Affichage des articles dont le libellé est Meknès. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Meknès. Afficher tous les articles

dimanche 2 décembre 2018

Lettre du 03.12.1918

Marthe et les quatre enfants à Caudéran en 1921

Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22 Caudéran


Aïn Leuh, le 3 Décembre 18

Ma chérie, 

Depuis ma lettre du 1° courant, j’ai reçu les tiennes des 15 et 18 écoulé ; devant descendre demain matin à Meknès (où j’arriverai le 6) je vais te répondre encore ce soir, installé au “foyer du soldat” (1) qui nous fournit gracieusement le papier et de quoi écrire. 
La lettre de Me Palvadeau que tu m’annonçais n’était point jointe : comme elle arrivera probablement avec le prochain courrier, il est infiniment probable que je ne la verrai jamais (2) ! Au sujet de ma santé, tu es rassurée entretemps ; encore une fois je me porte à souhait et j’espère bien éviter toute rencontre avec la grippe espagnole. Toutefois, il me serait très difficile de suivre les bons conseils que tu me prodigues à profusion : Comme soldat, il est déjà difficile d’éviter les casernes ou si tu préfères les baraques qui les remplacent dans ce pays ; il est même comme de juste défendu de découcher si par hasard on trouvait un hôtel à Aïn Leuh, Ito (3) ou El Hadjeb (4). Comme je ne pourrai prendre que le bateau du 20 à Casablanca, je resterai au moins du 6 au 15 à Meknès où je dois encore coucher à notre dépôt, ainsi du reste que les 3 nuits à Casablanca. Pendant le trajet en chemin de fer Meknès-Casa (5), on peut coucher à l’hôtel à Dou bel Anri (6) et à Rabat - mais on paie en conséquence, cela va sans dire, et il est bien entendu en outre que pendant les 3 jours de marche d’Aïn Leuh à Meknès on dépense pas mal d’argent pour sa nourriture - 90 km à pattes font de l’appétit et de la soif, ainsi que les 3 jours en bateau. C’est cela du reste qui m’a empêché de t’envoyer de l’argent, ce qui avait été mon idée primitive, vu le retard excessif de Me Palvadeau de t’envoyer les fonds. Enfin, je ne puis qu’espérer que tu tiendras jusqu’à mon arrivée !
Pour le reste de ta lettre je ne puis pas non plus partager ton avis qu’on nous laissera tout juste nos yeux pour pleurer, mais comme je sais que tu n’es pas heureuse si tu ne peux pas te faire du mauvais sang, je renonce à combattre tes arguments, d’autant plus que j’ai essayé déjà maintes fois de le faire sans succès ! Et puis ton raisonnement au sujet de mon avenir et de mon sort est tellement ... comment dirai-je pour ne pas te froisser ? - confus - qu’avec ton tempérament je commencerais à me faire du mauvais sang pour ta santé ... Ne continuons donc pas dans ce style de nous traiter d’idiots car dans ce cas il vaudrait décidément mieux se suicider sur place. 
A bientôt donc !
Meilleurs baisers pour toi et les enfants.

Paul

P.S. Les bateaux de Casablanca arrivant presque toujours la nuit, ne fais pas la sottise de te renseigner sur l’heure à la Transa (7) pour aller au quai, car on passe, paraît-il, encore une visite sanitaire à bord, de sorte qu’on ne débarque que quelques heures après l’arrivée, ordinairement le lendemain matin. D’après ce qu’on dit l’encombrement à Casa est tel que je ne pourrai guère embarquer avant le 30 Décembre.


Notes (François Beautier)
1) - « Foyer du soldat » : à la fois bar et boutique, il est géré par la caserne. 
2) - « jamais » : Paul espère que d’ici l’arrivée de ce courrier il aura quitté le casernement. Ce courrier obsolète ne lui sera alors vraisemblablement pas réexpédié. 
3) - « Ito » : ville étape (maintenant touristique) à 45 km à vol d’oiseau au sud-sud-est de Meknès (voir le courrier du 1er janvier 1918 et la note correspondante).
4) - « Hadjeb » : en fait El Hajeb, étape à 30 km à vol d’oiseau au sud-sud-est de Meknès (Paul y a passé la nuit du 30 au 31 décembre 1917, voir sa lettre du 1er janvier 1918).
5) - « Casa » : Casablanca.
6) - « Dou bel Anri » : en fait Dar Bel Amri, petite ville étape sur la voie ferrée Meknès-Rabat par Kénitra (alors la seule) à 50 km au nord-ouest de Meknès.

7) - « la Transa » : la Transat, c’est-à-dire la Compagnie générale transatlantique, fondée en 1855, qui exploitait alors la ligne maritime Bordeaux-Casablanca, que Paul comptait emprunter avant le 30 décembre 1918. Faute de courrier ultérieur, il est difficile de savoir si ce fut le cas. Cependant, il est vraisemblable que Paul prit ce bateau à cette date, et débarqua donc à Bordeaux trois jours plus tard, le 2 janvier 1919. En effet, son livret militaire indique la date du 31 janvier 1919 comme date d’envoi en congé illimité (juste avant l’échéance d’une permission de détente d’un mois, que ce congé prolonge donc indéfiniment) et la date du 2 février 1919 pour la délivrance d’une carte d’alimentation civile (ce qui se faisait un mois après la démobilisation). 

mercredi 14 mars 2018

Lettre du 15.03.1918



Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Aïn Leuh, le 15 Mars 1918

Ma Chérie, 

Ainsi que je te l’annonçais par ma carte postale du 13, nous sommes arrivés ici avant-hier, reprendre garnison. Malheureusement je suis toujours sans tes nouvelles et comme le courrier via Meknès n’arrive ici que tous les 3 jours pour repartir le lendemain, je ne peux avoir une lettre que ce soir au plus tôt. Comment vas-tu et comment vont les enfants ? Les 2 petits sont-ils enfin complètement rétablis de leur rhume et Georges a-t-il cessé de tousser ? Suzanne a sans doute vite rattrapé le terrain perdu à l’école. Je serais bien content de recevoir une copie exacte de ses dernières notes. 
Notre marche de Meknès à Aïn Leuh (1) s’est effectuée dans de meilleures conditions qu’on aurait pu prévoir après la semaine de pluies torrentielles. Toutefois le terrain était bien détrempé pendant les deux premières étapes, mais le temps était sec et beau. La première étape, de Meknès à El Hadjeb, (32 à 33 km) a été la plus dure - je ne sais pas pour quelle raison - pour presque tout le monde. Moi particulièrement, j’ai été rarement aussi fatigué que ce jour là et si je n’avais pas eu la bonne fortune d’attraper un mulet et faire ainsi 2 heures en cavalier, je crois que j’aurais dû monter sur une des arabas (2) du convoi. Enfin, ces deux pauses à mulet m’ont complètement remis et j’ai très bien marché les jours suivants. Dans la région d’Ito, en abordant le plateau qui est plus élevé qu’Aïn Leuh (3), nous avons trouvé beaucoup de neige et le changement de température se faisait durement sentir. Ici, la forêt est encore blanche, mais le poste même et ses abords immédiats sont complètement dégagés. Cependant, le vent est frais et il y a une grande différence avec le climat de la plaine de Meknès. Nous allons rester ici peut-être 1 mois à 1 1/2 mois, puis les colonnes vont sans doute commencer vers la fin du mois d’avril. Il paraît que nous allons être presque tout l’été dehors pour construire des postes devant assurer la communication avec le Sud, c.à.d. la région de Bou Denib (4), la haute Moulouya (5) - que sais-je ! Inutile de te dire que nous ne sommes pas du tout impatients de reprendre le large, surtout nous autres engagés pour la durée de la guerre. Nous attendons tous “le miracle”, celui qui doit amener la paix et on entend souvent des réflexions de ce genre : “Le jour où la paix sera signée, je me saoulerai comme jamais de ma vie ...” “Le jour de la paix, je ne lèverai plus une pelle ...” Ah là là, que de bonnes intentions ou d’illusions qui se réaliseront Dieu sait quand ... Car pour le moment, on est réduit ici aux seuls communiqués qui laissent croire que le tir est définitivement interdit au front (6) ... Et cette grande offensive ne se fera peut-être jamais, vu les sacrifices énormes qu’elle exigerait ... Pas de courrier de France, ni journaux depuis presque 15 jours ...
Enfin, cela y est, voilà tes lettres des 24 et 27 Février avec celle de Me Palvadeau (7). J’ai attendu jusqu’au dernier moment de sorte que je suis forcé maintenant de faire vite pour que ma lettre parte ce soir ou plutôt demain matin avec le courrier. J’ai télégraphié aussitôt à Me Palvadeau “Accepte acte cession Leconte” pour ainsi en finir de cette histoire. Car une fois en possession de mon argent, j’attendrai le vieux renard (8) qui, le cas échéant, devra m’attaquer ! C’est du reste le même texte que celui de l’acte passé avec Mr. Penhoat. L’essentiel est que le paiement de ta pension reprenne aussitôt et sous ce rapport j’attends avec impatience tes nouvelles ultérieures.
Laisse-moi finir pour le moment pour que cette lettre parte ; je t’écrirai demain plus longuement (9). Le cas échéant, tu peux indiquer Mr. Penhoat comme nous ayant prêté de l’argent ; tu te mettras simplement d’accord avec lui sur le montant à indiquer (800 à 1000 Frs.)
Mille baisers pour toi et les enfants.


Paul


Notes (François Beautier)
1) - « Meknès à Aïn Leuh » : ce trajet d’une centaine de km au sol prend trois jours pour les colonnes se déplaçant à pied et une journée pour les auto-camions et voitures, faute d’une bonne route à travers le piémont du Moyen Atlas, par El Hajeb, le col d’Ito, la Forêt des Cèdres, et Azrou. 
2) - « arabas » : mot turc désignant le traditionnel char à bœufs couvert. 
3) - « plus élevé qu’Aïn Leuh » : impression fausse puisque le col d’Ito grimpe à 1428 m d’altitude alors que le casernement d’Aïn Leuh se situe à un peu plus de 1500 m d’altitude. Cette impression s’explique sans doute par la forte proximité de sommets dépassant les 2000 m au-dessus de la vallée où s’étire le village d’Aïn Leuh, étagé de 1350 à 1600 m. 
4) - « Bou Denib » : en fait Boudnib, porte du désert du Maroc oriental en direction du Sahara algérien, sur le versant sud du Haut Atlas, à 220 km au sud-est d’Aïn Leuh. C’est à l’époque un site que la France consolide pour en faire l’un des points clés de la stratégie de Lyautey consistant à empêcher les différents groupes rebelles marocains de se réunir dans le secteur de Khénifra (qui tient le carrefour des axes reliant les deux Maroc, l’Oriental et l’Occidental) et à couper en deux le « bloc berbère » (rebelle) par un axe tenu par les Français à travers le Moyen Atlas entre Meknès et Boudnib.
5) - « haute Moulouya » : la haute vallée de l’oued Moulouya, au sud et à l’est de Khénifra, est en effet l’enjeu des stratégies opposées des Berbères et des Français, les premiers pour se regrouper, les seconds pour les en empêcher. 
6) - « interdit au front » : la victoire des empires centraux établie par les paix du 3 mars avec la Russie puis du 18 avec la Roumanie, a pu laisser croire en un endormissement de la guerre. Cependant cette illusion cachait la préparation des grandes offensives souhaitées finales du printemps 1918.
7) - « Me Palvadeau » : avocat de Paul, auprès du tribunal de Nantes qui gère le séquestre de ses biens et notamment de ses parts du capital de la société L. Leconte.
8) - « le vieux renard » : L. Leconte, qui avait suspendu le paiement à Marthe de la pension qu’il s’était engagé à lui verser au titre de participation de Paul aux bénéfices de la société.
9) - « longuement » : la lettre annoncée n’a pas été conservée.

vendredi 2 mars 2018

Carte postale du 03.03.1918



Carte postale  Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22 Caudéran

Meknès, le 3/3 18

Ma chérie,

Je profite de mon dernier dimanche à Meknès (noyé comme je suis dans mon travail) de t’envoyer quelques vues de la Ville. Voici la plus grande des fontaines dont je t’ai parlé. Malheureusement toute la partie supérieure et notamment la merveilleuse bordure est couverte par l’ombre.
Mes meilleures tendresses pour toi et les enfants. Le bonjour pour Hélène.


Paul

dimanche 14 janvier 2018

Carte postale du 15.01.1918

Carte postale Paul Gusdorf

 Monsieur Georges Gusdorf  22 rue du Chalet 22  
Caudéran

15/1/18

Mon cher petit Georges, 





Maman m’écrit que tu es  bien malade depuis 3 semaines et que tu souffres beaucoup. J’espère que cette vilaine maladie est guérie maintenant et que tu peux déjà te lever et jouer comme avant. Donne-moi bientôt de tes nouvelles et reçois, mon cher petit, les meilleurs baisers de ton

Papa

samedi 13 janvier 2018

Lettre du 14.01.1918

Une fontaine, Meknès. Maroc 1915 – Photo © Joseph Miquel


Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Meknès, le 14 Janvier 1918

Ma Chérie,

Après avoir mis ta lettre du 13 à la poste j’ai reçu hier soir tard tes lignes des 23 et 27 Décembre et du 1/2 Janvier. Je profite du dernier jour avant le départ pour t’adresser encore ces lignes, car Dieu sait quand j’aurai le temps de t’écrire plus longuement en route.
Je suis infiniment content d’être sans télégramme et vois avec angoisse les porteurs de dépêches (1) traverser la cour de notre quartier. Pneumonie (2) - comment bon Dieu a-t-il pu attraper cela ? De toutes façons, puisque la crise décisive a eu lieu le 9° jour, c.à.d. le 5 ou au plus tard le 6 Janvier, je compte que tout danger est écarté à présent, puisque sans cela j’aurais eu ton télégramme ...
Et de cette façon tu n’auras pas seulement passé une triste fête de Noël, mais encore un mauvais jour de l’an et - probablement encore - un aussi triste anniversaire (3). Et  comme je ne sais point quand je trouverai un moment pour t’écrire en route, je vais t’envoyer déjà aujourd’hui mes meilleurs voeux et félicitations pour le 30. Que ce soit au moins la dernière fois que nous sommes séparés ce jour-là. Tu sais que dans la situation où je suis je dois me borner à ces voeux, mais je compte pouvoir t’envoyer le souvenir en question aussitôt que nous serons rentrés de la colonne du Tadla Kénifra (4).
Tu as tort de penser que “mes sentiments ont baissé avec la température” et tort de même avec ton observation sur la réponse présomptive que je te ferais relativement aux enfants. Tu oublies une fois que tu ne m’as point répondu sur le ton des lettres qui t’ont suggéré cette petite ironie, ou plutôt que tu m’as répondu ne pouvoir écrire sur le même ton ou dans le même style. D’un autre côté nous n’avons jamais eu des complications aussi graves avec les enfants et si jamais je t’ai fait la remarque que tu cites, c’était sans aucun doute par rapport aux petits ennuis de rien du tout dont tu avais coutume de te plaindre autrefois.
Il est au surplus très naturel que l’entourage, la température et les fatigues influent beaucoup sur l’état d’esprit de qui que ce soit, aussi bien le tien que le mien. Et tu peux croire que même sans les soucis et l’angoisse pour un enfant, une marche dans la neige, la glace et ce petit vent du Nord de l’Atlas n’a rien qui puisse ramener l’humour d’un poilu nourri comme nous le sommes en route.
Je ne vois pas très bien dans quel but tu veux communiquer ton adresse au Consul américain qui n’a plus rien à faire avec l’Allemagne (5). Et je ne vois pas non plus bien comment des leçons pourront t’aider. Ce serait à peu près la même chose que le travail proposé dans le temps par Mr. Wooloughan. Pratiquement, cela t’avancerait si peu que rien et tu n’es pas bien sûre non plus de réussir, alors que, d’après ta thèse, cette assurance préalable du succès est indispensable pour entreprendre des démarches ... Pour ce qui concerne l’affaire de Me Lanos, je t’ai déjà dit que je suis tout à fait de ton avis et me réfère pour tout détail à ma lettre du 1° Janvier. De même pour l’affaire Palvadeau et toutes celles qui seraient susceptibles de solutionner notre situation d’une façon définitive - nous n’avons qu’à laisser faire et laisser passer (6).
Mr. Penhoat m’écrit assez régulièrement et je vais même lui répondre encore tout à l’heure avant de partir en colonne. Mme Penhoat m’a également adressé une carte pour le nouvel an, carte pleine de tendresse pour son Jean. Lotte (7) a donc enfin trouvé son affaire ; mais tu ne sais pas non plus où cette papeterie (8) se trouve ? Cela arrangera peut-être aussi la situation de sa mère (9) et d’Hélène (10)!
Encore une fois l’assurance que mes idées seront chez toi le 30 toute la journée ; ne m’en veux pas pour les mots aigre-doux concernant l’affaire L. L. & Cie (11) et que je ne peux réellement pas retenir puisque tu reviens toujours sur ce sujet. Et nos idées sur la question du “Geldverdienen” (12) sont tellement différentes qu’il aurait été un miracle si nous avions pu travailler ensemble. J’espère sérieusement avoir au plus tard à Casablanca de tes nouvelles au sujet de la santé du petit et t’embrasse, ainsi que les enfants, du fond du coeur.

Paul

Ton colis n’est toujours pas arrivé, les journaux non plus.


Notes (François Beautier, Anne-Lise Volmer)
1) - « porteurs de dépêches » : le petit Georges étant très malade (voir la lettre du 13 janvier), son père, Paul, craint d’en recevoir de mauvaises nouvelles par télégramme.
2) - « pneumonie » : c’est à l’époque la première cause de décès par maladie infectieuse chez les enfants (elle tue alors un quart des enfants contaminés). En Europe, en 1918, du fait de la dégradation générale des conditions de vie, elle tua aussi plus d’adultes que la tuberculose. Un antisérum fut utilisé comme traitement à partir de 1913, mais son coût et sa durée d'élaboration ne permirent pas un emploi massif avant les années 1920.
3) - « anniversaire » : celui de Marthe, le 30 janvier.
4) - « colonne du Tadla Kénifra » : il s’agit encore une fois de ravitailler à partir du nord (de Meknès, par Aïn Leuh) les postes français de la haute vallée de l’oued Oum er Rbia (notamment Khénifra - l’une des capitales historiques du « caïd » des Zayanes rebelles - et Kasba Tadla - où les Chleuhs, leurs alliés du sud-est marocain, cherchent alors à les rejoindre) afin de contrôler la haute plaine du Tadla, c’est-à-dire le piémont nord de la terminaison occidentale du Moyen Atlas. 
5) - « Allemagne » : Paul, en février 1916, avait renoncé à recourir aux services du Consul américain en France (voir le verso de sa lettre du 13 mai 1916) auquel il envisageait sans doute de demander un visa pour les U.S.A. Il semble que Marthe, à son tour, ait songé à lui demander un visa pour les États-Unis, ou une embauche au service des troupes américaines installées à Bordeaux. Cette démarche était vouée à l'échec puisque les U.S.A. étaient depuis avril 1917 en guerre contre l'Allemagne et ses ressortissants.
6) - « laisser passer » : Paul s’en tient à la position particulièrement négative qu’il avait exposée sous l’emprise de la colère dans sa lettre du 1er janvier 1918 : « ne me parle plus jamais d’affaires (…) je m’en désintéresse complètement ».
7) - « Jean » : il s’agit de Jean Penhoat, ami et associé de Paul, comme lui mobilisé sous les drapeaux.
8) - « Lotte » : surnom de Charlotte, sœur de Marthe.
9) - « papeterie » : la soeur de Marthe acquit cette papeterie, où elle travailla avec son mari jusqu'après la seconde guerre mondiale. La famille allemande de Marthe avait des activités typiquement protestantes: imprimerie, enseignement, librairie, papeterie... 
10) - « sa mère » : la mère de Marthe. Paul n’écrit pas « ta mère » pour éviter à son épouse d’être soupçonnée de conserver des liens sentimentaux avec des Allemands.
11) - « Hélène » : Helena, autre sœur de Marthe.
12) - « L. L. & Cie » : Lucien Leconte et Compagnie, société dont Paul et son ami Penhoat sont actionnaires. 
13) - « Geldverdienen » : en fait « Geld verdienen », expression allemande signifiant « gagner de l’argent ».



mercredi 13 décembre 2017

Lettre du 14.12.1917

Porte du Mellah, Meknès (Pierre Miquel)


Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Aïn Leuh, le 14 Décembre 1917

Ma Chérie,

Le courrier d’hier ne m’a porté que ta lettre du 2 courant : la précédente étant datée du 22, il m’en manque apparemment au moins une, celle dans laquelle tu m’as parlé sans doute de la correspondance de Mr. Penhoat contenue dans l’enveloppe timbrée du 24. Je te renvoie du reste cette même correspondance ci-jointe, car il vaut mieux que tu la conserves jusqu’à liquidation de l’affaire Leconte. Je t’envoie également un nouveau timbre du Maroc en te priant de le mettre dans mon album.
La missive de Mme L. (1) est en effet aussi bizarre qu’étrange et on peut facilement se perdre en conjectures à son sujet. Il me paraît cependant assez invraisemblable qu’à son âge et avec son très peu d’esprit elle aurait pu charmer un séducteur ... De toutes façons elle a dû donner à Mr. Penhoat une adresse à laquelle des lettres lui parviendront sûrement et je pense qu’il serait intéressant de voir ce qu’elle a et ce qu’elle veut, ne fût-ce que parce qu’on apprendrait certainement des éclaircissements sur la conduite et la situation de son mari. Je suppose donc que Penhoat lui a tout au moins écrit un mot disant que pour le moment il ne peut pas venir et qu’en attendant son prochain voyage il serait intéressant pour lui d’être mis au courant ... Personnellement j’ai été toujours étonné que Mme L. ait cessé si brusquement toute correspondance, vu que vis à vis de Penhoat et de moi elle a toujours agi en amie et plutôt en alliée de nous que du Qt (2). Tu en vois en outre en quoi consiste la “prostration” (3) dont le vieux renard faisait état dans sa lettre à l’avocat. Il n’est toutefois pas si facile que cela de mettre sa femme légitime à la porte et je serais vraiment curieux d’apprendre la clef de ce mystère.
Merci des 3 numéros du J.P. (4) et du “Canard” (5). N’as-tu toujours pas reçu mes lettres de Tissa, Fez et les premières d’Aïn Leuh ?
Deux jours de beau temps ont suffi pour fondre la neige dans le camp et sécher la terre, mais les montagnes et la forêt sont encore toutes blanches.
Je reste stupéfait de ta résignation de laisser aller et courir au lieu d’aller voir chez Me Lanos où en sont les choses. Comment as-tu pu perdre l’énergie et le sens des réalités à ce point ? 
C’est le 29 courant que nous descendons sur Meknès (6) où nous arriverons le 31 et d’où je t’enverrai un souvenir, car d’ici on ne peut même pas envoyer un colis postal.
Bonnes fêtes, ma chérie, et ressaisis-toi un peu - les beaux jours sont plus proches qu’on ne le pense.
Je t’embrasse bien tendrement.

ton Paul


J’ai envoyé hier la carte à Georges. Vas-tu faire un arbre de Noël ?


Notes (François Beautier, Anne-Lise Volmer)
1) - « Mme L. » : Madame Leconte, qui semble avoir déserté le domicile conjugal ou en avoir été expulsée. Elle était la deuxième épouse de Leconte, qui avait divorcé de la première.
2) - « du Qt. » : cette abréviation renvoie au mot allemand « quertreiber » qui signifie officiellement « gèneur », « trublion », « empêcheur de danser en rond » et argotiquement « emmerdeur », « chieur »... En anglais, elle se prononce « cutie » et joue alors sur le mot « quiet » (tranquille) pour désigner ironiquement « le pépère », « le père tranquille », « le chéri » ou « le mignon ». Dans les deux cas Paul désigne ainsi son associé Leconte.
3) - « prostration » : symptôme de dépression caractérisé par la lassitude, l’immobilité, la fatigue... 
4) - « J.P. » : Journal du Peuple (dirigé par le socialiste contestataire Henri Fabre, qui y publie notamment des articles de Pierre Brizon, le député pacifiste, socialiste et internationaliste de l’Allier). 
5) - « Canard » : le « canard enchaîné », hebdomadaire satirique républicain antimilitariste et anticlérical.
6) - « descendrons sur Meknès » : effectivement, la ville est à une altitude de 550 m alors que le poste d’Aïn Leuh culmine à plus de 1500 m. Mais l’expression signifie avant tout, pour le soldat Paul et son épouse Marthe « s’éloigner du front », c’est-à-dire « descendre à un moindre niveau de risque ».


samedi 2 septembre 2017

Lettre du 03.09.1917

Carte postale Forum Dafina


Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22 Caudéran

Dépôt des Isolés (1)
Oudjda, le 3 Septembre 1917

Ma Chérie,

Voici 8 jours que j’ai quitté Taza en compagnie de quelques camarades qui doivent, comme moi, faire route vers Port-Vendres, et le temps commence à nous paraître long dans cette usine. D’abord, on a goûté au fur et à mesure qu’on descendait (2) à l’arrière, la réapparition de la civilisation. A Taourirt (3) nous avons dîné dans un restaurant potable, les pieds sous la table, mangeant à notre faim et buvant à notre soif. Ici à Oudjda nous étions comme des gosses en revoyant des maisons luxueuses avec des jardins fleuris et des jets d’eau ; de nombreux civils, hommes et femmes, et des restaurants bien éclairés avec des nappes blanches sur les tables et des bouquets de fleurs dans les vases. Le premier soir on a donc dîné en ville et vu le cinéma. Puis, le départ étant de plus en plus retardé, on a commencé à s’ennuyer, d’autant plus que c’est un sacré désordre dans ce dépôt des isolés où il arrive et part journellement des quantités de militaires, allant et venant du Maroc, de France, de l’Algérie, de l’extrême Sud (Sahara) et de Tunisie. On est employé à prendre la garde et à faire toutes sortes de corvées - mais le va et vient est tel qu’on peut assez facilement se débiner (4). A l’instant, on nous annonce un départ par Port-Vendres pour demain, ce qui ne serait pas dommage. Nous l’attendons tous, impatients comme des enfants, et la joie et l’attente sont tels qu’on ne songe même pas aux périls de la traversée (5)
Oui, je me présente en 1000 couleurs ce revoir, après presque 3 années de séparation (6) et dans des conditions qui ont, hélas, tellement changé. Et le soir, dans le vacarme de la grande baraque, je me demande cent fois comment je vais vous retrouver, toi et les enfants ... Je n’ai bien entendu aucune nouvelle de toi depuis ta lettre du 17 Août, mais je pense que mes différentes cartes te sont promptement parvenues de sorte que tu ne te fais aucune crainte pour moi. 
Notre bataillon a quitté Taza le 1°, et restera dans l’Occidental, au delà de Fez, dans la subdivision de Meknès. Et comme je dois repasser par Oudjda (où je laisse armes et bagages) j’aurai un sacré voyage à faire pour rejoindre la Compagnie. Par Casablanca ce serait beaucoup plus court de Bordeaux à Meknès.
Enfin me voici déjà bien plus proche de toi et quelques jours encore et je t’embrasserai enfin. J’ai tellement faim et soif de toi que je me trouve dans un état d’extrême énervement. Pourvu seulement qu’on parte demain ou mercredi au plus tard.
Je t’embrasse, toi et les enfants, du fond du coeur.


Paul


Notes (François Beautier)
1) - « Dépôt des Isolés » : gîte militaire servant à accueillir les soldats en déplacement individuel temporaire pour rejoindre un lieu de permission, ou en revenir, ou changer d’affectation. Les conditions et règles de vie y sont les mêmes qu’en caserne.
2) - « descendait » : il ne s’agit aucunement d’altitude (Taza est à 500 m d’altitude, comme Oujda) mais d’une expression signifiant que l’on s’éloigne du front (vers lequel on « monte » pour le rejoindre).
3) - « Taourirt » : ville et poste militaire à mi-chemin entre Taza et Oujda.
4) - « se débiner » : s’exempter de corvée (voire de combat), « faire le mur » de la caserne...
5) - « périls de la traversée » : tempêtes de fin d’été et - surtout - torpillages par les sous-marins ennemis (la plupart allemands, quelques-uns austro-hongrois).
6) - « 3 années » :  Paul a été incorporé à sa demande dans la Légion le 23 août 1914. Après avoir fait ses classes à Bayonne, où Marthe et les enfants sont venus le rejoindre, il a quitté Bordeaux pour Lyon puis l'Algérie à la fin de l'année 1914.

vendredi 25 août 2017

Carte postale du 26.08.1917

Camp dans la montagne

Carte postale  Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Taza, le 26 Août 1917

Ma Chérie,

Je pars demain matin, 27, probablement via Port-Vendres (1), et compte donc être à Bordeaux dans une huitaine. Tu pourras peut-être prévenir Mr. Penhoat (2), car j’ai très peu de temps vu que nous sommes rentrés seulement hier de colonne. Tout le Régiment s’en va du reste dans l’Occidental (3), région de Meknès (4), au début du mois prochain.
A bientôt 1000 baisers.


Paul



Notes (François Beautier)
1) - « Port-Vendres » : port français des Pyrénées orientales, le plus au sud de la métropole et le plus proche d’Oran, grand port algérien desservant l’Algérie occidentale et le Maroc oriental.
2) - « Penhoat » : associé de Paul, qui souhaite le rencontrer au plus tôt pendant sa permission.
3) - « l’Occidental » : le Maroc occidental.
4) - « Meknès » : à mi-chemin entre Taza et Rabat via Fès.

vendredi 25 novembre 2016

Lettre du 26.11.1916




Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Taza, the 26th November 1916

My darling, 

I duly received at Touahar your favour of the 8th inst.
I do not quite understand your remark concerning the word “month”. I told you in my last English letter that its plural takes an “s” (months) while you wrote it without s. You will see on the enclosed market report that I am right. If however I said the contrary in my previous letter, please copy that line or return me the whole letter. 
There is also a misunderstanding in the question of your receipt concerning the scene “The war in Morocco” which you saw with the children in the cinema. I perfectly understood what you said and answered that surely the people would not have taken such a big interest in the General’s visit (1), telling you that when he came to Taza, there were just some “slumbs” or dirty fellows trying to sell tea to “our gallant troops”. I added that if the review passed by the General at Taza would have been represented, you would have seen me, as I was placed in the first rank on the left wing 2 yards from a Lieutenant to which the General spoke a moment. On the other hand I beg to state that in your first letter you spoke of a visit of Mr. Lyautey at Marrakech while you mention now Meknès which is not at all the same. You will have seen in the article of Mr. Henriot in the Journal (2) (last month) that there was serious trouble at Marrakech in the beginning of the present war, while Meknès is “pacifié” since several years already. 
I see the method of Miss Holt for teaching English is about the same as that of Mr. Crusins (3) at Brunswick. You will remember that this right honorable gentleman recommended the “Rosenthal” (4) but without following the different lessons. He always told a lot of stories of his own life and, if you insisted to have a lesson of the Rosenthal, was not able to continue it during ten minutes only. It is true of course that we had with him “the advantage of the conversation” - but I knew later on that his knowledge of the different languages which he seemed to speak very fluently was not so perfect as he always assured to be. Would you like to get the South Wales Daily News (5), the paper I get twice or even thrice a week from Mr. Sanders ? It is of course a local Cardiff paper which in policy etc. is inspired by the London Daily News. A good space of it is occupied by market reports, specially coal, freight and Stock Exchange as well as commercial articles about the South Wales industries, which, I know, do not interest you very much. At all events, I shall send you a number tomorrow.
Returning to Taza I was disagreeably surprised to see that for the first time I have forgotten the birthday of one of our children - the youngest. Alice (6) is of course too young to understand the importance of such a date or that which we generally attach to it. But I imagine that Suzanne (7) for instance would have felt something like an injure if I should not remember her birthday ? I shall send a particular souvenir for Alice with the 2 books which I shall return  by parcel-post in about a week. The “Guerre des Mômes” (8) is really beautiful and I passed some delightful hours while reading it. The chapters “The 8 shoes” and “Le chien errant” have been surely felt or lived by more than one during this war. And the sentence of Mr. Gustave Hervé put at the head of “le chien errant” shows once more that this journalist, though always very eccentric, understands much better than many of his opponents the human feelings of the large crowd of travellers ... Concerning Mr. Jacques Dhur (9) do you know that this gentlemen came over to Morocco some years before the war to make an “enquête” on the subject of some German soldiers of the Legion which were said to have been left by the troops in the bled, ill and without any arms to defend themselves ? The story was not true, but I am told that Mr Dhur made his inquiries with the utmost attention, trying at the same time to be informed of all details of the life in the Foreign Legion.
My heartiest greetings for you and the children.
Yours sincerely,


                                                    Paul


Traduction (Anne-Lise Volmer):


                                                                                                      Ma chérie,

         J'ai bien reçu à Touahar ta lettre du 8 courant.
         Je ne comprends pas bien ta remarque concernant le mot "mois". Je t'ai dit dans ma dernière lettre en anglais qu'au pluriel il prend un "s" (months) alors que tu l'as écrit sans s. Tu verras que j'ai raison dans le rapport sur le marché joint à cette lettre. Si toutefois j'ai dit le contraire dans ma lettre précédente, recopie-moi, s'il te plaît, la ligne, ou renvoie-moi la lettre. 
         Il y a aussi un malentendu dans la question de ta compréhension de la scène "La guerre au Maroc" que tu as vue au cinéma avec les enfants. J'ai très bien compris ce que tu as dit, et ai répondu que sûrement on ne se serait pas tant intéressé à la visite du Général (1), en te racontant que quand il est venu à Taza il n'y avait là que quelques "vagabonds", personnages crasseux qui essaient de vendre du thé à "nos vaillants soldats". J'ajoutais que si la revue que le général a passée à Taza avait été montrée, tu m'aurais vu, comme j'étais placé au premier rang, sur l'aile gauche, à deux mètres d'un Lieutenant à qui le Général a parlé un moment. D'un autre côté je me permets de te faire remarquer que dans ta première lettre tu as parlé d'une visite de M. Lyautey à Marrakech, alors que maintenant tu parles de Meknès, ce qui n'est pas du tout la même chose.  Tu auras vu dans l'article de M. Henriot dans le Journal (2) (le mois dernier) qu'il y a eu des troubles sérieux à Marrakech au début de cette guerre, alors que Meknès est "pacifiée" depuis plusieurs années déjà.
         Je vois que la méthode d'enseignement de Miss Holt est à peu près la même que celle de M. Crusins (3) à Brunswick. Tu te seras souvenu que ce digne personnage recommandait le Rosenthal (4), mais sans suivre le fil des leçons. Il racontait toujours des quantités d'histoires sur sa vie, et si vous insistiez pour travailler sur le Rosenthal, ne réussissait pas à y consacrer  plus de dix minutes. Bien sûr, nous avions avec lui "l'avantage de la conversation", mais j'ai su par la suite que sa connaissance des différentes langues qu'il semblait parler couramment n'était pas aussi parfaite qu'il l'assurait. Aimerais-tu recevoir le "South Wales Daily News" (5), le journal que je reçois de M. Sanders deux ou même trois fois par semaine? Bien entendu, c'est un journal local de Cardiff qui, dans sa politique etc., est inspiré par le London Daily News. Beaucoup de pages sont consacrées à des rapports sur l'économie, surtout le charbon, le fret, et la Bourse, ainsi qu'à des articles sur les industries des Galles du Sud, ce qui, je le sais, ne t'intéresse guère. Qui qu'il en soit, je t'enverrai un numéro demain. 
         De retour à Taza, j'ai eu la surprise désagréable de constater que pour la première fois j'ai oublié l'anniversaire de l'un de nos enfants - la dernière. Alice (6) est bien sûr bien trop jeune pour comprendre l'importance de cette date, ou celle que nous lui attachons en général. Mais j'imagine que Suzanne (7) par exemple se serait sentie quelque peu blessée si je ne m'étais pas souvenu de son anniversaire? J'enverrai un souvenir spécialement pour Alice quand je te retournerai par paquet-poste les deux livres dans une semaine à peu près. La guerre des Mômes (8) est vraiment très beau, et j'ai passé des heures délicieuses à le lire. Les chapitres "Les huit souliers" et "Le chien errant" ont sûrement été ressentis ou vécus par plus d'un pendant cette guerre. Et la phrase de M. Gustave Hervé en exergue au "Chien errant" montre une fois de plus que ce journaliste, quoique toujours très excentrique, comprend bien mieux que beaucoup de ses adversaires les sentiments humains de la grande foule des voyageurs... En ce qui concerne M. Jacques Dhur (9), sais-tu que ce monsieur est venu au Maroc quelques années avant la guerre pour faire une "enquête" sur quelques soldats allemands de la Légion, dont on disait qu'ils avaient été abandonnés par les troupes dans le bled, malades et sans armes pour se défendre? L'histoire n'était pas vraie, mais j'ai entendu dire que M. Dhur a enquêté avec le plus grand soin, en essayant en même temps de s'informer sur tous les détails de la vie dans la Légion Étrangère. 
                     
                                              Mes salutations les plus sincères pour toi et les enfants,
                                               Bien à toi, 


                                                                                                                  Paul


Notes (François Beautier)
1) - "the General's visit" : il s'agit de la visite de Lyautey à Taza dont Paul a déjà parlé dans sa lettre du 23 octobre 1916. 
2) - "Henriot in the Journal" : Paul réaffirme ici la référence faite à Henri Henriot dans sa lettre du 23 octobre 1916 alors qu'il se référait à Édouard Herriot - ce qui paraît plus vraisemblable - dans celle du 19 octobre. 
3) - "Miss Holt ... Mr. Crusins" : professeurs d'anglais, la première, celle chez qui Marthe prend des leçons depuis quelque temps, dans l'espoir d'acquérir une compétence professionnelle. 
4) - "The Rosenthal" : livres d'une méthode d'apprentissage de l'anglais.
5) - "the South Wales Daily News" : quotidien gallois de Cardiff (Galles du Sud) envoyé à Paul par son ami Sanders.
6) - "Alice" : fille cadette des Gusdorf, née le 30 octobre 1913.
7) - "Suzanne" : fille aînée née le 1er juillet 1909.
8) - "La Guerre des Mômes" : livre d’Alfred Machard, auteur dramatique, poète, romancier et parolier (1887-1962) publié en 1916 d'abord en feuilleton dans "La Victoire" (journal de Gustave Hervé) puis chez Flammarion avec le sous titre "Épopée au faubourg”. 
9) - "Jacques Dhur" : journaliste d'investigation, fondateur en 1916 du journal "L'Éveil", effectivement auteur d'un reportage sur la Légion au Maroc publié dans Le Journal (n° 6800) le 10 mai 1911 sous le titre "La situation vraie au Maroc".