Affichage des articles dont le libellé est camp d'internement. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est camp d'internement. Afficher tous les articles

dimanche 1 janvier 2017

Lettre du 02.01.1917

Page de l'Écho de Bougie annonçant la création de la société L.L. Leconte et Compagnie (colonne de droite)
Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Taza, le 2 Janvier 1917

Ma Chérie,

Je reçois à l’instant ton pli recommandé du 24 écoulé et j’ai lu attentivement le jugement du 14 Janvier 1915 que je te retourne ci-joint. Ce document est tellement unilatéral que j’ai dû penser sans le vouloir à un tableau que le directeur Janns (1) m’a fait une fois - il y a des années de cela - de la justice. J’ai protesté alors, car avant la guerre je lisais et examinais avec beaucoup d’intérêt les jugements des différents tribunaux de commerce dans des questions maritimes, jugements qui contenaient souvent des considérations tellement lumineuses et judicieusement trouvées que je m’étais fait un plaisir à en retenir le plus grand nombre possible dans un dossier qui se trouve au bureau de la maison L. L. & Cie (2) à Bordeaux. Mais n’insistons pas et examinons ce jugement qui semble vouloir établir une fois pour toutes que la mesure prise par le Gouvernement contre les sujets ennemis ou plutôt considérés comme tels, n’admet aucune exception. Qu’en conséquence il importe peu que l’homme en  question ait offert sa peau pour la France ou s’il est rentré en Allemagne au moment de la mobilisation - s’il a profité des passeports qu’on pouvait avoir à la Préfecture au début de la guerre pour aller en Espagne ou s’il est dans un camp de concentration (3). Ce juge là avait sans aucun doute son jugement tout prêt dans la poche lorsqu’il se rendait au tribunal. Et lorsqu’il a dû faire quelques légères retouches, il les a faites si hâtivement qu’il s’est mis en contradiction avec lui-même. C’est ainsi qu’il cite à la page 4 qu’au moment de mon engagement aucune mesure n’était prise contre les Allemands ; alors qu’à la page 7 il juge que mon engagement n’était peut-être qu’un expédient pour éviter un internement - les camps de concentration n’existaient pourtant pas encore à cette époque-là (4). J’ai marqué au crayon quelques passages contradictoires ou manquant de clarté que tu liras. Je retiens entre autres en bas de la page 3 la définition du caractère du séquestre qui est “une mesure conservatoire” ce qui indique donc assez clairement que déjà en principe on nous rendra notre bien. 
        A la page 5 se trouve ce passage que je ne “peux continuer le commerce pendant la durée des hostilités sous le couvert de L. et Cie”. A mon avis cela signifie qu’en date du 11 Décembre (5) j’ai cessé de participer aux affaires de la maison L. L. & Cie sans dire que c’est le séquestre qui se substitue à moi. Je comprends donc que mon actif doit être arrêté le 11 Décembre 1914 et que les sommes perçues depuis sont à déduire de cet actif. En fait, ceci serait le mieux pour moi, car en Décembre 1914 les 32 000 Frs. (6) étaient loin d’être mangés. Cela concorde aussi avec ce que l’avocat consulté à Nantes t’a dit, à savoir que les profits et pertes de la maison ne me regardent pas ni lui non plus en sa qualité de mon défenseur éventuel. Et enfin, dans ce cas, Leconte n’avait point à me créditer de 400 Frs. Par contre, l’expression “autorisons L. à verser à la dame Gusdorf” indique qu’il n’y a nullement un ordre du Procureur à payer ta pension, mais seulement une autorisation. Dans ta lettre, tu dis que Leconte aurait dit à Penhoat (7) que sans les ordres du séq. il ne nous payerait pas un sou ; veux-tu faire allusion par là à la pension mensuelle ou bien au règlement des comptes après la guerre ? Je pense que c’est ce dernier cas, et s’il en est ainsi je ne crains rien, car du moment où le séq. (8) est levé, je rentre en possession de tous mes droits.
Le temps me manque aujourd’hui pour répondre en détail à ta lettre, j’y reviendrai par un prochain. Pour éviter que tu payes une surtaxe, je te renvoie le jugement par feuilles, que tu n’as qu’à relier une fois les 3 feuilles en main.
Mais comme je regrette que les enfants aient eu un si maigre Noël ! Que ni l’un ni l’autre de mes colis ne soient arrivés ! J’ai écrit de suite à la maison Magne à Oran (9) pour savoir si le colis n’est pas parti à temps.
Mes meilleurs baisers pour toi et les enfants.

Paul




Notes (François Beautier, Anne-Lise Volmer)
1) - "directeur Janns" : le contexte ne permet pas de savoir s'il s'agit d'un ancien directeur d'études de Paul ou d'un ancien patron.
2) - "L. L. & Cie" : la société Lucien Leconte, dont Paul est un des trois associés. Le troisième est son ami Jean Penhoat.
3) - "s'il est dans un camp de concentration" : Au début du mois d'août 1914, Paul, sentant les choses mal tourner, avait envoyé Marthe et les trois enfants à San Sebastian. Il est souvent revenu depuis sur le fait qu'au début de la guerre il aurait facilement pu vider les caisses de la société et rejoindre sa famille. Au contraire, il choisit de s'engager dans la Légion dès le début de la guerre. Dans chacune des alternatives qu'il examine ici, l'une, la plus profrançaise, est celle qu'a choisie Paul, qui plaide donc ici son cas personnel.
4) - " à cette époque là" : Paul a obtenu le 4 août 1914 un permis de séjour en France pour toute la durée de la guerre ; il a fait sa demande d'engagement dans l'Armée française pour la durée de la guerre le 10 août et a été intégré à la Légion le 22 (les listes d'engagement dans la Légion furent ouvertes le 21 août 1914). Le regroupement dans des camps des étrangers ressortissants de pays ennemis résidant en France était alors déjà lancé : c'est une pratique qui remonte au Premier Empire et qui fut utilisée comme alternative à l'expulsion pendant la Guerre de 1870. Le plan français du 20 mars 1914 prévoyait que le gouvernement donnerait 24 heures après la déclaration de guerre aux Austro-allemands pour qu'ils quittent le territoire national et que ceux qui souhaiteraient rester seraient dans un premier temps évacués des départements de l'Est et du camp retranché de Paris puis dans un second regroupés et triés sous l'autorité du ministère de l'Intérieur, à moins qu'ils ne s'engagent dans l'Armée pour la durée de la guerre. Ce plan fut appliqué dès l'entrée en guerre le 3 août 1914 avec une extension à tout le territoire national de la zone "en état de siège", ce qui entraîna la généralisation de l'internement en dépôt ou en camp de tous les Austro-allemands n'ayant pas quitté le pays, à l'exception de ceux qui s'étaient engagés (ou dépendaient juridiquement - comme Marthe et les enfants - d'un engagé). La réquisition de locaux inutilisés tels que d'anciens couvents et séminaires (une trentaine de centres soit la moitié du total), des bâtiments militaires désaffectés dans l'Ouest (forts, casernes), des internats scolaires, des locaux industriels ou commerciaux permit d'ouvrir les premiers camps d'internement (aussi dits de concentration) pour les étrangers "ressortissants ennemis" (dont des Alsaciens et Mosellans puisque de nationalité allemande) début septembre 1914, et la grande majorité avant février 1915. 
5) - "11 décembre 1914" : date probable du jugement de mise sous séquestre des biens de Paul (en application du décret du 27 septembre 1914). C'est la première fois qu'il mentionne précisément cette date dont il ignorait vraisemblablement le jour puisque dans sa lettre du 18 décembre 1914 il prévenait Marthe de l'imminence de ce jugement qui était en fait déjà prononcé. 
6) - "les 32 000 Frs" : la part de Paul dans le capital social de la Société Leconte. Il y avait investi de l'argent hérité de sa mère. 
7) - "Penhoat" : le troisième associé de la Société Leconte.
8) - "le seq." : le séquestre (en clair : l'administrateur du séquestre).
9) - "Magne à Oran" : ce patronyme très fréquent à Oran était vraisemblablement celui d'un courtier maritime auquel Paul avait confié le transport de ses cadeaux de Noël.

mardi 27 septembre 2016

Lettre du 28.09.1916



Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Touahar, le 28 Septbr 1916

Ma Chérie,

Je reçois le même jour tes lettres des 18 et 20 courant.
Quelle bêtise que d’aller au-devant des difficultés et des histoires ! Je t’avais déjà dit l’autre jour de ne pas pousser plus loin l’affaire de Mme Robin (1), attendu qu’après la guerre il y aura probablement une loi accordant une diminution de loyer aux mobilisés. Donc, en attendant, nous ne pouvons qu’y gagner. Et tu vas exprès trouver Mme R. pour aller sommer de payer !!! Il en est ainsi avec beaucoup de tes démarches. L’histoire de l’école (2)  par exemple. Quel but pratique vois-tu donc là-dedans ? De payer 300 Frs. pour apprendre des choses qui ne te serviront probablement jamais, vu les enfants que tu ne peux pas abandonner ? Tu constates toi-même avec juste amertume que même des amis et connaissances auxquels tu ne demandes rien, se laissent contaminer par l’antibochisme (3) et tu te figures qu’un patron auquel tu demandes un emploi ne regarde pas à ta nationalité ? Je me suis engagé dans la Légion volontairement, obéissant à mon sentiment, tout en pensant que ma famille serait tranquille ainsi pendant la guerre. S’il est malheureusement vrai que tu as eu des embêtements qu’on aurait pu réellement avoir la délicatesse de t’éviter, il ne reste pas moins vrai que personne ne m’a forcé de venir ici : La préfecture a voulu me délivrer un passeport pour l’Espagne : j’avais la veille de la guerre une vingtaine de mille francs dans une caisse et j’aurais donc tranquillement pu aller vous rejoindre à St Sébastien (4). Je ne l’ai pas fait, et, après plus de 2 ans de guerre, il est logique que je reste à mon poste sans demander d’aller dans un camp de concentration (5) où je serais hors de danger, mais ce qui me ferait violer ma signature apposée sur mon acte d’engagement, comme j’aurais été malhonnête d’aller avec les fonds de la maison en Espagne. Le gouvernement ne m’a point garanti en échange que mes biens seraient respectés et s’il les a séquestrés 4 mois plus tard j’ai, malgré tout, la confiance qu’on me les rendra. Tu ne demanderas donc point au Garde des Sceaux de me faire retirer du régiment, mais si tu en as si gros sur le coeur tu peux lui exposer, si tu veux, notre situation et l’injustice que tu vois dans le fait que L., le seul de nous trois (6) resté chez lui, tâche de frustrer ses 2 associés, tous les 2 sous les drapeaux ! Quant à la procuration qui te permettra d’aller vérifier les comptes avec Mr Penhoat, je te la donnerai promptement le moment venu. Il suffit cependant pour le moment que Mr. P. et le séquestre demandent la remise des comptes exacts de la maison, après quoi on décidera. Penhoat du reste s’y connaît aussi suffisamment.
Mr. Penhoat est du reste presque dans le même cas que nous. Il avait en Août 14 seulement 8000 Frs. environ en caisse, tandis que moi j’en avais retiré 3000. Mais ces 8000 Frs. sont naturellement mangés en 2 ans et la maison Jn. P. (7), si elle peut être continuée plus tard sous le même nom par P. figure bien entendu sur les comptes de L.L. et Cie (8).
Mon ami Sanders de T.P. Thomas & Co Cardiff (9) m’envoie quelques journaux anglais par lesquels je vois que malgré les raids répétés des Zeps (10), on ne juge pas en Angleterre la guerre d’un point de vue aussi passionné qu’en France, mais beaucoup plus froidement. Les Allemands tâchent d’obstruer le canal de Suez ? All right (11)! Après la guerre et pendant 5 ou 10 ans leurs bateaux n’y passeront pas. Ils torpillent nos bateaux ? Well (12) - mais ce qui leur restera de leur flotte de commerce viendra remplacer après la paix notre tonnage perdu. Reste seulement à savoir lequel de nous sera le plus fort. Nous sommes sûrs de notre victoire - tout le reste se règlera tout seul.
Dans un journal anglais illustré, le “Daily Mirror” (13), je trouve bien par ci par là l’expression “The Huns” (14) mais c’est plutôt une exception. L’ami Watson (15), qui était comme capitaine dans l’armée anglaise, ne m’a pas donné de ses nouvelles depuis 2 mois. Serai-il blessé ou tombé ? 
L’idée de Georges au sujet des prisonniers n’est pas banale. Elle prouve incontestablement que le petit bonhomme  commence sérieusement à penser (16). Ne marques-tu pas la taille des enfants à la porte de la cuisine ? Je me figure toujours Suzanne comme ayant le plus grandi et changé. L’expression de sa petite figure sur la dernière photo n’est plus du tout aussi “bébé” - comme j’aurais aimé la revoir !
Le citoyen Abd el Malek (17) commence de nouveau à donner de ses nouvelles et nous promet une campagne d’hiver qui prouvera une fois de plus qu’il faut des soldats et des officiers au Maroc ! J’aurais réellement préféré passer ici encore tout un mois que de grimper les mamelons du côté d’Ain Drop et y patauger dans la boue. Le poste d’ici sera bien mieux fait et aménagé que les autres que j’ai vus jusqu’ici. Tous les bâtiments sont construits en pierre et la Compagnie qui prendra garnison ici n’aura plus grand’chose à faire car le poste sera livré “clefs en mains”.
Comme il faut quand même songer à la campagne d’hiver, je te prie de m’envoyer à l’occasion un de mes caleçons d’hiver et une paire de gants chauds. Mais ne m’envoie pas d’argent - c.à.d. en Octobre - car je n’ai presque rien dépensé ce temps-ci.
Mes meilleures caresses.

Paul



Notes (François Beautier, Anne-Lise Volmer)
1) - "Mme Robin" : logeuse des Gusdorf à Caudéran. Marthe s'obstine à vouloir lui payer ponctuellement et intégralement ses loyers alors que Paul voudrait profiter du moratoire qui les retarde de trois mois et du plafonnement consenti en faveur des familles de soldats sous les drapeaux.
2) - "l'école" : Marthe s'est inscrite à des cours d'hôtellerie.
3) - "antibochisme" : ce mot existait à l'époque pour désigner un antigermanisme à la fois populaire (instinctif) et radical (racial). Paul l'emploie pour la première fois pour mieux souligner l'iniquité de sa situation : alors qu'il a fait le choix raisonné de s'engager dans l'armée française, sa famille et lui-même subissent "l'antibochisme" et ses biens sont séquestrés. 
4) - "Saint-Sébastien" : ville balnéaire - alors huppée et très cosmopolite - de la côte basque espagnole où Marthe et les enfants se trouvaient en vacances au moment de la mobilisation générale française du 2 août 1914.
5) - "camp de concentration": camp de regroupement où l'on internait les civils étrangers. Il y eut 60 à 70 de ces centres en France et en Algérie.
6) - "nous trois" : les associés Leconte, Penhoat et Gusdorf.
7) - "maison Jn. P." : Il semble que Jean Penhoat ait constitué à son nom, et avec ses propres fonds, une succursale de la société Leconte. 
8) - "L. L. et Cie" : société Lucien Leconte & Compagnie (dont Penhoat et Paul Gusdorf sont associés) 
9) - "T.P. Thomas & Co. Cardiff" : cette société a déjà été diversement désignée à 4 reprises en 1916 dans le courrier de Paul, les 23 janvier, et 3, 6 et 20 février. Il semble qu'il s'agisse d'une société galloise à la fois partenaire et concurrente de celle de Paul, et que Sanders, l'un de ses employés, soit devenu l'un des amis de Paul. 
10) - "les Zep." : les Zeppelins, ballons dirigeables allemands, bombardèrent Londres et le sud de l'Angleterre à plusieurs reprises en 1914, 1915 et 1916 (ce que l'Histoire retient sous le nom de "First Blitz"), et allèrent jusqu'en Écosse en 1917.
11) - "All Right !" : "Très bien !"
12) - "Well !" : "Hé bien !"
13) - "Daily Mirror" : journal britannique lancé en 1903, devenu en 1904 le premier au monde illustré exclusivement de photographies. Populaire - mais pas populiste - et conservateur, réputé sérieux et bien informé, il est durant la Grande Guerre la première fenêtre des Britanniques sur les opérations de leurs armées.
14) - "The Huns" : Les Huns. Paul réprouve comme passionnelle, donc aveuglée, l'assimilation des Allemands de 1914-18 aux hordes d'Attila au Ve siècle.
15) - "L'ami Watson" : le dernier courrier adressé à Paul par cet ami britannique date de mai 1916 (voir la lettre de Paul du 15). Watson y annonçait son départ pour le front français. Entre temps les Alliés franco-britanniques ont déclenché le 1er juillet la terrible Bataille de la Somme (alors encore active, elle ne s'achèvera qu'en novembre) au cours de laquelle moururent ou disparurent 206 000 Britanniques : Paul a de bonnes raisons de s'inquiéter du sort de son ami.
16) - sérieusement à penser" : ce "petit bonhomme" deviendra le grand philosophe Georges Gusdorf. 
17) - "Abd El Malek" : considéré comme le chef des rebelles marocains, plutôt conservateur que révolutionnaire, Abdelmalek est alors "la bête noire" des Français. Paul le dit "citoyen" par antiphrase. Cet émir, colonel des renseignements puis général ottoman, devenu agent de l'Allemagne pour introduire la "Révolte arabe" au Maghreb au profit de l'Allemagne, reprend l'offensive en bordure sud du Rif neuf mois après avoir de justesse échappé à la Légion en janvier-février 1916. Son camp sera de nouveau détruit en avril 1917 ; sa stratégie d'empêchement de l'unification du Maroc par les Français sera définitivement brisée par Lyautey en juin 1917 ; lui même sera tué par l'Armée française près de Tétouan en août 1924.

18) - "Aïn Drop" : En fait "Aïn Dro". Paul n'est jamais encore allé sur ce site proche de l'oued Hanimou, sur le versant sud du Rif; le Groupe mobile de Taza (dans lequel il est parfois versé) conserve le très mauvais souvenir d'y avoir été attaqué de nuit, en novembre 1915, par les rebelles d'Abdelmalek. 

mardi 24 mars 2015

Carte postale du 25.03.1915

Carte postale  Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Taza, le 25 Mars 1915



Chérie,

Tes lettres des 6 et 16 sont arrivées en même temps aujourd’hui, la première via Casablanca ce qui fait 10 jours de retard. Le Journal du 15 est également entre mes mains ainsi que la lettre du 13. Depuis 8/10 jours je t’ai écrit tous les 2/3 jours et je continuerai ainsi.
Ici aussi le temps s’est remis au beau et aujourd’hui aussi bien que lundi nous avons marché. Je t’écrirai demain ou vendredi une lettre plus détaillée.
Les enfants vont bien j’espère ainsi que toi-même. As tu des nouvelles du Commissaire ? (1)
A demain, meilleurs baisers pour tout le monde.
  

                                                 Paul

Note (François Beautier)
1) - "du Commissaire" : il s'agit du Commissaire de police de Caudéran qui délivrera le permis de séjour de Marthe dès que la Préfecture de la Gironde aura reconnu le statut militaire de Paul. Faute de ce permis, Marthe, en tant que ressortissante allemande,  risque d'être reléguée dans un des camps d'internement (dits aussi camps de regroupement,  dépôts de triage, dépôts d’internés, ou camps de concentration) établis à cet usage jusqu'à ce qu'une décision soit prise par la Justice de l'expulser vers un  pays neutre, de la maintenir internée, de la placer en résidence surveillée, de lui délivrer un permis de séjour ou de la naturaliser.