Il pleut à torrents, c’est réellement le temps rêvé pour partir demain!
Bons baisers,

Paul


vendredi 2 mars 2018

Carte postale du 03.03.1918



Carte postale  Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22 Caudéran

Meknès, le 3/3 18

Ma chérie,

Je profite de mon dernier dimanche à Meknès (noyé comme je suis dans mon travail) de t’envoyer quelques vues de la Ville. Voici la plus grande des fontaines dont je t’ai parlé. Malheureusement toute la partie supérieure et notamment la merveilleuse bordure est couverte par l’ombre.
Mes meilleures tendresses pour toi et les enfants. Le bonjour pour Hélène.


Paul

mardi 14 novembre 2017

Carte postale 15.11.1917

Carte postale Paul

Carte postale  Monsieur Georges Gusdorf  22 rue du Chalet 22  
Caudéran

Fez, le 15/9bre 1917

Une bonne bise de la capitale du Maroc.

Papa


Apprends-tu maintenant avec Melle Arfeuille?

mercredi 6 septembre 2017

Carte postale du 07.09.1917

Carte postale Paul


Carte postale  Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Dépôt des Isolés
Oudjda, le 7/9 17

Ma Chérie,

Cela commence à devenir tout de même long ici à Oudjda ! Heureusement que le grand Kaïd (1) m’a promis que je serai le 16 avec toi, sans cela je pourrais désespérer, car voilà près de I5 jours qu’on est partis de Taza.
Bons baisers et à bientôt.


Paul


Note (François Beautier)
1) - « le grand Kaïd » : cette expression d’origine arabe (le caïd étant le chef) désigne en argot militaire le chef de corps, c’est-à-dire le plus souvent le colonel du régiment.


mercredi 19 juillet 2017

Carte postale du 20.07.1917

The Gathering, M'sila


Carte postale  Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Bivouac du Djebel M’Lila (1)
                                           le 20-7-17


Ma Chérie,

Je te confirme ma carte du 18 (2). Nous sommes pour quelques jours ici, faire les premiers travaux pour l’installation d’un poste (3); nous serons probablement de retour à Taza dans une huitaine. Malgré la chaleur intense je me porte toujours bien. Comment vas-tu ? Je suis toujours sans tes nouvelles.
Bons baisers pour toi et les enfants.


Paul

Notes (François Beautier)
1) - « Djebel M’Lila » : en fait « Djebel M’sila » (actuel M'sila), village et sommet du versant ouest de l’oued Lahdar, à 25 km environ au nord de Taza et à une douzaine de km au sud du poste de El Gouzat.
2) - « carte du 18 » : ce courrier manque.
3) - « un poste » : en position élevée à 700 m d’altitude, ce poste était destiné à empêcher les rebelles marocains installés sur le versant sud du Rif au nord de Taza de rejoindre ceux de l’Atlas (au sud de la ligne Fès-Oujda par Taza) alors qu’ils s’acharnaient à y parvenir au prix de combats de plus en plus violents depuis juin 1917.

mardi 6 juin 2017

Carte postale du 07.06.1917

Bivouac au poste de Touahar


Carte postale  Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Touahar, le 7 juin 1917

Ma chérie, 
Je serais content de savoir si Suzette va mieux. Ne pourrais-tu pas, ces jours-ci au moins, m’écrire journellement une carte postale comme celle-ci?
Je t’ai adressé la semaine dernière 3 journaux sans bande (2° Tranchée; 1 extrait des Annales); les as-tu reçu ainsi que le Canard Enchaîné?
Mille baisers pour toi et les enfants.




Paul



Chers lecteurs, 

Entre cette carte postale datée du 7 juin, et une lettre adressée à Suzanne datée du 7 aout, une seule carte, envoyée d'un bivouac le 20 juillet, nous est parvenue.
Nous n'avons aucune explication à présenter pour cette interruption.
Peut-il s'agir d'une rupture dans la correspondance? La maladie de Suzanne, à laquelle  Paul fait allusion, a-t-elle entraîné ce hiatus? Une dispute entre les deux époux a-t-elle interrompu provisoirement le flot de courrier? C'est difficile à imaginer: leurs échanges, on l'a vu,  sont plutôt plus fréquents dans ce type de circonstances. 
On penserait  plutôt à des circonstances qui font que du côté de Marthe, les lettres n'ont pas été conservées, ont été détruites, ou perdues.
Tout peut être imaginé. 
Une intervention catastrophique des enfants, en âge maintenant de faire des bêtises, et peut-être jaloux de ce lointain étranger dont leur mère est occupée si souvent; une erreur ancillaire - quoiqu'on imagine mal la fidèle Hélène faisant disparaître des documents aussi précieux; un accident domestique, départ de feu ou inondation, duquel cependant la correspondance subséquente ne porte aucun trace; une remise en ordre de la maison, type nettoyage de printemps, au cours de laquelle les fragiles feuillets auraient été égarés...
Les échanges contenaient-ils des passages susceptibles de remettre en cause la permission tant attendue, dont les deux époux ne parlent plus depuis le 12 avril, et ont-ils été détruits pour cette raison?
Cent ans après, personne n'est là pour nous le dire.
Chers lecteurs, merci de votre fidélité, et à bientôt.

Anne-Lise Volmer-Gusdorf



samedi 22 avril 2017

Carte postale du 23.04.1917




Carte postale  Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Taza, le 23-4-17

Ma Chérie,

Merci pour tes lettres des 12 et 15 courant ainsi que du mandat qui vient de me parvenir en même temps. Il est officiel maintenant que nous partirons demain pour Touahar (Territoire de Taza) où je te prie d’adresser dorénavant ma correspondance.
Je me réfère à ma lettre d’hier et t’envoie ainsi qu’aux enfants mes meilleurs baisers.


               Paul

samedi 8 avril 2017

Carte postale du 09.04.1917

La Légion en marche
Carte postale  Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Souk Essept (1), le 9 Avril 1917

Meilleurs souvenir de ce sacré bled !
L’opération principale contre Abd el Malek est heureusement terminée (2) et je pense que nous serons de retour à Taza pour la fin de la semaine. Cependant, rien n’est encore certain.
Mille baisers pour toi et les enfants.

Paul




Notes (François Beautier)
1) - "Souk Essept" : officiellement Souk es Sebt, lieu-dit proche de Aïn Bou Kellal, à 18 km au nord-nord-est de Taza.
2) - "terminée" : le camp d'Abdelmalek a été attaqué et pris conjointement par les Groupes mobiles de Taza et de Fès le 6 avril 1917 (le livret militaire de Paul indique qu'il a participé à cette opération), mais le chef des rebelles a réussi à s'échapper, de la même façon qu'en janvier 1916.

vendredi 24 mars 2017

Carte postale du 25.03.1917



Carte postale  Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22 Caudéran

Taza, le 25 Mars 1917

Ma Chérie,

Rentrant à Taza, j’ai bien trouvé ta lettre du 13 courant à laquelle je répondrai demain. Comme déjà dit 6 à 8 fois, les mandats de Janvier et Février me sont bien parvenus. 
Meilleurs baisers pour toi et les enfants.


Paul

vendredi 10 mars 2017

Carte postale du 11.03.1917

Carte postale de Paul Gusdorf


Carte postale  Madame P; Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Taza 11/3 17

Je viens de recevoir ta lettre du 28 écoulé et te confirme la mienne du 8 courant. Je t’adresserai demain une lettre, souffrant aujourd’hui effroyablement des dents : cette sacrée racine que le dentiste m’a laissée il y a quelques mois.
Meilleurs baisers pour toi et les enfants.

Paul



mardi 31 janvier 2017

Carte postale du 01.02.1917

Porte de Bab el Rih à Taza (porte du vent) Document Delcampe


Carte postale Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Taza, le 1° Février 1917

Ma Chérie,

J’ai bien reçu ta lettre du 22 Janvier et viens de réclamer auprès de l’Officier transitaire d’Oujda (1) de faire des recherches pour mon colis ou bien de me rembourser sa valeur. Toutefois, comme le colis de fruits, d’après la Maison Magne, était parti d’Oran le 20/12, il n’est pas impossible que celui de Taza arrive encore, ce que je préfèrerais - car j’avais dans l’idée que le contenu te plairait !
Tu auras l’obligeance de me prévenir promptement le cas échéant.
Mille baisers pour toi et les enfants.


                                              Paul


Note (François Beautier)
1) - Oujda : dernière ville marocaine sur la route Taza-Oran (Algérie).

dimanche 18 décembre 2016

Carte postale du 19.12.1916

Carte postale Paul

Carte postale  Madame Paul Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

le 19/12/16

Ma Chérie,

Je trouve par hasard une des premières vues prises après l’occupation de Taza et qui représente précisément un coin du bivouac de notre bataillon. Tu y vois la petite guitoune, dite “guignol”, dont on se sert en colonne, et au fond les vieux remparts qui entourent toute la ville. 
Je te confirme ma lettre d’hier et t’envoie, ainsi qu’aux enfants, mes meilleurs baisers.

Paul


Est-ce qu’Hélène est rentrée ? Le bonjour pour elle.

mardi 6 décembre 2016

Lettre du 07.12.1916





Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Taza, le 7 Décembre 1916

Ma Chérie,

Voilà enfin mon colis en route et je t’assure que cela n’a pas été sans peine. L’objet te destiné était trop lourd pour être expédié par la poste comme échantillon recommandé. J’étais donc forcé de le mettre dans une caisse pour en faire un colis postal dont l’expédition fait toute une histoire ici. Car non seulement il faut le porter à la gare qui est à presque une heure de la ville haute, mais il faut encore prendre par l’entremise du vaguemestre un mandat pour l’Officier Transitaire à Oujda représentant les frais de transport qu’on ne peut pas acquitter ici ! Arrivé (la 2° fois) à la gare - car la 1° fois je n’avais pas pris le mandat, j’ai dû rouvrir la caisse pour en sortir le livre “la Guerre des Mômes” (1), le colis pesant plus de 3 kg, poids pour lequel j’avais pris le mandat. La caisse ne contient donc plus que ton cadeau, “Numa Roumestan” (2) et un petit foulard en soie destiné à Alice pour son dernier anniversaire. Toutefois, en réfléchissant, je trouve que l’étoffe de ce foulard est tellement mince qu’Alice n’aurait qu’à le toucher pour l’abîmer. Tu le lui mettras donc de côté pour plus tard , ou bien il te servira comme dessus de table. Comme cependant il est composé de couleurs éclatantes, comme c’est l’usage ici, il ne pourra peut-être pas servir à ce dernier usage. J’espère que le tout arrivera en bon état ainsi que les fruits et à temps pour être placé sous l’arbre de Noël.
En allant à la gare militaire, j’ai vu aussi pour la première fois de près la gare civile qui s’élève plus près de Taza et sur le front de la ville européenne (dont il n’existe encore que le mur d’enceinte pour le moment). Cette gare, tout en blanc, est un très beau monument en style arabe comme peu de villes françaises en ont. Elle est très vaste et sans doute construite en perspective de la voie ferrée normale qui, plus tard, remplacera le chemin de fer stratégique à voie étroite. Le champ d’aviation avec de grands hangars se trouve également de ce côté-là - mais il y avait tellement de boue dans ces parages que j’avais hâte de rentrer avant la pluie.
“La Victoire” du 28 Novembre dont j’ai pu voir seulement un numéro publiait sous sa fameuse colonne “Peut-on le dire ?” - qui contient des réclamations souvent violentes d’ordre militaire, l’entrefilet suivant : Peut-on dire que ceux de la Légion qui vont en colonne au Maroc, dans le Maroc Central, et qui ont leur famille en France, mériteraient bien une permission de temps en temps depuis deux ans qu’ils triment là-bas ? - Peut-on dire au ministre, à ses subordonnés et à l’opinion publique ignorante, qu’on n’a pas nécessairement tué père et mère quand on est à la Légion (3)?
C’est là peut-être un commencement de campagne en faveur des permissions pour les légionnaires, peut-être aussi est-ce une façon élégante de condenser ce problème en quelques lignes qui ne compromettent personne ???
Ainsi que je le disais sur ma dernière carte, la lettre du 17 m’est parvenue via Casablanca - Fez. Ce que tu me dis au sujet de Siret (4) confirme bien mes suppositions déjà émises qu’il travaille pour une maison locale ; et comme c’est pour un courtier maritime, il est plus que probable qu’il n’y gagne pas lourd, car Mr. Berraut qui avait autrefois la clientèle de B. ainsi du reste que de Colombier (5), ne la menait pas large (6)! Que Woolougham, marchand de charbon et homme aisé, se chauffe au soleil - voir l’histoire de Diogène - n’est pas banal, et pourtant je doute fort que ce soit le pur patriotisme qui l’ait engagé à suivre ce traitement préconisé par certains médecins sous forme de “bains de soleil” (7). Tu dois pouvoir vérifier toi-même si Mme Robin a été payée à termes échus par Leconte ; je ne me rappelle naturellement point de l’arriéré que nous avions chez elle. Mais je crois fermement que tu te trompes en ce qui concerne les dispositions du moratorium. Je sais pertinemment qu’au moins pendant la première année de la guerre tout homme sous les armes bénéficiait du moratorium quel que fût le montant de son loyer !
Pour les hommes non mobilisés il y avait bien des restrictions quant aux chiffres, mais je ne crois pas que le décret ait été modifié pour les hommes présents sous les drapeaux. Renseigne-toi donc si possible : il y a de petites brochures traitant cette question (8).
Que l’acacia te servira pour faire du feu n’a certainement pas été prévu par toi lorsque la question s’est posée pour la première fois ? 
J’ai aussi tes lignes des 26 et 29 Novembre qui se trouvent en partie répondues par ma dernière lettre. Il ne faut cependant pas croire que si la vie ici a eu pas mal d’influence sur mon physique, mon moral en soit sérieusement atteint. Je n’ai pas trop perdu de mon optimisme, en mettant naturellement à part l’humeur des jours de grande pluie où l’on est forcé de se traîner dans la boue et sous les averses. Mais d’une façon générale, j’envisage l’avenir sans crainte aucune et je compte fermement que c’est le dernier hiver que je passe au Maroc. Même les agissements de Leconte et l’attitude du Proc. (9) ne m’éprouvent pas outre mesure. Ce qui cependant m’agace, c’est ton insistance acharnée de me prouver que tôt ou tard nous allons mourir de faim et de froid - que nous sommes poursuivis et tracassés de tous les côtés et que si j’échappe aux balles marocaines, il me tombera forcément une tuile sur la tête en rentrant à Bordeaux. Je veux bien admettre que tu penches un peu au pessimisme, mais est-ce une raison pour que tu me reproches sans cesse de l’inertie, du manque d’énergie et de la résignation parce que tu ne me fais pas partager tes idées noires ? 
Voilà tout simplement les raisons qui m’ont dicté la lettre qui t’a tant choquée ! Car à côté de cela tu sembles vexée que je n’approuve pas sans restrictions toutes les démarches que tu proposes et tous les projets que tu fais parce que je suis persuadé que lesdits projets et démarches n’auront aucun but pratique et que ce serait du temps perdu.
Je reviendrai dans ma prochaine lettre encore sur les autres questions que tu me poses. Mais sache en attendant que si je n’écris pas plus souvent c’est que réellement je n’en ai pas le temps et que ce n’est pas pour te faire souffrir comme tu sembles encore te l’imaginer !
Je suis vraiment content de savoir que les deux petits ont recouvert (10) leur robuste santé et j’aime espérer qu’il en va de même avec toi bien que tout me fasse craindre que tu te consumes lentement avec toutes tes idées noires.
A bientôt.
Bien à toi,

Paul



Notes (François Beautier, Anne-Lise Volmer)
1) - "La guerre des Mômes" : ce livre d'Alfred Machard avait été promis à Alice pour son anniversaire dans la lettre du 26 novembre 1916 (voir cette lettre), ce qui démontre que Paul ne savait plus la vraie date de cet anniversaire (le 30 octobre) et qu'il n'avait pas tenu sa promesse.
2) - "Numa Roumestan" : Paul, dans sa lettre du 24 août 1916 avait annoncé à Marthe qu'il lui expédierait ce livre d’Alphonse Daudet après l'avoir lu. Encore une promesse non tenue ? 
3) - "quand on est à la Légion" : il se pourrait fort que ce texte soit précisément celui que Paul envisageait d'adresser aux journaux d'opposition (dont "La Victoire" de Gustave Hervé) dans sa lettre du 1er novembre 1916 (voir cette lettre) et qu'il aurait effectivement envoyé à "La Victoire" si l'on se réfère à sa lettre du 28 novembre. On relève en effet dans le texte publié par ce journal et intégralement cité par Paul des thèmes chers à ce dernier : le primat de la géographie naturelle (Maroc central) sur la géographie administrative (les deux Maroc de Lyautey) ; le thème du travail (ils "triment") plutôt que celui des combats ; le thème du martyr ayant seul raison contre les chefs et la foule ignorante (voir son admiration pour la pièce d'Ibsen "Un ennemi du peuple" dans sa lettre du 3 décembre). Enfin, on peut détecter dans cette façon de citer intégralement un texte réputé anonyme une tactique particulière de Paul consistant à multiplier auprès de son censeur éventuel à la fois les signes de sa détermination à revendiquer ses droits et de son consentement à respecter les usages de la "Grande muette". Notons aussi le compliment qu'il s'adresse plus bas: "une façon élégante", et la remarque finale, "qui ne compromettent personne": c'est bien le genre d'humour de Paul!
4) - "Siret", ancien employé de la société Leconte, renvoyé en janvier 1916, de ce fait contraint à un emploi de substitution moins rémunéré.
5) - "Colombier" : les trois courtiers maritimes désignés "Berraut", "B." et "Colombier", apparaissent ici pour la première et dernière fois dans le courrier de Paul. 
6) - "ne la menaient pas large" : expression populaire signifiant "mener une vie étroite" par opposition à "mener une grande vie".
7) - "bains de soleil" : qu'a donc pu dire ou faire l'ami américain Wooloughan (ici affublé d'un m final, comme dans la lettre du 30 juillet 1916) qui puisse conduire Paul à hésiter entre trois interprétations : le dénuement volontaire (à la Diogène), la francophilie forcenée (éviter à la France d'importer du charbon) ou la pratique sanitaire du nudisme ? 
8) - "traitant de cette question" : depuis novembre 1915, Paul a demandé au séquestre de faire verser par la société L. Leconte & Cie les loyers du logement de Marthe à Caudéran. Cette question des loyers n'est pas plus claire dans l'esprit de Marthe que dans les hésitations des gouvernants et parlementaires (voir la note concernant Mme Robin dans la lettre du 30 juillet 1916);
9) - "le proc." : le procureur.
10) - "recouvert" : recouvré.


vendredi 14 octobre 2016

Carte postale du 16.10.1916

En août 1916, l'écrivain Guy de Pourtalès rachetait des actions de la Tribune de Genève avec les fonds de la Maison de la Presse Française, chargée de la propagande.


Carte postale  Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Touahar, le 16 Octobre 1916

Ma Chérie, 
Merci pour les journaux et le très intéressant numéro de la Tribune de Genève (1) que j’ai lu avec beaucoup d’intérêt. Je t’enverrai demain une coupure de journal anglais qui parle des buts de la guerre et qui t’intéressera sans doute aussi beaucoup. 
Le travail ici est toujours poussé activement et il semble à peu près certain que nous retournerons à Taza à la fin de la semaine. Heureusement que nous avons - à l’exception du sirocco - un très beau temps.
Meilleurs baisers pour toi et les enfants.


Paul

Note (François Beautier)
1) - "Tribune de Genève" : quotidien suisse francophone fondé en 1879 par un banquier américain. Populaire par son faible prix (compensé par des recettes publicitaires) il est aussi très sérieux par la qualité de ses informations. Pendant la Première Guerre mondiale, son rédacteur en chef Édouard Bauty maintient l'indépendance de ce journal envers les partis et les États frontaliers, avec cependant une tendance francophile.