vendredi 8 avril 2016

Lettre du 09.04.1916

Conférence des Alliés, mars 1916

Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Taza, le 9 Avril 1916

Chérie,

En main tes lettres des 29 et 31 Mars et le journal du 30. Nul doute que tu auras reçu entretemps mes correspondances car je t’écris très régulièrement tous les 2 à 3 jours. Prière de m’envoyer quelques cartes postales dont je manque presque entièrement. Le retard provient sans doute des 4 jours que nous étions en route et où je n’ai pu écrire.
Tu as bien tort de prendre au tragique la visite que tu me signales. En vérité j’étais même fort étonné qu’on t’ait laissée tranquille pendant aussi longtemps ! Ce ne sont pas à mon avis les voisins, mais il doit s’agir d’instructions générales (1). Je ne sais pas si tu as lu récemment les débats à la Chambre, où il y avait une interpellation assez violente, je crois de Mr. Gautier de St Hilaire ...(2)
Naturellement ces histoires sont désagréables et surtout pour toi qui n’as pas les nerfs bien solides, mais il faut le subir - car on ne peut pas faire autrement. Seulement ces gens devraient bien avoir pu se rendre compte à qui ils ont affaire et c’est là le côté le plus désagréable parce que précisément nous avons agi très loyalement.
Tu fais bien de te faire arranger les dents avant que ce ne soit trop tard, et je t’engage même à le faire faire comme il faut pour ne pas avoir besoin d’y revenir. Seulement qu’est-ce que tu dois souffrir pour te faire arracher tout à la fois !!!
A propos des lettres anonymes, je suis toujours persuadé que c’est un concurrent qui pense de cette façon-là à moi.
A mon avis il ne dépend pas de Mr. Leconte si Mme Robin rentre dans ses fonds, mais uniquement du séq. Malgré mes explications réitérées tu ne sembles pas vouloir comprendre la situation qui est cependant assez nette. Ce n’est que pour laisser à la maison la possibilité de continuer ses opérations qu’on lui a laissé mon avoir, et si réellement on ne me le rendait pas, ce ne serait en aucun cas L. qui en bénéficierait, mais l’Etat. Il se peut que si Me Bonamy (3) ne m’écrit plus, c’est d’accord avec L. mais même cela ne me paraît point certain!
Je t’ai déjà accusé réception du mandat aussi bien que du colis et suis même étonné que ma lettre après réception du mandat ne te soit pas parvenue avant le 31. Bien entendu tu peux utiliser la ceinture comme tu veux, car je n’en ai point besoin. Mais comme l’étoffe n’est pas bien forte, les vêtements ne feront probablement pas un très long usage.
Notre petit Georges va donc avoir 4 ans demain. Bon dieu, comme le temps passe quand même ! Je me rappelle encore comme si cela avait été hier de cette pénible nuit du 9 au 10 Avril 1912 où le Dr Salès m’a fait jurer comme un païen.
Il est à espérer qu’en dehors des bons dîners et toasts consommés, il résultera quelque chose de bon de la grande conférence des alliés (4) à Paris. Certes, le discours du Chancelier  (5) au Reichstag (6) paraît assez confiant, mais une attaque bien coordonnée sur tous les fronts devrait tout de même nous rapprocher de la fin de la guerre. C’est l’action de l’Italie qui me semble toujours peu sérieuse et pas du tout en rapport avec les ressources et moyens de ce pays (7).
De toutes façons, je compte d’autant moins sur une nouvelle campagne d’hiver - c.à.d. une quatrième - que mes effets de laine (caleçons et maillot) finiront tout juste cet hiver-ci et que je n’en veux pas d’autres ici.
Embrasse bien les gosses pour moi et reçois toi-même mes meilleures baisers.


                                                   Paul


Notes (François Beautier)
1) - "instructions générales" : sans doute Marthe a-t-elle reçu la visite surprise (mais prévisible) du commissaire de police de Caudéran chargé d'enquêter sur son foyer (elle est "ressortissante étrangère de pays ennemi").
2) - "Gauthier de Saint-Hilaire" : il semble que Paul ait confondu avec Adrien Gaudin de Villaine, sénateur de la Manche depuis 1906, qui prit à partie le Ministre de l'Intérieur Louis Malvy lors d'une très longue et virulente intervention au Sénat le 23 mars 1916. Cette critique brutale participait de la campagne de l'extrême droite contre le gouvernement républicain sur le thème de l'absence de lutte contre l'espionnage mené en France par les "ressortissants étrangers ennemis d'origine allemande". Cette campagne avait déjà intéressé Paul lors de la lecture de la série d'articles "Les Boches de Paris" consacrés à ce thème par Georges Prades dans Le Journal (voir sa lettre du 21 février 1916). Cette fois il se sent directement visé (parmi plus d'une centaine d'Allemands nommément désignés dans les 12 pages du rapport de séance, apparaît le directeur de la centrale électrique d'Abzac, près de Coutras, en Gironde - possible client ou connaissance de Paul - qualifié de traître en puissance parce qu'il était Allemand né en Alsace de parents allemands). C'est peut-être sous le coup de l'émotion qu'il oublia le titre et le nom réels du dénonciateur xénophobe, germanophobe et antisémite. Mais d'où lui vînt cette idée de le dénommer "Gautier de Saint-Hilaire" ? 
3) - "Me Bonamy" : Maître Bonamy, avocat chargé par Paul en décembre 1914 d'obtenir la levée du séquestre de ses biens.
4) - "conférence des Alliés" : il s'agit de la Conférence des Alliés réunie au Palais du Luxembourg à Paris depuis le 27 mars 1916 (elle se terminera par un volet économique le 27 avril 1916).
5) - "Chancelier" : Theobald von Bethmann Hollweg (chancelier du Reich de 1909 à 1917).
6) - "au Reichstag" : du 23 mars au 7 avril 1916, l'examen du budget militaire par le Parlement allemand fut marqué par une déclaration de Karl Liebknecht, pacifiste refusant de voter les crédits des armées, qui entraîna le 24 mars la dissidence de 18 députés du PSD, puis par une longue intervention du chancelier du Reich, le 5 avril, confiant en la victoire de l'Allemagne puisque ses positions mondiales étaient à ses yeux puissantes.
7) - "de ce pays" : allusion à la défaite, à la fin du mois de mars 1916, de la Cinquième bataille de l'Isonzo lancée le 9 mars contre les Austro-Hongrois par les Italiens pour soulager un peu les Français très occupés à tenir Verdun. Ce nouvel échec de l'Italie conforta la mauvaise opinion que se faisaient les Alliés de sa capacité et de sa motivation à faire la guerre. 

lundi 4 avril 2016

Lettre du 05.04.1916

Porte du Mella, Fez, vers 1920. Photographie Joseph Boushira
Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Taza, le 5 Avril 1916

Ma chérie,

Je viens de recevoir ta lettre du 27 qui s’est croisée avec la mienne du 2. Je t’aurais écrit hier ou aujourd’hui à midi, mais nous étions tenus en haleine tous ces jours-ci d’une façon extraordinaire : Le 3, convoi à Bab Mersouka (1) avec plusieurs traversées des oueds qui sont très profonds en ce moment et dont le courant est formidable. L’année dernière, nous étions le 3 également en convoi (à Bou Ladjeraf) (2) et il faisait tout aussi beau. Tout le pays est vert et couvert d’un tapis extraordinaire de fleurs. Le 3 au soir, je prenais la garde jusqu’au 4 au soir où le Général Henry (3) est arrivé de Fez (4). Ce matin, grands préparatifs parce que le Général devait visiter nos baraquements. Tout fut donc chambardé jusqu’au moment de la dite visite qui dura à peu près une seconde ... Cet après-midi enfin nous étions au tir et, comme dans la soirée la pluie se mettait à tomber, le nettoyage des armes etc. a pris pas mal de notre temps dit de repos ... 
Je te fais du reste mes compliments pour la confiture qui est  réellement bien meilleure que ce qu’on trouve dans le commerce. Le gâteau était également excellent et le chocolat idem. Quant au cassoulet et au poulet, je ne les ai pas encore attaqués. La lettre de Suzette m’a fait beaucoup de plaisir, et malgré l’orthographe encore un peu pittoresque, j’y constate tout de même des progrès. Ce que je ne comprends pas bien, c’est que Mme Plantain habite la Rue de l’Hermitage qui, en somme, est presque aussi éloignée de son usine du Cours de Bayonne que son domicile de Bègles ...? Et Suzanne apprend donc réellement l’allemand ?
Il est vrai que depuis près de 3 mois je n’ai plus écrit ni à Georges ni à Mr. Plantain, car d’une façon générale j’ai trop de flemme pour faire de la correspondance. Pl. (5) ne retourne donc pas au front et reste à l’arsenal de Tarbes ? Au sujet des permissions, on nous disait encore hier au rapport que seules ont des chances d’être prises promptement en considération les demandes s’appuyant sur un motif sérieux, maladie d’un parent proche etc ; encore faut-il que cette maladie soit attestée par la gendarmerie de l’endroit où le permissionnaire se rend. Il est donc à peu près certain que Savario n’obtiendra pas sa permission pour Caudéran.
Yvonne Penhoat (6) est certainement déjà une grande fille, et, étant en classe à Paris, doit être restée bien moins bébé que Suzanne. Jeanette (7), si je me rappelle bien, a l’âge de notre Georges et il doit donc être content d’avoir pour quelques jours “une petite fille”. Car je suppose que même déjà à son âge, sa soeur n’est pas la petite amie rêvée ...
Je lis sur le journal que la Banque de P. & P.B. (8) distribue 25 Frs. de dividende par action. Le bénéfice a sérieusement augmenté par rapport à l’année 1914 et les réserves sont tellement dotées qu’elles atteignent plus de 90 millions. Il est donc à présumer que ce titre remontera d’une façon régulière. Je suis curieux si le Comptoir d’Escompte (9) qui l’année dernière n’avait pas non plus distribué de dividende en paiera cette année-ci. Les petits rentiers (10) qui ne touchent qu’une partie de leurs coupons ne doivent pas être non plus dans leurs petits souliers dans ces temps de vie chère.
Je suis content d’entendre qu’Hélène est rétablie ; bien le bonjour de ma part ainsi que pour toute la famille Penhoat.
Mille baisers pour vous tous.


                                              Paul



Notes (François Beautier)
1) - "Bab Mersouka" : avant-poste officiellement dénommé Bab Merzouka (actuel Bab Marzouka), établi sur la crête du Col du Touahar, à une douzaine de km à l’ouest de Taza, pour contrôler la route de Fès. Paul en a parlé dans ses lettres du 28 février et du 23 mai 1915.
2) - "Bou Ladjeraf" : poste de protection de la voie ferrée Fès-Oujda. Paul en a parlé dans sa lettre du 4 avril 1915.
3) - "Général Henry" : en fait Henrys, chargé par Lyautey de maintenir la liaison entre les deux Maroc (oriental et occidental).
4) - "Fez" : officiellement Fès.
5) - "Pl." : Mr. Plantain
6) - "Yvonne" : fille aînée des Penhoat.
7) - "Jeannette" : fille cadette des Penhoat. 
8) - "P. & P.B." : Banque de Paris et des Pays-Bas, fondée par fusion de plusieurs banques européennes en 1872, elle est pendant la Grande Guerre la principale banque d'affaires française. Le relèvement de son cours en 1916, après la chute liée au début de la guerre, provient essentiellement du renchérissement du pétrole, dont elle contrôle par la Compagnie Française des Pétroles l'un des grands gisements exploités en Roumanie et dont elle entend contrôler bientôt les fabuleux gisements de la Shell en Mésopotamie grâce au renforcement de l'influence française sur Mossoul (actuel Irak).
9) - "Comptoir d'Escompte" : Comptoir national d’escompte de Paris. Paul en possède des titres qui sont placés sous séquestre avec ses autres biens : ce n'était pas grave en 1915 puisque le CNEP n'avait pas versé de dividendes, mais il est possible qu'il en verse en 1916... 
10) - "vie chère" : la situation des petits rentiers est effectivement préoccupante du fait du moratoire sur les loyers, de l'arrêt des versements de dividendes (il y a reprise en 1916) et des intérêts d'emprunts par beaucoup d'institutions et d'entreprises, enfin de l'augmentation importante de la plupart des prix des denrées de consommation courante. Mais la situation est encore plus grave en Allemagne du fait du blocus.

vendredi 1 avril 2016

Lettre du 01/02.04.1916

Amandier en fleurs (Maroc)

Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22 Caudéran

Taza, le 1° Avril 1916

Chérie,

Je te confirme ma lettre d’avant-hier et viens de recevoir aujourd’hui ton colis qui, grâce à l’emballage en toile, est arrivé en parfait état. Bien entendu, la caisse était cassée à l’intérieur, mais la toile retenait les planchettes. Voici ce que j’en ai retiré : 1 gâteau, 1 boîte de poulet à la gelée, 1 boîte de cassoulet, 1 boîte de confiture, 4 plaquettes de chocolat Louit, 1 boîte de croquant Melba (1), 1 brosse à dent, 1 tube de pâte dentifrice, 2 savonnettes, 1 paire d’espadrilles et 1 superbe saucisson. Mille mercis de toutes ces bonnes choses qui, venant de toi, me font un double plaisir. Je vois bien les gosses autour de la caisse au moment où tu la remplissais ...
Notre reconnaissance de l’autre jour, bien que de courte durée, fut assez dure. Nous avons fait près de 30 km par jour et notamment le premier jour environ 35 km. Comme il faisait très chaud, beaucoup de monde restait en arrière ; je suis cependant bien arrivé à toutes les étapes, bien que très fatigué ! comme du reste tout le monde.
Il s’agissait plutôt d’une tournée de police pour voir si les tribus fraîchement soumises ne tiraient pas sur nous. Ce n’est que pendant la première nuit qu’un coup de fusil a été tiré d’une gagna (2) située en face de notre camp sur un mamelon et dont la balle a, paraît-il, traversé la tente du Commandant de notre groupe sans faire de mal à personne. Tous les habitants de cette cagna ont été amenés le lendemain à Bab Marouche (3) ... Ce fut tout comme coups de feu, mais dans la nuit de mercredi la pluie se mettait à tomber et on est rentrés de Djebel Alfa (4) à Taza dans la boue habituelle. Seulement, quelques kilomètres avant Taza, la pluie devenait torrentielle et à notre arrivée, le Commandant d’Armes pouvait signaler, à l’instar du Général Canrobert (5), l’arrivée de troupes fraîches, car nous étions mouillés comme des chats.
Je te retourne ci-joint les 2 coupures de l’Humanité. L’article sur la physionomie de Berlin (6) m’a beaucoup intéressé et je crois que ces observations sont plus justes que celles publiées ce dernier temps par tous les grands journaux français. Pour en tirer une conclusion sur l’intervention du peuple allemand, je me garderai bien, quoique je ne partage point ton opinion. Si réellement il y avait pénurie de denrées alimentaires ou d’autres matières de première nécessité, et que la fin de la guerre n’est pas à prévoir malgré tous les morts et blessés, je reste persuadé que le sentiment élémentaire du peuple et l’instinct de la conservation deviendront plus forts que les calculs de l’avenir économique, d’autant plus que la grande masse ne comprend pas beaucoup à la question du commerce extérieur et des relations économiques entre les différents pays. Que dire des histoires de Russie (7)? J’ai lu entretemps que l’interpellation au sujet des juifs a été retirée ... La question de l’égalité devant la loi est donc toujours un vain mot là-bas ! A moins que les juifs russes soient réellement une race à part ? ...
En ce qui concerne la question des permissions à la Légion, trois ont été accordées hier à des Français, mais le Caudéranais Savario n’en est pas, ou pas encore ...

Dimanche, le 2 Avril

Voici un matin plein de soleil ! Je me suis lavé avec la bonne savonnette et je me suis rasé également avec ce même produit si bien parfumé, alors que depuis quelques mois je ne me servais que du savon ordinaire. La pâte dentifrice venait également à point, car la poudre était épuisée depuis une quinzaine. Et après un casse-croûte copieux pris dans ton colis, le monde me paraît presque beau. Les arbres fruitiers sont en fleur ; les quelques amandiers - je le remarque pour la première fois - sont tout fleuris, sans cependant porter une seule feuille !
Reçois, ainsi que les enfants, mes plus tendres baisers.

                                             Paul

Le bonjour à Hélène ; est-elle complètement rétablie ?



Notes (François Beautier)
1) - "croquant Melba" : traduction alors en usage de l'expression anglaise "Melba toast" désignant un biscuit grillé (de type craquelin ou biscotte) selon un procédé permettant d'en diminuer l'épaisseur de moitié créé en 1897 par le chef Auguste Escoffier (ainsi que la "pêche Melba") pour l'usage de la diva australienne Helen Porter Mitchell plus connue sous son nom de scène "Dame Nellie Melba".
2) - "cagna" : mot d'origine indochinoise désignant en argot militaire une cahute ou maisonnette sommaire (pour les civils) ou un abri plus ou moins temporaire et souterrain construit en première et seconde lignes du front par et pour les soldats. Ce mot peut désigner aussi le groupe des hommes qui s'y abritent. Il est parfois employé au masculin et assez souvent écrit avec un t final.
3) - "Bab Marouche" : officiellement Bab Moroudj, un poste construit par la Légion pendant l'été 1915 pour contrôler le territoire des Branes alors utilisé par les Beni Krakra rebelles (Paul en a parlé dans sa lettre du 16 juillet 1915).
4) -  "Djebel Alfa" : officiellement "Djebel el Alfa", nouveau blockhaus à la construction duquel Paul a participé en mai 1915 (voir sa lettre du 21/5/15) après une attaque des Branes.
5) - "Général Canrobert" : Maréchal du Second Empire dont la devise personnelle était "Tout va bien, signé Canrobert". Il est possible que Paul fasse aussi référence dans cette situation de pluie torrentielle au mot attribué au Maréchal de Mac-Mahon devant les crues de la Garonne en 1875 : "Que d'eau, que d'eau !".
6) - "Berlin" : depuis le 12 mars 1916 un rationnement des vivres a été mis en place à Berlin, qui souffre du blocus imposé par les Alliés. Par ailleurs le mouvement spartakiste, né la semaine suivante, fait peser un risque révolutionnaire que les Alliés considèrent d'un œil temporairement favorable.

7) - "Russie" : les troupes russes avancent à peu près partout face aux Allemands, ce qui autorise les Alliés à fermer les yeux sur les actes antisémites que le gouvernement russe suscite en exacerbant le nationalisme. Trotsky - connu comme révolutionnaire juif - prône alors avec Lénine le "pacifisme intégral" qui devrait mener à la décomposition de l'Empire russe. Par ailleurs, le chargé britannique des relations diplomatiques Lord Robert Crewe, persuadé que les activistes juifs étaient en Russie et aux USA favorables à l'Allemagne, proposa à ses collègues français et américains, en mars 1916, de faire des propositions avantageuses à ces activistes juifs (notamment en soutenant le mouvement sioniste) pour les inciter à changer de camp. Paul, qui n'a jamais parlé ni de peuple juif ni de race juive, invente ici le concept de "juifs russes" (sans majuscule) pour justifier qu'il ne comprenne rien à ces hypothèses et à ces aveuglements. 

mardi 29 mars 2016

Lettre du 30.03.1916

Le cuirassé Provence

Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Taza, le 30 Mars 1916

Ma chérie, 

Rentrant de notre tournée (1), j’ai trouvé tes lettres des 17, 19 & 22 courant ainsi que les journaux dont il manque cependant le n° du 20 qui passe peut-être par Casablanca ou bien flotte en Méditerranée (2)! Merci beaucoup pour le petit sac - tout parfumé - et de tes voeux d’anniversaire. Je suis content que Mme Penhoat vienne te rendre visite, ce qui te changera j’espère les idées noires. Mr. P. m’annonce également cette visite aujourd’hui et en parle à peu près avec la même gravité que les journaux de la conférence des alliés (3) à Paris. Il m’engage à lui faire jusqu’à cette date historique des propositions sur notre coopération contre le G/A (4) et sur les précautions à prendre contre lui. Penhoat pense que vous deux pourriez, le cas échéant, consulter un avocat à Bx pour faire signifier à N. (5) que nous faisons toutes nos réserves quant à la négligence de L. (6) de nous fournir les comptes et même de ne nous avoir jamais parlé des affaires faites en son nom personnel. Je t’ai déjà expliqué mon point de vue, qui est que dans la situation où je me trouve, il est même interdit à L. de me fournir les dits comptes, car notre contrat d’association est suspendu pendant la durée des hostilités. 
Je suis toutefois d’avis qu’il serait bon que nous ayons une preuve indéniable en mains que L. fait des affaires en son propre nom, bien que s’il travaille réellement pour le compte du ravitaillement, cela se saura toujours à Nantes, notamment par la concurrence, par des employés congédiés et notamment notre ancien chimiste de Chantenay (7) parti en brouille avec le G/A. Si j’étais à Bordeaux, je provoquerais sans grande peine une offre de Nantes sur papier L. L. par exemple par mon ami Mr. Capuron qui s’adresserait directement à Nantes, mais toute cette affaire est trop délicate pour faire intervenir une tierce personne - même toi - auprès de Capuron, qui est Directeur de l’Union Gazière du Sud-Ouest, ou bien de m’adresser à lui par écrit, bien que C. soit peut-être celui sur lequel je peux compter le plus sûrement à Bx. Dans ces conditions, je peux proposer à Penhoat de faire provoquer cette offre de L. par un de ses amis à Paris si c’est possible. Et si cela ne réussissait pas il pourrait quand même notifier par lettre recommandée ou même par huissier à L. qu’ayant des preuves en mains que L. travaille pour quelques affaires en son nom personnel, il (P.) fait les plus expresses réserves quant au recours qu’il aura à Leconte aussitôt les hostilités terminées et aux conséquences du refus de L. de fournir les comptes réguliers à P.
Le sympathique Malaret m’écrit également une longue lettre datée du lendemain de sa visite à Caudéran avec la plus sympathique Mme M. Celle-ci fait en effet l’impression d’une excellente femme, courageuse et gaie. Et tu auras ainsi appris - à ma satisfaction, je ne te le cache pas - que malgré que je demandasse toujours beaucoup de mes employés et que je fusse peut-être un peu minutieux vis à vis des maisons avec lesquelles j’étais en contact, j’ai laissé un bon souvenir un peu partout ce qui ne veut pas peu dire en ces temps que nous vivons. L’attitude de la famille Led. (8) qui t’impressionne à tel point est un point tout à fait spécial. N’oublie pas que bien que retraité L. se sent toujours officier et c’est cela ce qui lui impose cette attitude qui ne rime point avec son caractère. Lorsque j’étais encore à Bx après le commencement de la guerre, il me fit dire par Baboureau qu’il aurait du plaisir de me serrer la main avant mon départ, mais que son uniforme l’en empêchait ...
Malaret prévoit aussi que L. sera forcé sous peu de fermer boutique à Bx. Il y a là sans aucun doute beaucoup d’exagération provoquée 1°) par le caractère méridional de M. et 2°) par son amertume vis à vis de L. Il était tout naturel que Bordx se ressente tout particulièrement de la ...


(La fin de cette lettre est perdue.)


Notes (François Beautier)
1) - "notre tournée" : Paul n'en dit pas plus, sans doute pour ne pas effrayer Marthe. Car selon toute vraisemblance il est allé au blockhaus de Djebla (il l'annonçait le 14 mars), dans un secteur où la rebellion antifrançaise demeure active.
2) - "flotte en Méditerranée" : à la suite d'un possible torpillage par un sous-marin allemand (le croiseur auxiliaire français "La Provence II" a ainsi été coulé au large de la Grèce par le U35 le 26 février 1916). Pour un récit de ce naufrage, voir http://www.histoire-genealogie.com/spip.php?article1985 
3) - "Conférence des Alliés" : plusieurs tentatives allemandes, via les pays neutres, d'ouvrir des pourparlers de paix furent dévoilées entre janvier et mars 1916, mais toutes furent anéanties par le haut commandement militaire allemand. La conférence militaire interalliée de Chantilly du 12 mars 1916 conduisit les représentants des gouvernements alliés réunis à Paris le 27 mars 1916 à répondre à ces refus par une accentuation du blocus contre les Empires centraux.
4) - "G/A": abréviation déjà utilisée dans la lettre du 17 janvier 1915 désignant le greffe administratif (en toutes lettres : greffe du tribunal administratif") qui a prononcé le séquestre des biens de Paul. Apparemment Penhoat et Paul, associés, voudraient accuser Leconte d'avoir administré à son seul profit personnel les affaires de leur société commune. 
5) - "Bx." : Bordeaux
-6)  "N." : Nantes (siège du tribunal administratif qui a prononcé le séquestre).
7) - "Chantenay" : ancienne commune autonome, intégrée à celle de Nantes en 1908.
8) - "la famille Led." : famille Ledouarec, dont Paul a parlé dans ses lettres des 24 janvier et 9 juin 1915 : il s'agit d'anciens voisins à Bordeaux, Mr. Ledouarec étant un officier retraité de l'Armée française. 


jeudi 24 mars 2016

Carte postale du 25.03.1916

Vue de Caudéran au début du 20ème siècle

Carte postale  Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Taza, le 25 Mars 1916

Chérie,

Je suis sans tes nouvelles depuis le 15. Partant demain pour quelques jours en reconnaissance, je te prie de ne pas t’inquiéter si mes nouvelles sont rares ces jours-ci.
Mes meilleurs baisers pour toi et les enfants ; le bonjour pour Hélène.


Paul

lundi 21 mars 2016

Lettre du 22.03.1916

Vue de Bordeaux
Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22  Caudéran

Taza, le 22 Mars 1916

Ma chérie,

Je te confirme ma carte postale d’hier et viens de recevoir encore ta lettre du 15, après celle du 12 & le mandat-poste. Siret aussi bien que Baboureau (1) viennent de m’écrire une lettre que j’ai réexpédiée à Mr. Penhoat. Tes recherches semblent bien confirmer ce que j’avais répondu immédiatement à toi aussi bien qu’à Mr. P., à savoir que si Leconte a attrapé quelques affaires pour l’approvisionnement, ce seront tout au plus des affaires de transit ou de surveillance. Tu mets donc toute ton énergie pour débrouiller ces ténébreuses menées de mes concurrents et je dois reconnaître que tu es sous ce rapport aussi une bien meilleure collaboratrice que je n’aurais supposé ! Tirant maintenant les conclusions, je crois qu’il ne faut pas en exagérer les conséquences. Comme tu le dis déjà, le ton même de ces récriminations est tel qu’un homme sérieux en voit tout de suite le fond et la tendance. Au surplus, les Anglais surtout sont trop pratiques pour ne pas juger un homme sur son utilité plutôt que sur sa nationalité ! Il faut ajouter que je compte bien avoir marqué sur mon livret, en rentrant, 1/2 douzaine de combats auxquels j’ai participé, ce qui fermera encore le bec de certaines gens.
Revenons maintenant sur l’attitude et les agissements du Grand (2) hier. Tu trouveras peut-être étrange que je trouve sa manière de faire un peu naturelle. Mais n’oublie pas qu’il est mis, par mon cas, dans une situation assez difficile. En effet, les seules affaires importantes en ce moment sont celles pour l’approvisionnement militaire ou civil. Or, il est certain que pour ces affaires on aura exclusivement recours aux Français de France et cela expliquerait facilement les en-tête “L.L.”, mais à la condition que le Grand ne les cache pas à nous, ou du moins à Penhoat. Nous avons stipulé dans une de nos assemblées qu’aucun de nous ne pourrait faire partie d’une autre affaire sans le consentement des autres. Naturellement, les relations entre L. et P. sont depuis le début de la guerre tellement tendues que les deux se regardent comme chien et chat. Il faut donc attendre la fin de la guerre pour voir comment cela tournera. De toutes façon, je ne te cache point que si je pouvais complètement liquider ma situation, je n’en serais pas trop fâché. Je regrette seulement une fois de plus que je ne te puisse pas parler de vive voix des plans et des projets que j’ai échafaudés .. .
Siret ne m’a écrit que quelques lignes pour m’annoncer une lettre plus longue qui suivrait sous peu. Je suis content que Malaret ait trouvé du travail chez Sursot (3) et j’espère que S. (4) aussi finira par en trouver. A en juger par B. (5) les affaires seraient tout à fait mesquines à Bordeaux. Bab., à part sa vieille bronchite, se porte toujours bien et se trouve en Champagne. 
Je crois tout de même que tu vas un peu vite en disant qu’en 6 mois tu parleras aussi bien l’anglais que le français ! As-tu acheté le livre anglais dont tu me causes ? 
Merci d’avance pour le colis qui, j’espère, arrivera cette fois-ci en bon état. Car j’ai remarqué que les colis cousus en toile ne sont jamais ou très rarement endommagés. Inclus une coupure de la Petite Gironde qui te fera peut-être plaisir. Et si c’était vrai ???
Je finis cette lettre en te priant à mon tour de ne pas perdre courage si nous traversons en ce moment une période qui, au point de vue matériel, est la première mauvaise de notre vie. Tout cela se tassera, crois-moi, et nous verrons encore des “Leuchtende Tage” (6).
                                                Ton Paul


Mes meilleurs baisers pour toi et les enfants. Est-ce qu’Hélène est rétablie ?


Notes (François Beautier, Anne-Lise Volmer)
1) - Siret et Baboureau étaient les employés de Paul au bureau de Bordeaux de la société Lucien Lecomte et Compagnie; ils ont été congédiés par Lecomte.
2) - "du Grand" : il s'agit d'un sobriquet désignant Leconte.
3) - "Sursot" : ?
4) - "S." : Siret
5) - "B." : Baboureau
6) - "Leuchtende Tage" : des "jours lumineux" (des jours heureux)


jeudi 17 mars 2016

Lettre du 18.03.1916

Élisabeth de Wied, en poésie Carmen Sylva

Madame P. Gusdorf  22 rue du Chalet 22 Caudéran 

Taza, le 18 Mars 1916

Chérie,

Tes lettres des 5, 7 et 9 courant me sont parvenues ensemble avec une lettre de l’ami Penhoat qui m’avait joint copie des lignes qu’il t’avait adressées de Paris. En ce qui concerne sa demande relative à L. (1) et aux affaires qu’il traiterait pour l’approvisionnement militaire à Nantes, je suis persuadé que s’il fait quelque chose ce sera tout au plus du transit, c.à.d. qu’il réexpédierait du fourrage etc. Le seul moyen que je vois de nous renseigner à ce sujet serait de prier Mr. W. (2) de prendre une fiche auprès de son agence de renseignement sur la maison L. L. & Cie en demandant exprès si elle s’occupe aussi d’approvisionnement militaire. Tu lui diras que tu lui rembourseras le coût de la fiche. Je te retourne ci-joint la photo de Mr. Plantain que tu m’as demandée l’autre jour, elle est bien réussie ! Pour ce qui concerne la maladie de Georgette, je suppose qu’il s’agit de l’oreillon ? Si cela était, une visite serait excessivement imprudente car la maladie, sans être bien dangereuse, est très contagieuse. Elle s’est produite déjà plusieurs fois dans notre Compagnie ; les hommes furent alors strictement isolés, et guéris dans 8 à 10 jours. Cette maladie affecte cependant le haut des mâchoires, juste en dessous des oreilles. 
C’est donc un appartement meublé que Mme P. (3) a loué dans la rue de l’Hermitage  (4) ? Sa façon de faire est en effet bien bizarre et décousue ! Et pourtant, ces gens-là n’ont pas besoin de nous, donc, pourquoi continueraient-ils les relations avec nous, sinon par sympathie ?
Ne te fais donc pas de mauvais sang pour moi ; la vaccination ne m’a affecté que pendant six heures et la troisième piqûre, reçue samedi dernier, s’est très bien passée ; samedi pr. (5) ce sera la 4° et dernière. Il est certain que les cas de fièvre typhoïde sont devenus très rares parmi nos troupes, mais la vaccination ne semble être efficace que pendant 2 ans, car elle est répétée tous les 2 ans maintenant.
Carmen Sylva (6) était - sous ce nom - une poétesse, et tu trouveras quelques-unes de ses poésies dans le recueil allemand que nous avons. Elle n’était cependant point connue sur le terrain du pacifisme. 
Hélène était donc sérieusement malade que tu te sois figuré de la perdre ? (7) Est-elle complètement rétablie maintenant ? Je regrette beaucoup le renvoi de Siret (8) et j’espère pour lui qu’il aura retrouvé rapidement un nouvel emploi. J’estime qu’il est inutile de rendre les 100 Frs à Mr. Penhoat maintenant, car il n’en a point besoin. C’est du reste son frère de Guingamp (celui que j’ai connu à Paris) qui m’a envoyé dans le temps cette somme d’ordre de Mr. Penhoat. Ce dernier a une maison ou une propriété en Bretagne dont son frère encaisse le loyer pour son compte.
J’ai lu déjà au Journal avec beaucoup d’intérêt les différents discours de Liebknecht, le seul avec Rosa Luxembourg (9) qui n’a pas changé d’attitude. Aussi paraît-il avoir été exclu du parti socialiste allemand, bien que, d’après les journaux, il doit y avoir quand même encore quelques liens entre lui et le parti. Je vais te retourner aussi la semaine prochaine le livre que tu m’as envoyé et dont la lecture m’a fait beaucoup de plaisir. Je constate cependant que l’auteur, tout en critiquant ce point dans le livre “J’accuse” (10), met encore plus de fougue pour attaquer le gouvernement allemand. Certainement ce livre sera également défendu en Allemagne, car outre la défense chaleureuse de “J’accuse” il récapitule encore son contenu (11). Pour éviter que tu paies une surtaxe sur la présente lettre, je te retournerai la coupure de l’Humanité sous pli séparé.
Le temps s’est remis au beau, nous repartirons sans doute sous peu en colonne. On attend ici prochainement une escadrille de bombardement, 15 avions paraît-il (12).
Dis à Hélène le bonjour de ma part et reçois, ainsi que les gosses, mes meilleurs baisers.


                                                   Paul


Notes (François Beautier, Anne-Lise Volmer)
1) - "L." : Leconte
2) - "W." : Wooloughan, ami américain de Paul, bien placé et bien informé. Penhoat et Marthe soupçonnent ici Lecomte de faire des affaires pour son compte.
3) - "Mme P." = Madame Plantain
4) - " rue de l'Hermitage" : à Caudéran, près de chez Marthe.
5) - "samedi pr." : samedi prochain
6) - "Carmen Sylva" : Marthe a vraisemblablement signalé à Paul le décès survenu le 2 mars 1916 à Bucarest de la très célèbre et extravagante reine de Roumanie Élisabeth de Wied, née allemande en 1843 et connue dans toute l'Europe sous son pseudonyme de poétesse Carmen Sylva. Paul, qui pourrait en vanter la maîtrise de nombreuses langues étrangères (elle a notamment traduit Pierre Loti en allemand) la dévalorise un peu aux yeux de son épouse féministe et pacifiste en relevant qu'elle n'était pas connue sur le terrain du pacifisme.
7) - Exemple du pessimisme de Marthe, toujours prête à imaginer le pire. 
8) - Siret est un neveu d'Hélène, à qui Paul avait donné un emploi dans le bureau de Bordeaux de la société Lecomte, et que Lucien Lecomte a renvoyé - du fait de la baisse d'activité de la société, ou par souci d'éloigner les fidèles de Paul, on ne sait pas...
9) - "Rosa Luxemburg" : elle dirigeait avec Karl Liebknecht au sein du parti socialiste allemand (SPD) le courant socialiste révolutionnaire pacifiste (au sens donné par Lénine au concept de "pacifisme intégral" servant de levier à la révolution prolétarienne internationaliste). Depuis janvier 1916 Karl Liebknecht défendait au Reichstag la pensée de Rosa Luxemburg (alors en prison) prônant la transformation de la guerre impérialiste en guerre révolutionnaire. Cette idéologie les mit en position critique puis en opposition radicale avec le SPD qui participait à l'union sacrée allemande depuis le début de la guerre. En septembre 1916 ils constituèrent avec Franz Mehring et Clara Zetkin un groupe autonome, la Ligue spartakiste, dont les membres furent exclus du SPD à la fin de l'année : ils fondèrent en avril 1917 l'USPD (SPD indépendant).
10) - "J'accuse" : Paul a déjà parlé du livre "J'accuse, par un Allemand" dans sa lettre du 31 mai 1915. L'auteur alors anonyme, Richard Grelling, dont le nom et l'identité furent révélés après la dernière réédition en 1919, était un journaliste pacifiste allemand réfugié en Suisse depuis 1915.
11) - "son contenu" : Paul ne mentionne ni le titre, ni le nom de l'auteur du livre dont il parle ici. Sans doute s'agit-il de l'un des livres édifiants prêtés aux Poilus par le journal l'Humanité, comme le fut le "Jean Jaurès" de Romain Rolland. Peut-être Paul ne voulait-il pas que son éventuel censeur militaire s'appuie sur le titre et le nom de l'auteur de ce livre pour en déduire que le légionnaire Gusdorf partageait les vues des socialistes internationalistes allemands et/ou des pacifistes révolutionnaires ?
12)- "15 avions" : une escadrille aérienne comptait alors généralement 3 ou 6 pilotes donc 3 ou 4, ou 6 à 10 avions (une partie en réserve et maintenance). La première escadrille de 6 pilotes qui entra en fonction au Maroc fut basée à Casablanca en juin 1916 et exclusivement affectée à la surveillance des côtes. Celle qui s'installa à Mekhnès en septembre 1917, pour contrôler la liaison entre les Maroc oriental et occidental, disposait de 3 appareils.