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vendredi 2 janvier 2015

Carte postale, 3 janvier 1915

Carte postale  Madame Paul Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Lyon, le 3 janvier 1915

Chérie,

Je viens t’annoncer en toute hâte que je partirai demain soir (lundi) pour l’Afrique où tu m’écriras au 1° Etranger à Sidi Bel Abbès, sans indication de la compagnie. Ce sera probablement la 26° Cie.
J’espère que tu as reçu entretemps ma lettre d’hier et que tu y répondras promptement.
Meilleurs baisers pour toi et les enfants.


                                         Paul



samedi 27 décembre 2014

Lettre du 28 décembre 1914

Il arrivait à Marthe de faire ses comptes au dos des enveloppes des lettres de Paul...
Madame Paul Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Lyon, le 28 Décembre 1914

Chérie, 

Voici déjà un mois que nous avons quitté Bayonne - malgré tout le temps court assez vite, du moins quand on regarde en arrière. Des esprits fins et initiés veulent savoir que cela durera jusqu’aux environs de Pâques: Avril Mai, de sorte que nous aurions encore 4 ou 5 mois à supporter !
J’espère que tu auras recouvert ton sang-froid, et que tu ne t’inquiètes plus trop de cette histoire de séquestre. Du moment que tu peux rester dans ta maison, que tu ne manques pas de moyens d’existence, cela va bien. Le reste viendra sûrement !
Mr. Robin m’écrit qu’il est bien d’accord pour que nous payions par acompte et comme nous pourrons. Il prétend que lorsqu’il est venu au bureau l’employé - probablement Baboureau - lui aurait répondu que je ne faisais plus partie de la maison L. L. et Cie (1). À vrai dire, je ne crois pas cela, mais tu pourras tout de même interroger Baboureau à ce sujet dès que tu le verras, et aussi Mr. Siret (2). Quant à Mr. Robin, tu lui paieras la moitié lorsque le séquestre sera levé ou du moins lorsque tu auras l’assurance d’avoir régulièrement ta mensualité de 400/500 frs. Leconte m’écrit qu’il insiste auprès de Me Bonamy (3), mon avoué à Nantes, pour que l’affaire sera promptement réglée! Note du reste que ces séquestres ont été institués pour sauvegarder les biens des étrangers. Comme nous sommes tous les deux ici, il n’y a pas lieu de gardien et c’est là dessus que j’ai attiré l’attention de Me Bonamy.
Penhoat m’écrit qu’il vient de recevoir un télégramme lui annonçant la mort de sa plus jeune qu’il n’a même pas connue. Il va tâcher d’avoir un congé pour Paris pour consoler sa femme qui semble être vivement affectée. 
J’ai été hier avec mon camarade Valentin au Grand Théâtre (4), où il y a un très joli cinéma avec orchestre d’une trentaine de musiciens. Nous avons entendu entre autres l’ouverture du Freischütz (5). Le temps qui était sec et froid hier s’est mis à la pluie aujourd’hui. Au surplus il paraît maintenant officiel que la Légion doit quitter Lyon au courant du mois de Janvier pour aller dans le camp de la Valbonne (6), à une trentaine de kilomètres d’ici. On sera tout isolé là-bas et je préfère réellement aller au pays du soleil à Bel-Abbès que dans ce camp!
Tu as donc eu les familles Plantain et Devilliers vendredi au déjeuner? Ici on était pitoyable pour les permissions: pas une n’a été accordée! 
As-tu maintenant sevré Alice? Et se porte-t-elle bien à présent? Georges doit certainement faire des progrès énormes, il parlera sans doute comme un livre lorsque je rentrerai sous un fardeau de lauriers!
Baboureau m’écrit à l’instant qu’il ne partira que fin janvier, ce qui prouve qu’on n’a pas trop besoin de soldats en ce moment! Je suis vraiment content que les sombres prévisions de Leconte en ce qui concerne la caisse de Bordeaux ne se soient pas réalisées, car j’estime Baboureau beaucoup (7)!
Je crois que je fais bien en terminant cette lettre en y joignant mes voeux de Nouvel An. Tout le monde cette année doit souhaiter la même chose: La Paix - et promptement. Souhaitons donc et espérons que nous nous trouverons bientôt tous réunis à la Rue du Chalet. Le reste se trouvera ensuite tout seul.
Une bonne bise pour les enfants et pour toi un long baiser.

Paul



Bon souvenir à Hélène.


Notes (François Beautier, Anne-Lise Volmer)
1) - "Maison L.L. et Cie" : Société Leconte et Compagnie.
2 ) - Baboureau et Siret étaient tous deux employés du bureau de Bordeaux de la maison L. Leconte et Cie, dont Paul était un des associés avec son ami Penhoat. Siret était un parent d'Hélène, l'employée de Marthe.
3) - "Maître Bonamy" : avoué nantais mandaté par Paul pour requérir la levée du séquestre de ses parts dans la société Leconte.
4) - Grand Téâtre: il s'agit de l'Opéra Grand Théâtre
5) - "du Freischütz": très célèbre ouverture de l'opéra romantique de Carl Maria von Weber, créé en 1821 à Berlin. L'orchestre n'avait peut-être pas eu le temps depuis le début de la guerre de remplacer dans son répertoire toutes les pièces d'origine allemande, évidemment censurées des programmes français. Paul, lui-même, joue le jeu : il n'écrit pas le nom de l'auteur, s'évitant ainsi d'être jugé "pro-allemand".
6) - Situé dans l'Ain à 30 km au nord-est de Lyon, créé en 1872, le camp hébergea divers bataillons, notamment pendant les deux guerre mondiales des détachements de la Légion. Mais la Légion devait garder son dépôt constitué en août 1914 rue de la Vierge dans le 7ème arrondissement (devenue en 1945 rue Gilbert Dru).
7) - Le chiffre d'affaire du bureau de Bordeaux de la société Leconte et Cie n'avait donc pas été trop mauvais pour l'année 1914, en dépit des prévisions pessimistes de Lucien Leconte.

jeudi 25 décembre 2014

Lettre du 26 décembre 1914


Madame Paul Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Lyon, le 26 Décembre 1914

Ma chère femme,

J’ai reçu ce matin ta lettre du 23 et ce soir celle du 24 courant. Ne t’inquiète pas au sujet de l’opposition à faire : comme le séquestre a été ordonné par le Procureur de la République à Nantes (1), c’est à Nantes qu’il faut faire opposition. J’ai donc chargé un avoué Me Bonamy, 10 Quai Orléans à Nantes de faire le nécessaire et tu n’as absolument rien à faire : je t’avais du reste dit tout cela et je t’avais même envoyé la copie de ma lettre à Mr. Leconte : tu étais probablement trop émotionnée ! Enfin, je te répète, en ce qui concerne l’opposition le nécessaire est fait par moi ! Comme j’ai été toujours dans la maison L.L. et Cie Mr. Leconte témoignera que je n’ai point quitté Bordeaux depuis 1906. Je ne croyais pas du reste que j’avais besoin de faire viser ma déclaration d’étranger en changeant simplement de domicile, mais seulement en changeant de ville. Mais comme tu le dis Mme Constant (2) peut te donner une attestation que nous avons habité Rue Clément de 1908 à 1910. Pour le moment je ne vois cependant pas beaucoup l’utilité immédiate de cette pièce : si tu peux l’avoir à l’occasion prends la mais n’en fais rien à moins que l’avoué de Nantes la demande. Tu n’as donc qu’à te tenir tranquille si rien de nouveau n’intervient : Si tu peux avoir d’autres fonds à la banque prends-en, mais laisse les titres en dépôt à la banque, car il est certain qu’on lèvera le séquestre et ce n’est pas prudent d’avoir pour 25000 Frs. de valeurs à la maison.
Ce qui m’étonne encore c’est que Baboureau qui était avec toi au commissariat n’ait pas cité comme référence Mr. Anseau, Adjoint au Commissariat Central de Police de Bordeaux et parent de Mr. Lagisquet. A. me connaît et m’a rendu service au début de la mobilisation. Au besoin Mr. Lagisquet, 80 rue Bertrand de Goth te le présentera avec plaisir et comme c’est un homme très influent, cela ne pourrait être que très utile. Je sais que je peux compter sur MM. Wooloughan, Lagache, Colombier, Sursol, Capeiron etc. (3) et il m’est très agréable de constater qu’ils ne me renient pas en ces heures critiques.
L’essentiel est que tu peux rester dans la maison et que les voisins ne te fassent pas de misère. Comme au besoin Mr. W. (4) offre de t’avancer de l’argent et que tu en as toi-même, ne te fais pas de mauvais sang car je pense bien que d’ici un mois au plus tard le séquestre sera levé !
Je suis étonné que tu ne reçoives pas régulièrement ma correspondance ! Je t’écris cependant assez souvent, c.à.d. au moins 3 ou 4 fois la semaine ! Nul doute que tu as reçu entretemps ma dernière lettre et la carte ! Hier, Noël, j’ai fait avec Valentin une jolie promenade à la Croix Rousse (5), d’où l’on a une vue superbe sur Lyon. Nous y avons déjeuné et le soir nous étions au Cinéma et au Café ! Je parie que les évènements de jeudi (6) t’ont tellement impressionnée que tu as passé une journée plutôt désagréable hier ?
Il devient de plus en plus certain que j’irai prochainement à Sidi bel Abbès, mais je ne peux pas encore dire si cela sera en 8 ou 15 jours au plus tard. Les gens auxquels j’ai eu affaire ici sont très bienveillants : je souhaite seulement que cette malheureuse affaire de séquestre sera réglée bientôt pour que tu puisses vivre relativement tranquille.
Tu me raconteras ce que les enfants ont fait en voyant l’arbre et leurs jouets et tu les embrasseras bien fort pour moi.
Mille tendresses

                            Paul

Notes (François Beautier)
1) - "à Nantes" : siège de la société L. Leconte et Compagnie dont Paul possède une part du capital.
2) -  "Mme Constant" : logeuse ou voisine du couple Gusdorf, de 1908 à 1910, juste après leur mariage en 1908 et l'arrivée de Marthe à Bordeaux.
3) - "Lagache, Colombier, Sursol, Capeiron" : ces témoins favorables à Paul ne sont nommés que dans ce courrier.
4) - "Mr. W." : Mr. Wooloughan.
5) - "la Croix-Rousse" : quartier élevé du nord de la ville de Lyon, dominant le Rhône et la Saône.
6) - "les événements de jeudi" : référence à la veille de Noël, jour de la mise sous séquestre des biens de Paul, sans doute avec perquisition du logement occupé par Marthe et les enfants, voire avec placement de scellés sur certains meubles.

mardi 23 décembre 2014

Carte postale 24 décembre 1914


Carte postale  Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

J’ai commencé aujourd’hui la consommation de toutes les bonnes choses que tu m’as envoyées - encore une fois merci. Bab. a enfin écrit ; tout paraît être en règle heureusement. Peut-être vais-je prendre une partie de ton chocolat en route pour l’Algérie, car je crois que j’y irai dans quelques jours.
1000 baisers pour toi et les enfants

                                                     Paul