jeudi 31 août 2017

Carte postale du 01.09.1917

Carte postale Paul Gusdorf

Carte postale  Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Oudjda (1), le 1° Sept. 1917

Toujours rien de nouveau au sujet du départ. Il paraît que nous n’aurons pas de bateau avant le 6 ou 7.
Au revoir ! 
Bons baisers.

Paul


Note (François Beautier)
1) - « Oudjda » : actuel Oujda, dont le nom était à l’époque écrit avec 2 d, comme le faisait Paul.

mercredi 30 août 2017

Carte postale du 31.08.1917

Carte postale Paul Gusdorf
Carte postale  Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Oudjda, le 31/8 1917

Chérie,

Me voici depuis deux jours à Oudjda (1), mais je n’aurai pas de bateau à Oran avant 4 ou 5 jours probablement. Ne m’attend donc pas avant le 8-10 Septembre ... et encore ! Car les dépôts sont tous pleins.
Meilleurs baisers pour toi et les enfants.


Paul



Note (François Beautier)
1) - « Oujdja » : actuel Oujda, dépôt de la Légion au Maroc, sur la route d’Oran, au sud-ouest de ce grand port de l’Algérie occidentale.

vendredi 25 août 2017

Carte postale du 26.08.1917

Camp dans la montagne

Carte postale  Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Taza, le 26 Août 1917

Ma Chérie,

Je pars demain matin, 27, probablement via Port-Vendres (1), et compte donc être à Bordeaux dans une huitaine. Tu pourras peut-être prévenir Mr. Penhoat (2), car j’ai très peu de temps vu que nous sommes rentrés seulement hier de colonne. Tout le Régiment s’en va du reste dans l’Occidental (3), région de Meknès (4), au début du mois prochain.
A bientôt 1000 baisers.


Paul



Notes (François Beautier)
1) - « Port-Vendres » : port français des Pyrénées orientales, le plus au sud de la métropole et le plus proche d’Oran, grand port algérien desservant l’Algérie occidentale et le Maroc oriental.
2) - « Penhoat » : associé de Paul, qui souhaite le rencontrer au plus tôt pendant sa permission.
3) - « l’Occidental » : le Maroc occidental.
4) - « Meknès » : à mi-chemin entre Taza et Rabat via Fès.

mardi 22 août 2017

Carte-lettre du 23.08.1917

Troupeau de moutons devant servir au ravitaillement d'une colonne (culture.gouv)

Carte-lettre  Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Sidi Belkassem (1), le 23 Août 1917

Ma Chérie,

J’ai ta lettre du 3 et te retourne ci-joint celle de Me Crimail (2). Tu n’as jamais insisté sur le point qu’on (3) a saisi aussi quelques titres et intérêts au C.N.E.P. (4), entre autres l’Extérieur Espagnol (5) qui serait maintenant avantageux à vendre. Il n’y a aucune raison qu’on ne te donne pas, au pire aller, ta pension (6) de cet argent-là.
Nous marchons demain à M’Conn (7), et de là samedi à Taza. Comme les permissions pour la France sont rétablies (8), je partirai lundi 27 ou mercredi 29 courant en permission ; nous nous reverrons donc vers le 4 ou 5 Septembre et aurons alors l’occasion de reparler de tout cela verbalement. En attendant de pouvoir vous embrasser réellement, reçois avec les enfants mes meilleurs baisers.

Paul



Notes (François Beautier)
1) - « Sidi Belkassem » : ce nom propre est ici pour la première fois écrit correctement par Paul. Et aussi pour la dernière puisqu’il quitta ce poste le lendemain.
2) - « Me Crimail » : avocat de Paul à Nantes.
3) - « on » : le séquestre, c’est-à-dire le juge chargé d’administrer le séquestre des biens des Gusdorf, « ressortissants étrangers ennemis ».
4) - « C.N.E.P. » : Comptoir national d’escompte de Paris, gestionnaire des emprunts obligataires étrangers.
5) - « l’Extérieur Espagnol » : emprunt obligataire émis par l’État espagnol en 1906 avec une rente de 4,5%.
6) - « ta pension » : Paul réclame pour Marthe à la Société Leconte une pension mensuelle de 300 francs à prélever sur sa part des bénéfices. Si le juge du séquestre refusait cette demande, il pourrait encore autoriser la vente de titres (placés aussi sous séquestre) appartenant au couple et prélever sur le produit de cette vente (lui aussi séquestré) 300 fr au profit de Marthe. 
7) - « M’Conn » : en fait Msoun, à une trentaine de km à l’est de Taza.

8) - « rétablies » : voir la lettre du 18 août 1917 annonçant la suspension des permissions par suite d’encombrement des dépôts d’Oujda et d’Oran. 

jeudi 17 août 2017

Carte-lettre du 18.08.1917

Sorcier vendant des drogues, 1917, Rabat http://maroc1915.hypotheses.org/1307

Carte-lettre  Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Sidi Bel Kacem, le 18 Août 1917

Ma Chérie,

Je viens de recevoir ta lettre du 5/6 courant et suis effrayé que ton malaise persiste toujours. Ce ne serait pas un commencement de dysenterie (1)? 
La lettre de Me Crimail (2) dont tu parles n’était point jointe à la tienne de sorte que je ne sais pas du tout ce qu’il te dit ... Tu me la feras peut-être parvenir par le courrier suivant, car tu te doutes bien que je suis curieux de cette réponse. 
Pour ce qui est de ma permission, mon départ n’est plus qu’une question de temps, car la permission est accordée, et le titre revenu de Rabat (3). Seulement, car il y a un seulement, les permissions pour la France sont suspendues depuis 8 jours à cause de l’encombrement des dépôts d’Oudjda et Oran (4). Mais on compte que les départs reprendront à la fin du mois ou commencement Septembre et je serai parmi les tout premiers partants. Il y a donc beaucoup d’espoir que nous passerons le 16 Septembre (5) ensemble.
Bons baisers pour toi et les enfants.


Paul


Notes (François Beautier, Anne-Lise Volmer)
1) - « dysenterie » : désignée comme « fléau séculaire des armées », cette maladie bactérienne épidémique provoqua environ 10% des décès de soldats au front pendant la Grande Guerre. Paul suppose que Marthe en est atteinte : il pouvait s’agir de gastro-entérite, de diarrhée infectieuse, d’entérocolite, c'est-à-dire de maux alors très graves (le premier antibiotique permettant de les traiter, la pénicilline, fut inventé en 1928). 
2) - « Me Crimail » : cet avocat nantais qui remplace Me Bonamy est chargé par Paul, depuis mai 1917, d’obtenir la levée du séquestre.
3) - « Rabat » : par suite de la rébellion de Fès contre les Français en 1912, Rabat est devenue capitale administrative du Maroc en tant que siège du Résident général du Protectorat du Maroc, le général Lyautey, qui supervise alors le cycle des permissions.
4) - « dépôts » : casernements de la Légion par où doivent passer les engagés aussi bien que les permissionnaires. 5) - « 16 septembre » : anniversaire du mariage des Gusdorf, en Allemagne en 1908. Paul vivait alors à Bordeaux depuis 1906 et Marthe vint l'y rejoindre. Elle décrivit ultérieurement leur première année de vie commune comme "la plus difficile de ma vie". 

mardi 15 août 2017

Carte-lettre du 16.08.1917

Groupe de Marocains, 1919

Carte-lettre  Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Sidi Bel Kacem, le 16 Août 1917

Chérie, 

Je suis sans tes nouvelles depuis le 31 Juillet et te confirme ma lettre du 13 (1). J’espère pourtant que ton état ne s’est point aggravé et que pourtant tu vas mieux. N’as-tu toujours pas reçu une réponse du Maire à la récente demande (2)? En ce qui concerne Mme Robin (3), m’est avis de ne plus s’occuper du tout d’elle. Si elle obtient le paiement du loyer, tant mieux pour elle ; sinon, nous n’y pouvons rien non plus, pouvant au contraire bénéficier d’une réduction de loyer (4) après la guerre. J’ajoute cependant qu’à mon avis cette réduction n’atteindra pas les loyers comme le nôtre dans une petite ville. Je suis sans nouvelles également de Mr. Penhoat (5) et je vais lui écrire du nouveau retard causé par cette colonne (6) qui, je le crains, nous tiendra dehors jusqu’à la fin du mois ou presque. Et Dieu sait si aussitôt nous ne sortirons pas pour une autre direction. 
La crise des effectifs se fait sentir ici, et malheureusement nous ne pouvons pas compter ici sur la relève par les Américains (7) ou les Anglais ! Et quand on est dans l’engrenage, on n’en sort plus. Enfin, je compte toujours sur un revoir (8) en Septembre et je serais rudement désappointé si cette fois-ci encore je n’avais pas satisfaction.
Embrasse bien les enfants pour moi et reçois mes plus tendres baisers.

Paul
Notes (François Beautier)
1) - « du 13 » : ce courrier manque.
2) - « réponse du Maire » : probable allusion à la demande officielle dont Paul avait fourni à Marthe le modèle dans son courrier du 21 juillet (voir sa lettre du 7 août 1917). Le fait que le Maire soit impliqué indique qu’il s’agit vraisemblablement d’un certificat de bonnes mœurs concernant Marthe, en tant qu’hôtesse prochaine de son époux permissionnaire.
3) - «  Mme Robin » : propriétaire du logement des Gusdorf à Caudéran. Il apparaît qu’elle aurait fait appel à la Justice pour s’en faire payer les loyers incomplètement honorés par le couple, qui cherchait au contraire à négocier à l’amiable une baisse du terme en s’appuyant d’une part sur le moratoire concernant le loyer des mobilisés et d’autre part sur la possibilité que lui accordaient les Gusdorf de les renvoyer après simple préavis de 3 mois à compter de la fin de la guerre.
4) - « réduction de loyer » : mesure de pacification sociale promise par les grandes villes en faveur des locataires anciens combattants. Caudéran était à cette époque (et jusqu’en 1965) une commune indépendante de celle de Bordeaux.
5) - « Penhoat » : associé de Paul et de Leconte.
6) - « colonne » : ce mot désigne une formation de combat alors que Paul avait décrit son stationnement à Sidi Belkassem comme un détachement destiné à parachever un poste militaire, ce qui correspondait à la réalité puisque les combats avaient été menés et remportés par un régiment de tirailleurs juste avant l’arrivée du détachement du 6e bataillon (auquel appartenait Paul) sur ce site. Il est donc vraisemblable que Paul ait voulu « noircir » sa situation pour mettre fin aux récriminations impatientes de Marthe le tenant responsable du report de sa permission.
7) - « relève par les Américains » : après les Britanniques venus épauler les Belges et les Français sur le continent dès le début d’août 1914, le premier détachement du corps expéditionnaire américain, conduit par le Général Pershing, a débarqué à Boulogne-sur-Mer le 13 juin 1917, le second arrivant à Saint-Nazaire moins de 15 jours plus tard. 

8) - « un revoir » : une permission permettant de rentrer à Caudéran.

mercredi 9 août 2017

Carte-lettre du 10.08.1917

Camp d'artillerie en montagne

Carte-lettre Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Sidi Bel Kacem (1), le 10 Août 1917

Ma Chérie, 

J’ai ta lettre du 29 et 30 Juillet et te confirme les miennes des 3 (2) et 7 courant.
Comme tu te fais tout de même du mauvais sang ! Je t’ai pourtant dit que j’aurai cette fois-ci ma permission et que je viendrai. Ce n’est qu’une question de temps, de quelques semaines de différence ! Mais il ne faut pas oublier qu’ici la question est plus longue et plus difficile à régler qu’en France, vu 1°) le manque de troupes actives, ou leur insuffisance numérique relative et 2°) la longueur des communications (3) avec Rabat. 
Mais le principe de la permission est maintenant résolu en notre faveur dans les mêmes conditions que les autres corps : 21 jours par an (4). Je ne peux pas te dire maintenant pourquoi la mienne se trouve remise jusqu’à fin Août (5), mais je puis te dire que je l’aurai ! Et je t’en supplie : Ne te rend pas complètement malade : je sais aussi bien que toi ce que j’ai à faire.
Mes meilleurs baisers pour toi et les enfants.

Paul


Notes (François Beautier)
1) - « Sidi Bel Kacem » : en fait Sidi Belkassem, site défensif dont Paul n’écrira finalement correctement le nom que dans son dernier courrier partant de ce lieu, le 23 août 1917. 
2) - « des 3 » : ce courrier manque.
3) - « communications » : pour ces raisons évidentes (insuffisance des effectifs et durée allongée des voyages des permissionnaires en métropole), Lyautey ralentit au maximum la rotation des tours de permission.
4) - « 21 jours par an » : Selon la Charte du permissionnaire discutée et votée à la Chambre le 28 septembre 1916, à compter du 1er octobre 1916, les permissions de détente sont de 7 jours par période de 4 mois (soit 3 permissions annuelles d’une semaine chacune). Ce dispositif est réaffirmé par le général Philippe Pétain pour tous les corps d’armée à compter du 1er février 1917, le temps de voyage aller et retour n’étant pas compté dans la permission mais évalué forfaitairement selon la distance. Le 1er octobre 1917 la durée annuelle de permission de détente sera portée à 30 jours et les délais de route seront établis non plus forfaitairement mais selon la durée réelle des voyages, constatée par les gendarmes ou les maires à l’arrivée en permission puis par les autorités militaires au retour à la caserne.

5) - « fin août » : les chefs de corps, notamment hors de la métropole, prirent l’habitude d’attendre le retour des premiers permissionnaires pour autoriser le départ des suivants. L’insuffisance - donc la lenteur - des systèmes de transport, accrue par les attaques des rebelles et par les torpillages des sous-marins allemands, se traduisit très vite par un retard croissant de ces cycles. Ceci permit aux chefs de corps de « justifier » le prolongement du maintien des hommes en activité alors qu’ils avaient droit à leur première permission de détente.