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vendredi 3 mars 2017

Lettre du 04.03.1917

Les hauts-fourneaux de Pauillac en 1903

Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Taza, le 4 Mars 1917

Ma Chérie, 
Je reçois aujourd’hui en même temps tes lettres des 12 et 21 courant. La première, intercalée entre celles des 9 et 16, est passée par Casablanca et Fez. Tu auras reçu sans doute entretemps mes lignes des 26 et 28 Février et du 2 courant (1), de sorte que tu n’auras pas attendu en vain le facteur. Tu auras appris aussi que ma permission a été bel et bien refusée, de sorte que ce ne sera plus avant la fin de la guerre que nous nous reverrons (2). Ce refus m’avait au premier moment complètement abattu, mais j’en suis revenu depuis et j’en tirerai les conséquences ...
Pour ce qui concerne les usines de Pauillac et du bureau, tu te trompes : Boucau, qui appartient à la Compagnie des Forges et Aciéries de la Marine de Homécourt (3), a toujours été un établissement florissant, situé à environ 1200 à 1500 m de la mer ; ce sont certainement ces hauts-fourneaux qui ont été visés par les canons du sous-marin (4) ne fût-ce que pour voir s’il y avait des batteries de défense sur la côte à l’embouchure de l’Adour.  Comme cette grosse usine travaillait pour la guerre il était enfantin de supposer le contraire (5). Par contre, Pauillac, à mi-chemin entre Bordeaux et l’océan, est à environ 50 km de l’embouchure de la Gironde et se trouve ainsi à l’abri d’un bombardement venant de la côte. Mais les hauts-fourneaux de Pauillac étaient éteints bien avant la guerre et ce ne serait certainement qu’en cas de nécessité absolue qu’on se déciderait à les rallumer. L’erreur fondamentale était de construire cette usine à un endroit où il n’y a ni charbon ni minerai de fer à proximité, circonstance qui rend déjà les produits du Boucau fort chers, alors que les gisements de fer des Pyrénées en sont assez proches. D’un autre côté, Pauillac n’a jamais fait partie d’un groupe de sociétés métallurgiques - les dernières années l’usine n’était que louée par Trignac - assez puissantes financièrement pour faire marcher un de leurs établissements sans bénéfice et même avec pertes au pire aller. Enfin, Pauillac n’a jamais transformé le fer en acier, mais s’est bornée presque toujours à vendre la fonte brute (6). 
Je ne crois pas que les révélations sur Charles H. (7) étaient inventées, car dans ce cas H. aurait porté plainte et Gustave Téry (8) aussi bien que Jacques Dhur (9) auraient été condamnés. Je suis même persuadé qu’après la guerre il y aura une quantité de ces scandales qu’on évite pour le moment pour ne pas troubler l’union sacrée (10). Pour ce qui concerne l’affaire des carbures (11), je ne l’ai même pas suivie ; je suppose que c’est encore l’Etat qui a trinqué là-dedans, à moins qu’il ne s’agisse de fournitures à l’Allemagne ??? Car le carbure sert, je crois, à la fabrication de bombes et obus asphyxiants ? 
Le sort des légionnaires austro-allemands libérés était bien tel que Frid (11) te l’a raconté au début de la guerre, c.à.d. simplement déplorable et injuste. Cela a été changé depuis à peu près 8 à 10 mois. Maintenant ces hommes peuvent travailler dans les fermes en Algérie, à la seule condition qu’ils aient le certificat de bonne conduite (12). 
Quant à l’influence de l’argent sur la situation de l’homme ou sur les relations, je crois que c’est partout la même chose. Le mot “self made men” a été forgé en Angleterre, et a peut-être le plus d’éclat en Amérique, pays neuf et où il y a ou il y avait les plus grandes possibilités d’arriver et de faire fortune avec de l’intelligence et de l’initiative, la chance aidant un peu. Mais du moment où l’on est effectivement arrivé, où l’on a de l’argent, on est pareillement estimé partout sans exception, à moins d’avoir usé de moyens tout à fait équivoques. Qu’en Allemagne on n’a pas l’air de mettre la question financière en avant lorsqu’il s’agit de mariages, c’est plutôt par pruderie - au fond, l’argent y joue le même rôle à cette occasion qu’en France, mais dans ce dernier pays on l’avoue franchement. La danse autour du Veau d’Or que Moïse contemplait en rentrant du Mont Sinaï avec les Tables de la Loi est restée la seule danse antique conservée telle quelle jusqu’à nos jours et elle a beaucoup de chances de passer à la dernière postérité. Et les juifs du moins ne se cachent pas - même en Allemagne - pour mettre l’or toujours au premier plan, qu’il s’agisse d’affaires, d’amour ou d’autres choses (13).
La pluie a recommencé ici et le Groupe Mobile de Taza n’a toujours pas pu partir, bien que son départ soit urgent. Car le citoyen Abd el Malek (14) (se montre de plus en plus turbulent et pourrait bien, en s’acharnant contre les Brannès (15), créer des complications. Mais comme il est toujours du côté du Rif espagnol, il reste insaisissable.
Mille baisers.

Paul




Notes (François Beautier)
1) - "du 2 courant" : ce courrier n'a pas été conservé.
2) - "nous nous reverrons" : Paul rassure malgré tout son épouse en l'assurant implicitement de l'imminence de la paix, qui arrivera selon lui avant qu'une première permission lui soit accordée.
3) - "de Homécourt" : il s'agit en fait de la Compagnie des Forges et Aciéries de la Marine et d'Homécourt (l'actuelle "Creusot-Loire"), née de la cession en 1903 à la Compagnie des Forges et Aciéries de la Marine (fondée par fusion de plusieurs sociétés en 1854 à Saint-Chamond, en Auvergne), de l'usine sidérurgique de la Société Vézin-Aulnoye (ouverte en 1901 à Homécourt, en Lorraine). La Compagnie des Forges et Aciéries de la Marine avait acquis en 1881 l'usine des Forges de l'Adour (installée à Boucau, à l'extrême sud-ouest de l'Aquitaine, en bordure du fleuve côtier de l'Adour).
4) - "du sous-marin" : le 12 février 1917, un sous-marin allemand (peut-être le U-67), fit surface au droit de Bayonne et tira au canon sur l'usine sidérurgique de Boucau une dizaine d'obus qui tuèrent deux ouvriers, en blessèrent une dizaine d'autres et détruisirent une petite partie de la toiture et des tuyauteries de l'établissement. Marthe, qui connaissait l'existence d'une usine sidérurgique à Pauillac, sur le bord de la Gironde, s'inquièta vraisemblablement auprès de Paul de savoir si une attaque semblable pouvait toucher Caudéran et le bureau de la Société Leconte dans le port de Bordeaux.
5) - "le contraire" : l'usine de Boucau n'était pas défendue, contrairement à toute logique. Le sous-marin put d'ailleurs s'enfuir indemne vers l'Espagne.
6) - "fonte brute" : Paul développe une longue liste d'arguments pour convaincre Marthe que l'usine de Pauillac ne constitue pas une cible et qu'il est très peu probable qu'elle soit remise en marche (puisqu'elle est encore moins compétitive que celle de Boucau). Il se peut qu'il oublie de préciser à Marthe l'incapacité d'un canon de sous-marin - parvenant éventuellement à s'approcher de Pauillac - de frapper Caudéran ou Bordeaux, situés à une quarantaine de kilomètres à vol d'oiseau de Pauillac.
7) - "Charles H." : Charles Humbert, sénateur nationaliste et belliciste de la Meuse, propriétaire du quotidien "Le Journal", est suspecté d'intelligence avec l'ennemi depuis la mi février. En effet, un agent turc suspect d'espionnage, Bolo Pacha, arrêté en janvier 1917, prétend que "Le Journal" aurait été acheté avec des fonds provenant des empires allemand et ottoman. Charles Humbert perdra son immunité parlementaire en décembre 1917, sera arrêté le 18 février 1918, puis jugé et acquitté (alors que ses deux acolytes, Bolo Pacha et Pierre Lenoir, seront condamnés à mort et exécutés).
8) - "Gustave Téry" : directeur du quotidien pacifiste "L'Œuvre", qui a publié les rumeurs de trahison du "super-patriote" Charles Humbert.
9) - "Jacques Dhur" : de son vrai nom Félix le Héno, rédacteur dans plusieurs quotidiens dont "Le Journal", il avait dans "L'Éveil" (fondé par lui en janvier 1916) suspecté Charles Humbert et "Le Journal" d'avoir développé une propagande antibritannique dont les premiers bénéficiaires étaient l'Allemagne et ses alliés.
10) - "l'union sacrée" : aspiration populaire et état d'unité nationale né du déclenchement de la guerre, aussi bien en France ("Union sacrée") que dans les autres pays impliqués dans le conflit.
11) - "affaire des carbures" : du carbure de calcium (matière première des explosifs) a été livré juste avant la guerre (alors qu'elle se préparait) à l'entreprise allemande Krupp par un consortium de carburiers français en application de contrats signés au plus tard deux ans avant la guerre. Des députés d'opposition d'extrême gauche prirent appui sur l'interdiction du commerce avec l'ennemi (instituée par la loi du 4 avril 1915) pour suspecter les carburiers français d'avoir préparé la guerre allemande contre la France. Des débats houleux à la Chambre, à partir du 13 février 1917, émurent la presse dès le lendemain en inventant l'expression "Affaire des carbures". Le public, déjà agité par l'affaire Humbert / Bolo Pacha s'émut à son tour. Finalement, le garde des sceaux, Paul Viviani, soucieux de calmer l'opinion publique criant déjà à la trahison des industriels, obtint du Conseil de Guerre en décembre 1917 l'ouverture d'un procès dont l'issue était prévisible : l'acquittement des carburiers (par le Conseil de Guerre le 11 février 1918 et par la Cour d'Assise de Paris le 28 mai 1918).
12) - "Frid" : un Légionnaire d'origine russe ami de Paul. Libéré de son engagement dans la Légion il est passé en décembre 1916 à Bordeaux où il a rendu visite à Marthe.
12) - "bonne conduite" : auparavant ces Légionnaires austro-allemands, qui s'étaient engagés avant la déclaration de guerre et avaient été libérés avant sa fin, étaient considérés comme "ressortissants ennemis" et devaient donc soit se réengager pour la durée de la guerre, soit vivre en métropole dans un camps de rétention (dit aussi "de concentration") sous contrôle policier constant et sans emploi.
13) - "autre chose" : ce paragraphe permet de hiérarchiser les valeurs de Paul. Il est d'abord antiallemand (il hait l'hypocrisie), ensuite libéral (il admire les USA), enfin à égalité profrançais et projuif (il apprécie la franchise). Ce faisant il abuse de préjugés douteux dans lesquels on ne le reconnaît guère...
14) - "le citoyen Abd el Malek" : Paul porte peut-être une certaine considération à Abdelmalek, chef des rebelles marocains, qu'il distingue pour la seconde fois du titre de "citoyen" (voir sa lettre du 28 septembre 1916).

15) - "les Brannès" : l'essentiel des clans de la tribu berbère des Branes a été pacifié de force au début de l'été 1915. Cependant la cause nationaliste et le pouvoir d'Abdelmalek y demeurent très influents. Paul craint à juste titre que, de gré ou de force, le camp des rebelles berbères s'adjoigne assez de Branes pour permettre à Abdelmalek de sortir du Rif espagnol et de prendre le contrôle de la route Taza-Fès qui l'empêche de porter secours aux forces nationalistes regroupées au sud-ouest du Moyen Atlas et au sud-est du Haut Atlas. C'est pourquoi il s'impatiente de l'urgence d'une sortie du Groupe mobile de Taza.

dimanche 5 juin 2016

Lettre du 06.06.1916

Concrétions de la grotte du Chiker (http://nature-extreme.forumactif.com/t964-photos-grotte-maroc)
Madame M. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Taza, le 6 Juin 1916

Ma chère petite femme,

Ainsi que je te l’ai fait savoir hier par carte postale, je suis bien rentré à Taza, suant à grosses gouttes, c’est vrai, mais bien portant quand même malgré quelques 40° de chaleur. C’était une assez rude colonne dans laquelle notre Compagnie a été particulièrement éprouvée, car nous avons eu environ 10% de notre effectif blessé. Il est vrai que les blessures sont en partie légères et qu’un seul de mes camarades seulement est mort. Il est à espérer que tous les autres seront sauvés. C’est la journée du 29 Mai (1) qui a été si coûteuse pour nous, notre Compagnie ayant dû prendre à l’assaut un mamelon boisé et fortement accidenté, défendu fortement par les Marocains. Enfin, les bicots mis en fuite se sont rendus le lendemain et ont fait leur soumission. Quelques jours plus tard c’était une autre aile de notre colonne qui a été fortement engagée : il y a eu des pertes dans presque toutes les unités, mais 5 ou 6 tribus marocaines se sont soumises. Une seule fraction a quitté le pays pour se réfugier chez des voisins dans la zone espagnole (2). Nous avons parcouru des paysages de toute beauté : un jour nous étions campés à côté d’une grotte immense (3) dont l’entrée était haute d’au moins 100 m. Cette grotte était traversée par une rivière et on pouvait y pénétrer à plus de 2000 m. Elle contenait du Tropstein (4) d’une blancheur immaculée, des colonnes descendant du plafond et d’autres montant du sol (Stalactites et Stalagmites) formées souvent de dentelles très fines. Pour nous orienter, nous brûlions de temps à autre des journaux, et les flammes provoquaient des effets curieux sur le Tropstein et dans l’eau, je dirais presque plus pittoresques que les ampoules électriques colorées de Rubeland (5)... Le terrain est cultivé presque partout et le blé, l’orge, l’avoine et même le seigle (ce dernier dans les montagnes) étaient mûrs. La moisson avait commencé déjà et c’est probablement cette raison qui a amené les bicots à la soumission, car dans le cas contraire ils auraient tout perdu. Malheureusement, les nuits étaient toujours mouvementées et malgré une bonne couche de paille sous les reins on ne pouvait guère dormir, car 11 fois sur les 13 notre bivouac était visé par des coups de fusil, quelquefois assez nourris, auxquels nous répondions naturellement. Là aussi nous avons eu quelques blessés ... Il paraît que nous allons repartir lundi prochain 12 cour., mais d’un autre côté (6), pour construire un nouveau poste destiné à protéger la ligne Taza-Fez actuellement en construction. Je t’écrirai dès que je serai exactement fixé.
Je te retourne ci-inclus la circulaire du CNEP et suis d’accord à ce que tu fasses l’opération. Si je me rappelle bien, il reste en dehors de la Rente Espagnole encore 1500 Frs de l’emprunt 1914 de la République d’Argentine - mais pas autre chose ? Il est vrai que l’Argentin n’est marqué que 88% alors que nous l’avons payé 96,50, mais il ne faut pas oublier qu’au lieu des prix de la liste on peut se faire payer le plus haut cours du semestre précédant l’achat éventuel par l’Etat. Au surplus, si celui-ci a un grand intérêt aux titres espagnols, il l’a bien moins pour les Argentins ... Enfin les 25% d’augmentation pour les intérêts sont appréciables ... Tu peux donc, si tu veux, prêter l’Espagnol seul ou l’Argentin avec. La Banque sait l’affaire du séq. comme tu le supposes bien ; ce serait donc à elle de s’adresser à lui si toutefois elle le juge opportun !
Je t’écrirai demain plus longuement au sujet de tes autres demandes, étant encore très fatigué (7).

                                                Ton Paul


Notes (François Beautier)
1) - "29 mai 1916" : ce jour est effectivement retenu comme celui d'une bataille de 17 heures, dite de Djenan Mechbeur, contre les Beni Bou Yala et les Branes dès l'entrée du Groupe mobile de Taza sur leur territoire. Les rebelles ne s'enfuirent qu'après l'intervention des sections de mitrailleuses puis de l'artillerie avec ses canons de montagne de 65 et 75 mm. La bataille coûta la mise hors combat d'une dizaine de Légionnaires. Paul a participé à ce combat (son livret militaire le mentionne), cependant il ne le dit pas à Marthe.
2) - "zone espagnole" : au nord du Rif. Les rebelles marocains s'acharnent à maintenir la liaison nord-sud entre les tribus du Moyen Atlas et celles du Rif, de part et d'autre du "couloir de Taza" que suit l'oued Innaouen.
3) - "grotte immense" : la description du cadre et des particularités de cette grotte indique sans équivoque qu'il s'agit de la plus grande des grottes du Chiker, dans le Djebel Tazzeka qui domine le couloir de Taza en faisant avancer le Moyen Atlas vers le Rif. Ceci signifie que le Groupe mobile de Paul est parti de Taza vers le sud pour contourner le col de Touahar et rejoindre le couloir de l'oued Innaouen par Sidi Abdallah des Rhiata. 
4) - "Tropstein" : en fait "Tropfstein", terme allemand désignant les concrétions de calcite (stalactites et stalagmites).
5) - "Rubeland" : Paul a parlé des célèbres grottes allemandes de Rübeland dans sa lettre du 9 mai 1916.
6) - "d'un autre côté" : vraisemblablement par le nord du "Couloir de Taza" pour protéger la ligne ferroviaire dans le secteur de Sidi Abdallah des Rhiata.

7) - "très fatigué" : Paul est aussi sous-informé, n'ayant pas eu accès à la presse pendant sa "colonne". Sinon il aurait évoqué la "Bataille navale du Jutland" (ou "du Skagerrak" pour les Allemands), gagnée à fortes pertes par les Britanniques au soir du 31 mai 1916, et les combats acharnés des troupes coloniales françaises du Maroc pour la reprise du Fort de Vaux qui résiste depuis le 2 juin dans le secteur de Verdun...

mardi 2 février 2016

Lettre du 03.02.1916

Maroc - Indigènes lisant l'affiche relatant nos victoires, affiche rédigée en français et en arabesource : Opendata
Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Taza, le 3 Février 1916

Par ma carte d’hier je t’ai annoncé notre heureux retour à Taza où j’ai trouvé tes lettres jusqu’au 25 et les journaux dont je te remercie. Je serais heureux d’apprendre que tu as reçu de ton côté mes deux lettre écrites entre les deux colonnes ainsi que les pantoufles envoyées par échantillon recommandé. Et avant de te donner des détails sur notre dernière expédition, je peux répondre aux différentes questions que tu me poses. Comme déjà dit, G. (1) est un demi-concurrent, un vieux renard qui, tout en étant très correct vis à vis de moi, ne m’a jamais eu à la bonne. J’espère donc que tu as reçu ma lettre à temps pour ne pas donner suite à ton projet d’aller le voir. Et je te prie instamment de ne pas prendre ces histoires au tragique : seuls des gens intéressés essaieront des trucs pareils et en revenant j’aurai toute facilité pour les démentir. Plus je réfléchis, plus je trouve l’histoire en question invraisemblable. Il ne faut du reste pas croire Mr. W. (2) à la lettre ! T.P. Thomas & Co. de Cardiff me connaissent depuis 8 ans et j’ai toujours été reçu chez eux comme un ami. Au surplus je connais même leur famille, notamment celle de Mr. Sanders où j’ai toujours dîné au moins une fois ! Telle qu’elle t’a été rapportée, l’histoire est donc certainement fausse et surtout cela n’aurait pas été à G. que Thomas aurait écrit cela. En ce qui concerne l’avocat de Nantes, il m’a bien écrit une fois à Lyon que ma cause lui semblait juste. Mais il a sans doute été mobilisé comme du reste la plupart de ses confrères et a laissé ses affaires en plan. Laisse donc cette histoire telle qu’elle est : il existe, je crois même, une loi interdisant aux avocats de s’occuper des affaires des hommes ressortissants des pays ennemis (3). Tout cela se règlera une fois la guerre terminée et je t’ai déjà expliqué que je ne partage nullement ton pessimisme irascible. Tu peux aller voir le représentant du séq. (4) à Bordeaux ; mais pourquoi s’esquinter dans l’unique but de faire plaisir à Mme Robin ? Ta lettre est du reste très bien écrite et tu n’as qu’à attendre la suite et au besoin rendre visite à cet avocat de Bx. (5).
Les agissements de Leconte vis à vis du bureau de Bx devront être vérifiés avant d’être jugés. Le cas Malaret (6) se greffe très probablement sur la question des frais dans laquelle M. était toujours irréductible. Mais je suis vraiment étonné d’apprendre que L. fait des tentatives pour évincer aussi Siret (7), dont il avait une très bonne opinion. Sais-tu s’il y a toujours un travail régulier à Bx ? Dans tous les cas, si je reviens, je mettrai bon ordre dans tout cela ! Merci aussi des lunettes qui m’attendaient ici par recommandé. Elles sont très jolies et doivent avoir coûté au moins 4 ou 5 Frs ? Ta lettre du 31 Décembre me parvient aujourd’hui via Casablanca avec la coupure de l’Humanité (8) que je te retournerai par un prochain. En même temps j’ai reçu une lettre de Mr. Watson (9), qui est comme capitaine dans l’armée anglaise et qui m’écrit 4 pages des plus aimables. Je t’enverrai la lettre lorsque j’y aurai répondu. 
Donc Georges Laforcade et Plantain t’ont également rendu visite. Que ce dernier soit venu le soir n’est donc point si extraordinaire ! S’il était venu à midi, tu aurais découvert qu’à cette heure, tout le monde était à table ... Et c’est avec le même scepticisme que tu envisages les visites de la famille Diet. Pourquoi, Diable, croire toujours au plus mauvais ? Au fond, ces visites te sont plutôt agréables, alors pourquoi récriminer ? Il est certain qu’en restant toute seule, tu t’abandonnerais complètement à tes idées noires ; je suis donc vraiment content que tu aies au moins de temps à autre l’occasion de parler à des personnes susceptibles de te remonter le moral - et à propos de la question financière, je te dirai en passant que la Mon (10) me doit également 5% d’intérêt, de sorte que nous ne perdons rien à l’Ameublement Général. 
Notre dernière colonne était dure, mais elle a eu un plein succès (11). Il y avait des étapes où l’on marchait, sac au dos, du matin 7 hs à 18 hs, grimpant des montagnes de 1000 m et davantage. Nous étions à côté de la zone espagnole sur le territoire des Metabza et le ravitaillement y était d’autant plus dur que le transport des canons et munitions exigeait un grand nombre de mulets. Aussi avions-nous souvent pour toute la journée un bout de beefteck froid avec 1/2 pain et, lorsque le pain manquait, 6 biscuits. Ceux qui avaient de l’argent pouvaient se procurer certains jours des vivres à prix d’or. Et le soir, après avoir campé, tout le monde se précipitait comme des affamés sur la soupe, le riz, le café et vin, car la viande arrivait souvent trop tard le soir ou bien était remplacée par le “singe”, viande de conserve représentant les vivres de réserve dont chacun porte 2 boîtes dans son sac. Ce singe est du reste de toute première qualité et supérieur au corned-beef américain que j’achète quelquefois (Liebig ou Chicago). Le 26 au soir, nous étions campés sur des rochers abrupts, hauts de 1000 à 1200 m. Il fallait travailler avec la pioche pour aménager des places pour les tentes au flanc des rochers. Dès notre installation, nous étions attaqués, mais assez mollement. Le lendemain matin, anniversaire de Guillaume (12), la majeure partie des troupes quittait le camp avec bidon, musette et toile de tente seulement pour attaquer le fameux Abd el Malek. Dès 8 hs, nous étions en plein combat : les 16 canons, les mitrailleuses et les fusils ne s’arrêtaient pas pendant toute la journée et nous avancions par bonds à travers les ravins. Vers midi nous pouvions apercevoir le camp d’Abdelmalek. A ce moment, la colonne du Maroc Occidental sous le Colonel Simon (13) nous joignait venant de l’autre côté et la canonnade et la fusillade étaient à leur comble. Des centaines de cagnas étaient en flamme et la fumée et le feu s’élevaient de toutes les hauteurs environnantes. Notre cavalerie, les goumiers et les spahis s’avançaient vers le camp qui avait été déjà bombardé et que nous-même (notre bataillon) n’a pas vu de plus près. Mais le soir, nos cavaliers rentraient chargés de butin de toute sorte, des lits, des tapis, des tentes, du mobilier, des poulets etc. tandis que nos partisans arabes (Brannès et Tsouls) (14) avaient déménagé les cagnas. Car les Metabzas (15) les avaient attaqués et pillés peu avant et ils rentraient ainsi dans leurs biens. Vers 17 1/2 hs nous campions “à la saharienne” dans un bois sur les collines. Comme on avait même laissé les couvre-pied à l’autre camp, on avait horriblement froid dans la nuit, malgré la distribution d’eau de vie dans le café après le repas. Je me levais vers 3 hs du matin et je trouvais déjà la moitié de la Cie autour de grands feux qui flambaient partout sur tous les mamelons. Les poilus (16) en capote qui portaient çà et là du bois, des arbres entiers pour alimenter les feux, avaient l’aspect de géants dans la brume légère qu’il faisait. Abd El Malek s’était enfui dans la zone espagnole ... jusqu’à la prochaine fois. Nous avons eu un deuxième combat sérieux le 30, la fête chez les Beni Boujalas (17) dont je te parlerai dans ma prochaine lettre. J’avais, ce jour-là (18), cueilli quelques jolies fleurs d’amandier, mais lorsque je les ai sorties hier de ma cartouchière pour te les envoyer, elles étaient complètement fanées et méconnaissables. J’ai pensé beaucoup à toi ce jour-là ...
Merci aussi de la jolie lettre de Suzette à laquelle je répondrai par un prochain.
Meilleurs baisers pour toi et les enfants.

                                                   Paul



Notes (François Beautier)
1) - "G." : relation d'affaires de Paul, évoquée par cette même initiale dans sa lettre du 23 janvier 1915.
2) - "Mr. W." : Mr. Wooloughan.
3) - "ressortissants des pays ennemis" : effectivement, leurs affaires sont placées sous séquestre et donc "gelées".
4) - "le séq." : le séquestre.
5) - "Bx." : Bordeaux.
6) - "Malaret" : l'un des employés de Paul au "Bureau de Bordeaux" de la Société Leconte.
7) - "Siret" : l'un des employés de Paul au "Bureau de Bordeaux" de la Société Leconte.
8) - "l'Humanité" : le journal socialiste fondé par Jean Jaurès. L'article en question pourrait être celui qui, à la fin 1915, fit l'éloge du livre de Romain Rolland titré "Jean Jaurès", précédemment publié en feuilleton en Suisse à partir du célèbre "Au-dessus de la mêlée".
9) - "Mr. Watson" : Paul est manifestement ravi de recevoir des vœux dont beaucoup viennent d'entreprises importantes et de personnalités étrangères, par exemple ce capitaine anglais. Est-il conscient qu'il apparaît ainsi, aux yeux de ses éventuels lecteurs militaires, comme un correspondant trop cosmopolite et polyglotte pour être banal ? 
10) - "la Mon." : la "Maison" (entreprise). Il semble que les Gusdorf aient versé un acompte à une société d'ameublement qui n'a pas livré les meubles qu'ils y avaient commandés et en partie payés (peut-être du fait du séquestre ?). Paul rassure Marthe : cet acompte n'est pas perdu et il rapportera même 5% d'intérêt.
11) - "plein succès" : effectivement, les rebelles organisés par Abdelmalek ont été dispersés après la prise de son quartier général lors de la contre-offensive française du 27 janvier 1916. 
12) - "Guillaume" : l'Empereur Guillaume II est né le 27 janvier 1859. Paul, qui a participé à la prise du camp de l'émir Abdelmalek, évoque par cette allusion à Guillaume II le soutien de l'Allemagne au chef de la rébellion antifrançaise (la Turquie et l'Espagne l'encourageaient aussi).
13) - "Colonel Simon" : il s'agit du colonel Henri Simon (1866-1956), futur général, placé par Lyautey à la tête d'une colonne de troupes du Maroc occidental en vue de maintenir la liaison entre les deux Maroc par la voie stratégique de Fès à Oujda via Taza. L'Histoire retient que le Colonel Simon a "dégagé" Taza, fin janvier 1916, des menaces qu'Abdelmalek faisait peser sur la ville. Paul avait déjà évoqué cet officier dans sa lettre du 20 juillet 1915.
14) - "Brannès et Tsouls" : en réalité, tous les Branes n'étaient pas pacifiés, de même que les Tsouls, une tribu berbère arabisée alors établie au nord-ouest de Taza. Cependant, la défaite et la fuite du chef nationaliste Abdelmalek rendait pour longtemps impensable tout soulèvement efficace.
15) - "les Métabzas" : tribu rebelle du versant sud du Rif, déjà évoquée par Paul le 16 juillet 1915. 
16) - "les poilus" : Paul ne résiste pas à l'emploi de ce mot habituellement très rare chez lui mais que l'ambiance nocturne, la neige, les lourdes capotes militaires, les feux de camp, la boue, les combats en cours... rendent ici exceptionnellement approprié. Ce faisant, ne risque-t-il pas d'inquiéter Marthe ?
17) - "les Beni Boujalas" : en fait "Beni Bou Yala", tribu rebelle liée aux Beni Krakra et comme elle très agitée depuis le début janvier 1916. Paul évacue le récit du combat et parle de "fête chez les Beni Boujalas" (il s'agit de fêter l'anniversaire de Marthe) !

18) - "ce jour-là" : Paul rassure Marthe en sortant de sa cartouchière des fleurs d'amandier spécialement cueillies pour son anniversaire. 

vendredi 22 janvier 2016

Lettre du 22.01.1916

Document Delcampe
Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Taza, le 22 Janvier 1916

Ma chère petite femme,

Nous voilà enfin de retour à Taza, et bien que je sois encore rudement fatigué, je me remets de suite à t’écrire ces lignes pour que ma lettre te parvienne pour le 30 (1). Tous mes voeux pour l’année qui va commencer pour toi et toutes mes félicitations pour le jour qui t’a fait naître. Et il n’est certes pas téméraire d’ajouter que ce sera le dernier de tes anniversaires que nous vivrons séparés ! Sois sûre que je penserai demain en 8 (2) beaucoup à toi ou beaucoup plus encore que d’habitude ! Je t’adresserai demain un petit souvenir qui, s’il n’est pas bien utile, te fera, je l’espère, un peu de joie, en pensant qu’ici le choix est bien limité et que ce petit cadeau a été choisi avec amour.
Nous sommes donc bien rentrés hier soir, contraints par le mauvais temps, car sans cela nous serions encore restés dehors. Les premiers 10 jours nous avons été bien favorisés par le temps : des journées radieuses, où l’on marchait sans trop suer. Les nuits cependant étaient glaciales et on grelottait bien sous la petite guitoune, vu qu’on n’avait qu’un couvre-pied et la capote pour se couvrir. Au surplus, les hommes de garde couchaient dans la tranchée dehors et comme on était de garde chaque 3° nuit, ce n’était précisément pas un plaisir. Notre première étape était à l’ancien camp de Djebel Alfa (3), à environ 25 km d’ici. Le deuxième jour, nous sommes allés camper dans les montagnes situées dans le terrain des Beni Boujala (4), dont 3 ou 4 factions avaient attaqué des tribus voisines soumises. Une des tribus non soumises (les sympathiques Beni Kra Kra, sympathiques rien que par leur nom) nous avait du reste attaqués en Août dernier, lorsque nous étions rentrés de notre colonne. La mentalité des bicots est tout à fait spéciale : voyant que nous étions en face et avec une bonne artillerie, ils avaient évacué les premiers villages de leur territoire et opposaient très peu de résistance. Mais il a fallu que nous bombardions pendant 3 jours leurs mechtas pour qu’ils viennent demander les conditions de la soumission. On les leur indique en se basant sur les frais de la colonne et notamment sur le coût des obus et cartouches usés (5). Ils se grattent le bouc et s’en vont : l’histoire leur paraît trop chère et il faut recommencer le lendemain pour qu’ils se soumettent, définitivement j’espère, car ils ont eu plusieurs centaines de cagnas (6) de détruites. Nous sommes ensuite allés dans les hautes montagnes du côté de Bab Morouche (7), un nouveau poste, monté par nous l’été dernier, à près de 1200/1300m d’altitude. De là nous avons également fait des sorties. 
Il y a dans le voisinage de très jolis paysages abrités dans les vallées. Des mechtas (8) très propres avec autour des forêts d’oliviers et de chênes de liège. Dans les jardins on voit des amandiers fleuris ; les cagnas sont propres et assez grands. Leurs propriétaires, une tribu soumise depuis l’été dernier, les Brannes (9) - entourés d’un tas d’enfants, se tiennent sur le seuil, la pipe au bec, et nous saluent. Ils viennent du reste au camp nous vendre du thé, de la kesra (10) (pain d’orge des bicots), du café, des oranges etc. Le 19 en rentrant d’une reconnaissance nous avons été surpris par la pluie et la nuit il a commencé à neiger à gros flocons. Le lendemain matin tout était couvert de neige et nous avons passé quelques mauvais moments dans nos tentes. Je me trouvais alors avec ma section sur une colline à 500 m environ au-dessus du camp et le vent et la neige mélangés de pluie étaient tels qu’on ne pouvait même pas faire du feu pour faire la soupe. Nous n’avions alors qu’un quart de café comme aliment chaud, mais le soir on nous distribuait un peu d’eau de vie pour nous réchauffer et le lendemain matin nous en avions également dans le café ce qui fait beaucoup de bien. Enfin, nous sommes rentrés hier soir, faisant d’un seul trait 40 km dans une boue qui rendait la marche très pénible. Il est juste de dire qu’on avait allégé notre sac ; les couvre-pied, toiles de tente et viande en conserve étaient transportés sur les mulets. Heureusement que la pluie a fait trêve hier pour ne recommencer qu’aujourd’hui ! Et avec quelle joie avons-nous retrouvé notre lit avec les couvertures chaudes ! En somme, s’il y a, à ces colonnes, des moments pénibles, des moments où l’on ne se tient debout qu’à force d’énergie, il y a aussi des minutes agréables. Nous espérons néanmoins tous que celle-ci était la dernière colonne cet hiver. J’ai ramassé dans une des maisons détruites des feuillets écrits en arabe sur une espèce de parchemin, très proprement, presque comme les vieilles bibles (11) écrites autrefois par les moines et dont il y a quelques précieux spécimens dans la bibliothèque de Wolfenbüttel (12). Inclus une de ces feuilles ; les autres suivront dans le petit colis et je te prie de les conserver.
Ton pessimisme ne s’est donc point confirmé et je souris en relisant ta lettre du 4 et les deux suivantes qui contredisent point par point tes noires prévisions. Mr. Penhoat d’abord m’a bien adressé le mandat de 100 Frs et son récit des 1000 Frs perdus n’était point un prétexte pour se dérober. Le colis de ton amie, expédié le 15 de Stockholm, ne pouvait point arriver avant les premiers jours de Janvier et tu vois bien qu’il est arrivé intact. Enfin, l’histoire des Plantain me paraît bien invraisemblable. Lui dans tous les cas continue à m’écrire plus régulièrement que je ne lui réponds ; j’ai reçu 2 fois de ses nouvelles depuis le 1° de l’an. Vu sa façon cordiale d’écrire, il m’est difficile de croire qu’il a évité à dessein de te voir ; pourquoi alors sa femme continuerait-elle à te fréquenter (13)? 
Je reviendrai par un prochain sur les autres points de tes lettres, ayant hâte d’expédier la présente pour qu’elle arrive à temps.
Embrasse bien les enfants pour moi et reçois toi-même mes meilleurs baisers.

                                                 Paul


Un bonjour pour Hélène. Son neveu m’a adressé une carte de nouvel an à laquelle je répondrai demain. 


Notes (François Beautier, Anne-Lise Volmer)
1) - "pour le 30" : jour anniversaire de Marthe et, selon la tradition, avant-dernier jour pour présenter les vœux de bonne année.
2) - "demain en 8" : ce sera le 30 janvier, Marthe aura 36 ans... (Paul en aura 34 le 3 avril).
3) - "Djebel Alfa" : officiellement "Djebel el Alfa", nouveau blockhaus à la construction duquel Paul a participé en mai 1915 (voir sa lettre du 21/5/15) après une attaque des Branes.
4) - "Beni Boujala" : en fait "Beni Bou Yala", l'une des tribus rebelles du versant sud du Rif, au nord-ouest de Taza. Elle est alliée à celle des Beni Krakra habituellement située au nord-est de Taza.
5) - "des obus et cartouches usés" : dans cette guerre coloniale qu'on dirait aujourd'hui asymétrique, les villages - évacués par leurs habitants rebelles - sont pris en otage et bombardés jusqu'à ce que les tribus demandent le cessez-le-feu et paient à l'armée française le coût des munitions utilisées pour les "pacifier".
6) - "des cagnas" : mot d'argot des troupes coloniales d'Indochine, généralisé à l'ensemble des troupes françaises pendant la Grande Guerre, désignant les abris militaires creusés dans le sol, ici employé par Paul pour désigner les cahutes très rustiques (en arabe "gourbi") des villages et hameaux des Marocains.
7) -"Bab Morouche" : précédemment nommé phonétiquement "Bab Marouche" par Paul, officiellement "Bab Moroudj".
8) - "des mechtas" : mot arabe désignant les villages et hameaux.
9) - "les Brannès" : officiellement "Branes".
10) - "la kesra" : pain de semoule à l'huile, dit aussi en arabe "aghroum" et en français "galette algérienne" ou "pain kabyle", voire "pain égyptien". Paul en a déjà parlé le 6/8/15.
11) - "vieilles bibles" : il s'agit sans doute d'un Coran ancien, manuscrit, que Paul sauve de la destruction car il en saisit le caractère précieux. 
12) - "Wolfenbüttel" : allusion à la "Samson Schule" de Wolfenbüttel, école secondaire et supérieure libre originellement juive fondée en 1786, où Paul fit ses études.
13) - Marthe se fait une spécialité de ces négligences ou insultes imaginaire, dont elle accuse régulièrement toutes ses connaissances. 

samedi 18 juillet 2015

Carte postale du 19.07.1915

Document Beekollect
Carte postale  Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Taza, le 19-7-1915
                                           Lundi

Ayant été dehors tous ces jours-ci je n’ai pas trouvé le temps de t’écrire seulement une ligne depuis vendredi.
Je t’enverrai demain une lettre et, entretemps, mes meilleurs baisers pour toi et les enfants.


                                               Paul