samedi 19 septembre 2015

Carte postale du 20.09.1915

Document Delcampe
Carte postale  Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran


Djebla, le 20 Septbre 1915
                                         (Maroc Oriental)

Chérie,

Je viens de recevoir ta lettre du 10 et les journaux, merci ! J’espère avoir demain le temps de t’écrire plus longuement, bien que nous soyons toujours sous la guitoune.
Meilleurs baisers pour toi et les enfants.

                                              Paul


Le colis de chocolat n’est pas arrivé ! Le saucisson, il y a déjà plusieurs jours.

mercredi 16 septembre 2015

Lettre du 17.09.1915

Document akpool


Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Djebla, le 17 Septbre 1915
près Taza (Maroc Oriental)

Chérie,

J’ai ta lettre du 8 et le gros saucisson m’est également parvenu ce soir en excellent état. Comme nous avions ce soir un bon plat supplémentaire à l’escouade (un brave avait dégoté un foie et un coeur de veau) l’attaque du saucisson est remise à demain.
Hier, anniversaire de notre mariage, j’ai pu méditer sur la vicissitude de la vie humaine Le matin, j’ai travaillé à la construction d’un petit Blockhaus et le soir j’ai transporté ... des briques. La nuit j’étais de garde et de 0 à 1 h 40 du matin j’étais en faction dans la tranchée, fusil chargé et baïonnette au canon. Tu avoues que c’est presque une ironie ... mais enfin j’ai eu le loisir de me rappeler mille petits détails depuis le “Kronprinz Hotel” (1) jusqu’à la naissance de notre Suzette !
Hier, les bicots (2) nous ont envoyé un parlementaire avec un ultimatum (3): que nous aurons à décamper dans les 24 hs d’ici, faute de quoi nous serions attaqués par 6000 fantassins et 2000 cavaliers, c.à.d. le double de ce que nous avons ici, en comprenant la colonne Derigoin. Ils peuvent toujours venir, mais enfin, tu vois les progrès qu’ils font, c’est tout comme chez nous !
Penhoat m’écrit qu’il est entré dans la musique de son régiment. Il va toujours bien et reçoit tous les mois une lettre aigre-douce de Nantes.
Les travaux de notre camp avancent tout de même avec tout ce monde de travailleurs et j’espère que dans une dizaine de jours nous pourrons coucher dans des baraques ou tout au moins dans des marabouts.
Je me rappelle bien du bruit que le livre Goetz Krafft (4) a fait lors de son apparition sans cependant me rappeler le contenu de ce bouquin qui fut quelque peu malmené par le Welt am Montag.
L’histoire des Juifs en Russie telle qu’elle ressort de la séance de la Douma (5) est un tableau sombre que je n’aurais plus cru possible après toutes les déclarations officielles et officieuses faites après le commencement de la guerre sur la différence entre partis, religions et races qui devaient se confondre en Russie comme ailleurs. Et il est fort à craindre que la plupart des belles promesses faites au moment du danger par les grands caïds couronnés ne soient complètement oubliées une fois le calme et la sécurité rétablis. La Socialdémocratie allemande par exemple en saura quelque chose ! Je pense tout de même que le Peuple Russe profitera le plus des suites de la guerre et que là-bas en Russie bien des choses seront changées !
Je suis content que tu aies des nouvelles de chez toi (6); ce n’étaient probablement que quelques mots écrite sur une carte postale ?
En relisant la lettre de Plantain, je constate que je me suis trompé en ce qui concerne Mme P. C’est son homme de confiance de la route de Bayonne (7), mobilisé, qu’elle doit remplacer et non le beau-père éventuel de Georges !
Pour ce qui est de la guerre, il paraît que les Russes ont repris l’offensive et même vigoureusement (8). On n’entend plus parler de la prétendue conférence de paix de Washington, mais il y a pas mal de monde qui croit que la guerre sera terminée avant la fin de l’année. Pourvu que cela soit vrai seulement !
Donc Georges, ce gros garçon de 18 kgs, suce toujours son pouce ? Est-ce que ton rhume est passé maintenant ?
le 18-9

Les bicots ne nous ont pas dérangé cette nuit ; il paraît qu’à l’appel il leur manquait un homme (ils n’étaient que 5999 au lieu de 6000 fantassins (9)).
Meilleurs baisers pour toi et les enfants.

                                               Paul 



Notes (François Beautier)
1) - "Kronprinz Hotel" : sans doute l'endroit où Paul et Marthe passèrent leur nuit de noces.
2) - "bicots" : toujours sans majuscules et ici encore désignés par un surnom irrespectueux, les Marocains sont présentés par Paul comme des plaisantins, sans aucun doute pour rassurer Marthe. Cependant la remarque "tout comme chez nous" se réfère à une relation qui devient manifeste entre la prolongation de la guerre en Europe, à laquelle participent des troupes coloniales, et l'expression de revendications nationalistes indépendantistes dans les pays colonisés par les Européens, tant au Maroc qu'en Inde, par exemple.  
3) - "ultimatum" : cet ultimatum n'a pas été rapporté par la presse qui était à cette époque tout occupée par l'Exposition franco-marocaine de Casablanca, ouverte le 5 septembre 1915 pour afficher l'emprise de la France sur le Maroc, malgré les rebellions nationalistes menées contre la France et contre le gouvernement marocain (le Makhzen) du sultan Moulay Youssef (régnant de 1912 à 1927) accusé de collaboration avec la France colonisatrice.
4) - "Goetz Krafft" : il s'agit probablement du livre en 4 volumes "Die geschichte einer jugend" (histoire d’un jeune, une jeunesse allemande) publié à Berlin en 1905, puis à La Haye en 1907, non traduit en français, qui fit effectivement l'apologie d'une éducation sévère, d'inspiration nationaliste et militariste. Le supplément culturel du lundi du journal libéral "Die Welt" en fit immédiatement la critique puis, durant la Grande guerre, en évoqua la responsabilité dans l'attitude belliciste de l'Allemagne. Le rédacteur en chef du "Die Welt am Montag" (le monde du lundi) depuis 1906, Hellmut von Gerlach, voulait ainsi appuyer ses propres exigences d'une conciliation pacifique. Cette politique valut au journal de disparaître en 1933. On peut supposer que Paul, accusé par Marthe d'être encore imprégné de culture militariste allemande, cherche à s'en défendre en se souvenant parfaitement de la critique libérale du livre alors qu'il prétend n'avoir rien retenu du réactionnaire "contenu du bouquin". 
5) - "Douma" : parlement impérial russe institué par la révolution libérale de 1905. Le réveil du nationalisme russe par l'entrée en guerre en 1914 se traduisit immédiatement par un regain d'antisémitisme notamment en Pologne : des milliers de juifs migrèrent vers l'ouest pour se réfugier en Allemagne, en France (Paul en rencontra au dépôt de la Légion à Lyon en décembre 1914, voir sa lettre  du 8), aux USA... La Douma s'en émut à la fin du printemps 1915 et plusieurs des rapports qu'elle fit sur la "situation épouvantable des Juifs de Russie" (selon le député Vinquer, en juin) jusqu'à la fin de la session le 28 août 1915 (10 septembre selon le calendrier russe) furent repris dans la presse alliée. L'intervention des députés Chkhéidzé et Zhubinskii lors de la séance du 24 août 1915 fut même traduite en français et diffusée en livret en France par la "Ligue pour la défense des Juifs opprimés" sous le titre “Interpellation à la Douma sur la politique du gouvernement dans la question juive”. Ce document, largement repris par la presse alliée rapportait notamment que les Juifs étaient accusés par les Russes d'inoculer des poisons dans les casernements et les villes, de renseigner l'ennemi, de tuer les blessés russes sous prétexte de les soigner... et que les Russes pratiquaient contre les Juifs des déportations, des restrictions à l'accès à l'éducation, des interdictions professionnelles, des privations de liberté de presse et de réunion, des pogroms, des discriminations même au sein de l'armée où les Juifs étaient affectés aux combats les plus meurtriers et jamais distingués par des décorations militaires... Noter que Paul ne commente aucunement ni la majuscule attribuée aux Juifs par les Russes (qui les considéraient comme une race distincte et un peuple étranger), ni les actes antijuifs rapportés par la Douma relayée par la presse alliée. Cependant il relève que la supposée "Union nationale" proclamée au début de la guerre en Russie n'a pas survécu un an, et qu'elle ne résistera sans doute pas non plus ailleurs à l'épreuve du temps (c'est le sens de l'avertissement qu'il lance "par exemple" à la social-démocratie allemande adepte d'une union nationale - "Union sacrée" - qu'il juge temporaire et illusoire). Par ailleurs, il conclut des déclarations des réformateurs démocrates libéraux russes à la Douma que la Russie a beaucoup changé en bien, et changera encore, sous l'effet de la guerre.
6) - "de chez toi" : de la famille de Marthe, restée en Allemagne.
7) - "la route de Bayonne" : en fait, le "Cours de Bayonne" (à Bordeaux).
8) - "et même vigoureusement" : effectivement, les Russes ne reculent plus face aux Allemands en Galicie du nord depuis la fin août et reprennent même l'offensive en Galicie du sud depuis le 10 septembre face à l'armée autrichienne.
9) - "6 000 fantassins" : dans ce P.S., Paul relance la plaisanterie visant à présenter les nationalistes marocains comme de plaisants amateurs, dans le but évident de rassurer Marthe, qui lit vraisemblablement dans la presse que les rebelles - même encore mal coordonnés par l'émir Abdelmalek - obligent les Français à mobiliser dans le Moyen Atlas, notamment autour de Taza, l'essentiel des troupes disponibles au Maroc.

samedi 12 septembre 2015

Lettre du 13.09.1915

Document Delcampe


Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Gebla, près Bou Ladjeraf, le 13-9-15

Ma chérie,

J’ai tes lettres des 4 et 5 courant et te confirme mes 2 cartes d’ici, envoyées par un muletier à Bou Ladjeraf, puisqu’il n’y avait pas encore de boîte à Gebla. Nous sommes toujours très primitivement installés et couchons - comme des sardines en boîte - sous la guitoune. Il paraît cependant que les marabouts arriveront demain ; peut-être aurons-nous même des paillasses ou des lits au courant de cette année !
En ce qui concerne la situation géographique, Gebla est situé à environ 4 km de Bou Ladjeraf qui est la dernière station avant Taza sur la ligne Oujda-Taza. Voici les principaux postes situés sur cette ligne : Oujda, El Gun (1), Taourirt, Debdon (2), Guercif, M’Conn (3), Oued Aghbal, Bou Ladjeraf et Taza. La ligne sera conduite jusqu’à Fez qui est à environ 100 km à l’Ouest de Taza. J’ai laissé de côté des stations ou postes de peu d’importance et ajoute que le train met 1 jour pour aller de Taza à Guercif, 1 deuxième de Guercif à Taourirt et un 3° de Taourirt à Oujda. Le nouveau poste de Gebla que nous construisons en ce moment aura probablement 3 Comp. (4) au début ; Bou Ladjeraf sera supprimé, du moins le camp (5). Il ne restera que la gare, en forme de blockhaus - comme toutes les gares des petits postes - où l’on laissera 1 section (6). Gebla est situé sur une crête à l’endroit où se trouvait autrefois un grand village marocain, détruit il y a 16 mois lors de la prise de Taza (7) par notre artillerie. Les pierres et briques des maisons en ruine nous servent maintenant à construire les murs & tranchées ainsi que les divers baraquements. Mais le pays en face (8) - non soumis - est encore inconnu. Il y a quelques jours nous avons vu derrière les mamelons - nous faisions corvée de bois - une ville au moins aussi grande que Taza (9), car elle a 5 mosquées et appartient, paraît-il, aux Rhiatas, tribu non soumise. Ces Messieurs nous ont du reste attaqués dès notre arrivée ici, c.à.d. le premier jour, revenant ensuite la nuit et le lendemain. Ils ont été cependant repoussés par l’Artillerie qui disperse tous les jours leurs rassemblements (10). Avant-hier, dans la nuit, ils avaient allumé de grands feux sur les crêtes et on voyait distinctement des hommes autour du brasier. Une batterie de 75 (11) ouvrit aussitôt le feu et le 2° obus tomba juste au milieu ! Il est probable que s’ils continuent leurs attaques, on va bombarder un de ces 4 matins leur ville avec les 5 mosquées. Les autre tribus soumises (12) viennent déjà vendre leur bétail, des volailles, oeufs, raisins, noix etc. Une de ces tribus, qui nous aide à chaque occasion, est campée à 2 km de nous avec des troupeaux énormes, formant des ronds très réguliers avec leurs tentes, ronds dans lesquels ils enferment le bétail pendant la nuit. La colonne Derigoin (13) reste avec nous jusqu’au 17, jour où nous pourrons nous installer en-dedans de l’enceinte fortifiée. D’après les bruits qui courent, nous ne resterions ici que 2 à 3 mois au plus, pour descendre ensuite à l’arrière, peut-être à Guercif , le dernier poste où il y a quelques maisons européennes. Mais on ne peut pas trop se fier à ces bruits. La nourriture, exécrable au début, s’est améliorée quelque peu maintenant. On nous donne depuis 3 jours - oh miracle - 2 quarts de vin par jour. Mais nous avons énormément de travail et vivons comme des sauvages.
Avec 18 kgs notre petit Georges doit être presque obèse ! Je ne crois pas que les vertiges dont il se plaint soient en rapport avec ses yeux ; moi, du moins, je n’en ai jamais souffert. Comme enfant, j’ignorais complètement ma myopie jusqu’au jour où, à l’âge de 8 ou 9 ans, j’ai trouvé une paire de lunettes. C’était devant la maison d’un gros épicier à Stadtallendorf (14) et, en regardant par ce verre, je voyais beaucoup mieux. Plus tard, dans la Bürgerschule (15) (1894) où les classes étaient beaucoup plus grandes et à Wolfenbüttel (16) je devais me mettre au premier rang pour pouvoir voir et en 1896 à Wolfenbüttel mon père m’a pris avec lui à Brunswick (17) acheter ma première paire de lorgnons. A vrai dire, ton propre état m’inspire beaucoup plus d’inquiétude que celui de Georges, car ces périodes d’anémie sont devenues périodiques chez toi ! Qu’est-ce que Melle Campana (18) a dit à ce sujet ? Encore une fois, ne te prive pas au point de vue de la nourriture, car cela se fera sentir plus tard ! Vends plutôt de temps à autre une obligation pour payer Mme Robin (19)!
Penhoat m’envoie une lettre de Leconte disant qu’il espère travailler sous peu sans perte. Mai a accusé encore un déficit d’environ 300 Frs., en comptant les prélèvement d’environ 300 Frs pour chacun. Si l’on arrivait à éviter complètement les pertes pendant la guerre, cela pourrait aller encore ! D’après Leconte, Bordeaux et Nantes travaillent à peu près régulièrement, Bayonne (20) un peu. Fais donc demander par Hélène à Siret si la Compagnie du Gaz a renouvelé son contrat pour un an ; il l’espérait en Juillet dernier.
Plantain m’envoie également une longue lettre de Tarbes (21) donnant quelques explications sur l’attitude de Mme Plantain. Figure-toi qu’après la mort de la belle-mère de Plantain, la mère de la fiancée de Georges est tombée grièvement malade et est morte quelques semaines ou mois après. Sa fille, la fiancée de Georges, qui l’a soignée, a été contaminée à son tour et vient de mourir aussi. Comme le père est mobilisé, la maison et ses affaires à Bègles (22) sont complètement abandonnées et c’est encore Mme Plantain qui doit s’occuper de tout cela. Voilà donc une famille qui a vraiment tous les malheurs, tout en étant bien située au point de vue matériel.  Et tu comprends que dans ces conditions Mme Plantain a bien peu de temps, car elle doit aussi s’occuper de l’affaire du Cours de Bayonne (23)! Georges est, paraît-il, au désespoir ; dès que j’aurai un moment, je vais lui écrire un mot.
Oui, je connais assez bien la Campagne de France (24) et les impressions de Goethe, qui à la suite de ce voyage, a écrit son épos (25) Herrmann et Dorothéa (26), qui donne d’ailleurs quelques détails sur la misère des populations à la frontière, du côté du Rhin. Je vois qu’en face des évènements que nous traversons tu retrouves ton ancien esprit de combativité et tes raisonnements d’antan. Heureusement que tu promets de ne pas ouvrir le feu sur moi ! Tu ne te figures pas comment on s’abrutit au milieu de cette vie brutale qui ne laisse même pas le temps de se saisir, de réfléchir sur quoi que ce soit. On vivote, dans les trous et les branches, comme les hommes primitifs, sales et dégoûtants. On se retient parfois difficilement pour ne pas donner une réponse mordante qui augmenterait encore la réputation de soldat indiscipliné !
Depuis avant-hier le bruit court que l’Allemagne a fait une proposition de paix et qu’on négocie déjà ferme à Washington (27). L’Allemagne rendrait tous les pays envahis et l’Alsace, l’Italie aurait Trente, mais l’Allemagne demanderait la Courlande (28) et le Maroc (29). Cette proposition, si elle est vraie, indiquerait tout de même une lassitude de l’Allemagne et le désir d’en finir avant le désastre. Ce serait le premier pas qui coûte le plus cher et qui laisserait prévoir de nouvelles concessions indispensables !
J’ai bien pensé à mon entrée à la Légion le 23 Août (30) et je penserai aussi beaucoup le 16 Septembre à l’année 1908. Je crois que malgré toutes les vicissitudes de la vie nous pouvons nous féliciter ce jour et nous embrasser aussi tendrement qu’il y a 7 ans.

                                                   Paul

Meilleurs baisers pour toi et les enfants. Veux-tu m’envoyer à l’occasion 2 ou 3 paires de mes chaussettes et la paire de bandes molletières que j’ai reçue à Bayonne ! Pas de livres s.v.p.
L’endroit ici s’appelle Djebla (31).


Notes (François Beautier, Anne-Lise Volmer)
1) - "El-Gun" : il pourrait s'agir de l'actuel El-Aïoun.
2) - "Debdon" : actuel Debdou, à 40 kilomètres au sud-sud-est de Guercif, sur les hauteurs dominant la ligne dont la station correspondante pourrait-être l'actuel El-Agreb.
3) - "M'Conn" : actuel Msoun.
4) - "3 Comp." : 3 compagnies qui, vraisemblablement, se relaieront dans ce poste.
5) - "du moins le camp" : très proche de la garnison de Taza donc inutile.
6) - "1 section" : soit 8 à 13 hommes.
7) - "prise de Taza" : les Tazis, entrés en rebellion au printemps 1914, ont été réprimés à l'artillerie et leur ville, Taza, a été ainsi “pacifiée” du 9 au 13 mai 1914. Une grande parade fut organisée à Taza par le résident général Lyautey le 16 mai 1914 pour célébrer la jonction, par la prise de la ville, des troupes françaises des deux Maroc, l'Oriental et l'Occidental.
8) - "le pays en face" : vers le nord, c'est-à-dire le revers sud du Rif et, au-delà, le Maroc espagnol.
9) - "aussi grande que Taza" : Paul a peut-être vu de loin, en regardant vers le sud-ouest, la ville actuellement dénommée Sidi Abdellah des Rhiata, mais il se peut aussi qu'il  s'agissait seulement de la casbah de Taza, que les Légionnaires surnommaient "ville mystérieuse" puisqu'ils ne pouvaient y entrer, et que Paul n'avait jamais vue de loin. 
10) - "rassemblements" : il s'agit de nouvelles tentatives des tribus rebelles de toute la région du Moyen Atlas et du Rif oriental d'anéantir les avant-postes français et de prendre Taza. Les précédentes avaient eu lieu à la mi-août ; les prochaines auront lieu en novembre.
11) - "une batterie de 75" : un canon de 75 millimètres mis en batterie, c'est-à-dire en situation de tir. C'est à l'époque une arme redoutable, qui tire facilement 20 coups à la minute et détruit précisément des cibles jusqu'à 8 500 m. de distance.
12) - "tribus soumises" : Paul tait l'évidence car même les tribus "pacifiées" sont alors susceptibles de se soulever, du moins partiellement, sous la conduite ou la pression des rebelles nationalistes.
13) - "colonne Derigoin" : le lieutenant-colonel Derigoin s'était illustré en novembre 1914 en secourant depuis Mekhnès un commando du colonel René-Philippe Laverdure qui avait vainement tenté d'enlever le chef des Zayanes (le caïd Moha-ou-Hammou) dans son camp retranché de Elhri au sud-est de Khénifra. En septembre 1915, le colonel Derigoin commande un groupe mobile des Bataillons d'Afrique dans la région de Taza menacée par la rébellion conduite par les Rhiatas et les Beni-Ouaraïn. Paul cite ce personnage héroïque vanté par la presse pour rassurer Marthe. 
14) - Stadtallendorf (ex Stadt Allendorf), village d'enfance de Paul, au sud de Hanovre, en Basse-Saxe (Niedersachsen).
15) - "la Bürgerschule" : l'école municipale (de Bisperode, en Basse-Saxe, où la famille habitait).
16) - "Wolfenbüttel" : ville de Basse-Saxe où Paul fit ses études, à l'école supérieure "Samson Schule", célèbre école juive fondée par le banquier Philipp Samson, qui fonctionna de 1786 à 1928.
17) - "Brunschwick" : Braunschweig, grande ville à l'est de Hanovre, en Basse-Saxe.
18) - "Melle Campana" : la pédiatre qui suivait les enfants. 
19) - "Mme Robin", propriétaire de la maison louée par les Gusdorf à Caudéran.
20) - "Bayonne" : Paul énumère les ports charbonniers sur lesquels la société Leconte travaille en important de la houille pour le compte de clients comme la Compagnie du Gaz (de Bordeaux) qui vend à la ville du gaz d'éclairage qu'elle produit à partir de houille dont elle revend le sous-produit (le coke) à des métallurgistes. La guerre, en réservant une part plus importante des combustibles fossiles aux industries d'armement et aux transports militaires, a restreint le marché de l'éclairage public au gaz, d'ailleurs concurrencé par l'électricité. Il semble que le renouvellement du contrat d'approvisionnement  en houille de la Compagnie du Gaz de Bordeaux par la société Leconte se fasse alors attendre. 
21) - "Tarbes" : ville industrielle (agro-alimentaire, arsenal), chef-lieu des Hautes Pyrénées.
22) - "Bègles" : ville industrielle et portuaire du sud-est de l'agglomération bordelaise.
23) - "Cours de Bayonne" : à Bordeaux, en plein centre, près de l'Opéra. Mais rien du courrier de Paul ne dit de quel type d'affaire il s'agit.
24) - "Campagne de France" : il s'agit de la campagne des émigrés antirévolutionnaires tentant de revenir de force en France en 1792, que Goethe a suivie d'août à novembre 1792 et dont il rapporte le récit dans un journal publié en France en 1822 sous le titre "Campagne de France". 
25) - "épos" : épopée.
26) - "Herrmann et Dorothéa" : livre de Johann Wolfgang von Goethe (1749-1832) publié en 1797 en Allemagne et en 1798 en France sous le titre "Hermann et Dorothée". En se référant à ces textes où Goethe traite des différences de civilisation entre l'Allemagne et la France dont il vante l'esprit révolutionnaire, il semble que Paul réponde à une critique de Marthe l'accusant de tenir le mauvais rôle réactionnaire (comme les émigrés et les Allemands de Goethe) dans la guerre coloniale qu'il mène au Maroc.
27) - "Washington" : en septembre 1914 (un an auparavant) les socialistes américains avaient invité à leurs frais les socialistes européens à se réunir à Washington pour y décider d'une paix des peuples. Cette démarche ayant échoué mais ayant soulevé de grands espoirs, des rumeurs circulent sur sa reconduction et son démarrage effectif à la suite de la Conférence socialiste internationale réunie en Suisse, à Zimmerwald, du 5 au 8 septembre 1915, aboutissant à un accord sur le constat "L'Europe est devenue un gigantesque abattoir d'hommes" et sur l'appel "Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !". La rumeur dont fait état Paul se distingue par son luxe de détails néanmoins tous dénués de fondement. En ce qui concerne "Washington", notamment,  les seules démarches extérieures des USA en 1915 furent de protester le 7 mai auprès de l'Allemagne responsable du torpillage du Lusitania, et d'envoyer des Marines à Haïti, en juillet, pour maintenir l'ordre à la suite de l'assassinat du dictateur local.
28) - "Courlande" : région de la Lettonie, anciennement germanophone, administrée par la Russie depuis 1795.
29) - "Maroc" : convoité par l'Allemagne depuis sa victoire sur la France en 1871, le Maroc est partagé entre la France et l'Espagne (Tanger devenant port international) lors de la Conférence d'Algésiras en 1906. L'Allemagne tente d'intimider la France en 1911 ("Coup d'Agadir") mais échoue à se faire céder la totalité ou une partie du Maroc (sous influence française), dont l'État officiel, l'Empire chérifien, devient  "Protectorat de la République française au Maroc" en 1912. Ce statut demeurera jusqu'à l'indépendance du Maroc en 1955.
30) - "le 23 août" : dans l'ensemble de son courrier (conservé), Paul mentionne trois fois le moment de son engagement dans la Légion, à trois dates bizarrement différentes : les 21, 22 et 23 août 1914. 

31) - "Djebla" : Paul rectifie l'orthographe pour que le courrier lui arrive bien.

mercredi 9 septembre 2015

Carte postale du 10.09.1915

Document Delcampe

Carte postale  Madame P. Gusdorf 22 rue du Chalet 22  Caudéran

Gebla, le 10 Septbr 1915
                             près Bou Ladjeraf (Maroc Oriental)

Chérie,

Je viens de recevoir ta lettre du 1° courant et te confirme ma première carte envoyée par un muletier à B.L. (1) parce qu’il n’y avait pas encore une boîte à lettres ici. Dès que le camp sera à peu près installé et que nous aurons un petit peu de repos je t’écrirai une lettre. Pour le moment, nous sommes pris du matin au soir presque sans interruption.
Mille baisers pour toi & les enfants.


                                           Paul


Note (François Beautier)
1) - "B.L." : Bou Ladjeraf.

dimanche 6 septembre 2015

Carte postale du 07.09.1915

Document Delcampe (mai 1914)


Carte postale  Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Gebla (1) le 7-9-1915
                        près Bou Ladjeraf (Maroc Oriental)

Depuis hier ici, nous avons commencé la construction du camp ; il est très probable que notre Compagnie restera ici jusqu’à nouvel ordre. J’ai reçu ta lettre du 29/8 en partant de Bou Ladjeraf.
Meilleurs baisers pour toi et les enfants.


                                              Paul


Note (François Beautier)
1) - - "Gebla" : officiellement Djebla, comme Paul l'avait précédemment écrit.

samedi 5 septembre 2015

Lettre du 06.09.1915

Bat d'AF 1915, Steinlen (http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b105107180)


Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Bou Ladjeraf, le 6 Septembre 1915

Chérie,

J’ai reçu hier soir tes lignes du 26 Août et comme nous allons partir demain matin pour Djebla, tu n’as pu m’adresser aucune lettre à Bou Ladjeraf tant que j’étais dans ce poste, c.à.d. pendant 3 semaines. Ta prochaine lettre viendra sans doute à B.L. (1) au lieu de Taza, mais comme déjà dit dans ma lettre d’avant-hier le courrier sera réexpédié d’ici, d’autant plus qu’il devra toujours passer par B.L. On dit que nous allons construire un nouveau camp avec blockhaus à Djebla et que nous y resterons avec une Compagnie de Bat d’Af (2). Ce qu’il y a de certain, c’est que la 24° Compagnie n’est jamais restée longtemps à un poste, du moins pas à un bon ; on nous avait parlé de 3 mois à passer ici, et c’est juste 3 semaines que nous restons ! Comme nous allons encore camper sous la petite guitoune (3) jusqu’à terminaison du nouveau poste, ma correspondance sera forcément bien maigre et se bornera les premiers jours à quelques cartes postales. Ne t’inquiète donc pas pendant les prochains 10/15 jours. Ce qui m’embête beaucoup dans cette vie de nomade, c’est qu’il m’est impossible de mettre toutes mes affaires dans et sur le sac. S’il est bon d’avoir du linge etc. privé, ces affaires deviennent encombrantes lorsqu’on déménage. J’aurais bien voulu te renvoyer le livre “J’accuse”, mais on ne me l’a rendu qu’aujourd’hui de sorte que je devrai le traîner demain ! Je le renverrai cependant le plus tôt possible, et te prie entretemps de ne plus m’expédier d’autres brochures ou livres que le “Journal” exclusivement. Il m’est déjà assez pénible de détruire les lettres que je reçois, combien de plus alors des objets qui peuvent encore servir.
Mr. Plantain n’est certainement pas resté plus de 1 à 2 jours à Bordeaux, temps pendant lequel il n’aura guère quitté l’usine et sa maison. Je suis persuadé que son beau-frère (4), s’il rentre prochainement à Bordeaux, ne manquera pas de pousser jusque chez nous pour te dire bonjour, ne fût-ce qu’en passant.
Que dire de ces carnets de route allemands (5)? Plus on s’enfonce dans les détails de cette guerre, plus elle paraît horrible et moins on en comprend les raisons. Il serait, certes, à souhaiter que tous les neutres entrent en ligne, mais comme chacun craint pour sa peau, comme les moyens d’action ne sont pas non plus partout ce qu’on croit, les hésitations sont bien compréhensibles.
Inutile de te dire combien j’ai hâte de rentrer et de quitter enfin cette vie de bohème et de nomade. C’est moins le besoin ou le désir de repos, mais la stérilité des efforts qu’on est forcé de faire ici qui me fait ouvrir tous les jours le journal pour chercher si rien ne se dessine. Et des millions d’autres se trouvent exactement dans le même cas. 
Les enfants auront certes beaucoup changé lorsque je les reverrai. Et si je songe que le 16 courant (6) il y aura exactement 7 ans que nous sommes mariés (un an depuis que nous avons dîné chez Guillot à Bayonne) (7) je constate avec mélancolie que les jours se suivent sans se ressembler beaucoup. Nous n’avons pourtant pas été malheureux dans ces 7 ans (la guerre de 7 ans a duré de 1756 à 1763 (8)) et si c’était à recommencer, je n’hésiterais certes pas, même (!!) après l’expérience faite. Il est malheureux que l’autorité militaire n’autorise pas les poilus à fêter un jour pareil dans leur foyer. Je penserai cependant beaucoup le 16 aux évènements qui se sont déroulés 7 ans avant et qui, sans être aussi graves, ont tout de même eu comme conséquence de faire couler du sang innocent (9). 
Mes meilleurs baisers pour tous et un particulièrement long pour toi.


                                             Paul

Notes (François Beautier, Anne-Lise Volmer)
1) - "B.L." : Bou Ladjeraf. Paul est envoyé plus à l'est, à Djebla, pour rejoindre la colonne Simon.
2) - "Bat.d'Af." : des Bataillons d'Afrique, officiellement dénommés Bataillons d'infanterie légère d'Afrique, dits aussi Bataillons de chasseurs légers de l'Armée d'Afrique. Ces formations recrutaient surtout des jeunes au casier judiciaire chargé et des soldats réputés indisciplinés. Ils avaient la réputation d'être "disciplinaires" alors qu'ils ne l'étaient pas au sens strict. Deux des cinq grands Bataillons d'Afrique participèrent à la "pacification du Maroc" à partir de 1912 et furent dissouts en 1927, à la fin de la "Guerre du Rif".
3) - "petite guitoune" : petite tente de campagne, pour 1 ou 2 hommes. Son nom viendrait de l'arabe "gitun". La grande tente est dite "marabout". A la Légion, la "petite guitoune" est surnommée "guignole", ce même mot désignant une femme (à soldats).
4) - "beau-frère" : Georges Laforcade.
5) - "carnets de route allemands" : la presse des Alliés a publié de nombreux faux carnets de soldats (de guerre, de campagne, de route) pour servir de "preuves" soit aux atrocités commises par le Reich, soit au découragement, à l'impéritie, au manque de moyens de son armée. Ce n'était là qu'une petite partie de la "guerre de propagande" et du "bourrage de crâne".
6) - "16 courant" : le 16 septembre est la date anniversaire du mariage de Marthe et Paul.
7) - "Guillot à Bayonne" : dans sa lettre du 25 juillet précédent, Paul parlait de "Guillaume à Bayonne" pour rappeler la soirée passée au restaurant avec Marthe pour leur sixième anniversaire de mariage. 
8) - "1756-1763" : le thème de la "Guerre de Sept ans" (métaphore pour leur mariage célébré en septembre 1908) et ces dates (exactes) ont déjà été évoqués par Paul dans sa lettre du 9 juillet précédent. 
9) - "du sang innocent" : Paul évoque ainsi sa nuit de noces...

jeudi 3 septembre 2015

Lettre du 04.09.1915

Meridja supérieur - Tracé d'une piste (http://www.unjouren14.fr/photos/pays/Maroc?page=1)


Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran


Bou Ladjeraf, le 4 Septembre 1915

Ma chérie, 

Je viens de recevoir ta lettre du 22 Août. Moi aussi, j’ai beaucoup pensé au 21 Août 1914, jour où j’ai signé un engagement dans la Légion (1), et si je vois combien l’avenir reste indécis, combien au contraire le présent est dur, je n’arrive parfois pas aux conclusions rassurantes que tu exprimes dans ta lettre. Pas que je crains l’avenir - car mon optimisme reste aussi intact que les armées russes (2) (qui ne cessent pas du reste de se replier) ; mais ce qui pèse surtout sur moi, c’est l’incertitude du lendemain immédiat. Ici on ne sait même pas où l’on sera le soir lorsqu’on se lève le matin. Voici moins de 15 jours que nous sommes à Bou Ladjeraf, venus pour nous “reposer” pendant 3 semaines. Mais depuis 8 jours déjà on parlait que nous allions rejoindre la colonne Simon qui opère actuellement dans l’Oriental (3). Et tout d’un coup on nous annonce hier soir que nous allons partir demain, vendredi, pour construire un nouveau blockhaus à quelques kilomètres d’ici à Djebla dans les montagnes. On devrait même rester là-bas, du moins un peloton de la Compagnie. Aujourd’hui cependant on ne nous a pas donné l’ordre de préparer le départ ; le Capitaine aurait réclamé auprès du Commandant à Taza, invoquant que la 24° a fait toutes les Colonnes depuis 2 ans, et on attend la réponse ... Ce serait dommage de partir maintenant, car, comme déjà dit, le service est agréable ici. 
Que ferions-nous si nous étions actuellement en pays neutre ? Non, il valait dans tous les cas mieux prendre nettement position dès le début et se ranger d’un côté ou de l’autre. Maintenant qu’on est dans l’engrenage, il n’y a qu’à aller jusqu’au bout et c’est ce que nous allons faire. Si je ne t’ai pas consultée en Août 1914 (4), cela provenait d’abord de la difficulté des communications avec l’Espagne (5). Enfin, j’aurais certainement rencontré beaucoup de résistance de ton côté et je savais pourtant que tu n’étais pas encore dégagée des sentiments qu’on t’avait inculqués à l’école (6). Par contre je n’ai point pensé que tu serais en danger à Bordeaux ; isolée oui, mais sans avoir rien à craindre. 
Le temps commence à changer ici. Le sirocco siffle furieusement et le soleil tape seulement bien de 10 à 16 hs. Les nuits sont froides et les matins frais. Hier, j’étais toute la journée au Petit Poste des Ravines (direction de Taza) . L’air était si pur et le temps si clair qu’on voyait comme tout près la ville dite mystérieuse (7) sur sa colline couverte d’oliviers et avec ses 5 tours de mosquées. Le terrain autour de Bou Ladjeraf est complètement nu, sauf le long du cours de l’Oued qui coule entre des roseaux et des lauriers roses. Sur les montagnes et les mamelons rien que du palmina. Mais il y a une foule d’oiseaux ici : Des cigognes innombrables, des charognards (Lammergeier) (8) et autres oiseaux de proie, enfin des alouettes, des hirondelles et d’innombrables corbeaux d’une taille presque effrayante.
Aux légionnaires d’origine allemande, autrichienne ou turque, on vient de biffer dans leur livret la mention ”Campagne contre l’Allemagne” pour la remplacer par les opérations militaires au Maroc (9).
Les journaux en retard sont arrivés hier jusqu’au 22 inclus, merci ! Continue dans tous les cas à m’écrire à Bou Ladjeraf d’où, le cas échéant, les lettres suivront.
Mes meilleurs baisers pour toi et les enfants.


                                                    Paul


Notes (François Beautier, Anne-Lise Volmer)
1) - "dans la Légion" : il semble que Paul ne garde pas un souvenir très précis de la décision - qu'il prit seul - de s'engager dans la Légion. En effet, son courrier en mentionne trois dates : celle du 21 août 1914 dans cette lettre du 4 septembre 1915, celle du 22 dans sa lettre du 21 mars 1915 (laquelle indiquait la mention de cette date dans son livret militaire comme celle du début de sa participation à la campagne militaire contre l'Allemagne), enfin celle du 23 dans sa lettre du 13 septembre 1915...
2) - "les armées russes" : depuis mai 1915, l'armée russe recule devant l'armée allemande, se retirant de Pologne. Le 25 août 1915, la ville de Brest-Litovsk est prise par les Allemands, qui poursuivent leur progression vers l'est en septembre. Cette retraite conduisit l'Empereur Nicolas II à prendre personnellement le commandement de ses armées le 21 août 1915.
3) - "l'Oriental" : le Maroc Oriental, où la rébellion n'est pas éteinte.
4) - "en août 1914" : Paul revient sur la décision qu'il prit seul de s'engager dans la Légion. 
5) - "avec l'Espagne" : aux premiers bruits de guerre, Paul, craignant pour leur sécurité, avait envoyé Marthe et les enfants en Espagne.
6) - "sentiments... à l'école": Marthe au début de la guerre nourrissait encore l'amour de sa patrie inculqué dans l'enfance.
7) - "la ville dite mystérieuse" : il s'agit vraisemblablement de la casbah (vieille forteresse arabe enfermant le cœur ancien de la cité) de Taza. Les soldats de l'armée française n'ont pas le droit d'y entrer : ils n'en connaissent que les contours et profils et la disent "mystérieuse".
7) - "Lammergeier" : le gypaète barbu, un rapace.
8) - "au Maroc" : le carnet militaire de Paul est donc lui-aussi raturé. Cette rectification est la suite logique de la décision de la France de se conformer à la Convention internationale de la Haye du 18 octobre 1907 reconnue par la France en 1910, interdisant d'affecter un soldat "ressortissant ennemi" au combat contre ses concitoyens. Paul ne commente pas cette nouvelle définition de son engagement, qui le déçut probablement puisque de combattant d'une démocratie menacée par une dictature il devenait agent de la domination coloniale du peuple marocain par la France.